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Questionnements, essais et contenus portant sur divers aspects liés à la science de l'esprit (science initiatique moderne) de Rudolf Steiner

Citation
  • « (…) Dans tous les domaines, la science de l'esprit doit nous montrer le rapport qui existe entre les mondes spirituels et les mondes que nous percevons par les sens, tant que nous sommes dans notre corps terrestre, les mondes que nous cherchons à comprendre par les pensées de notre raison (…). »

    Berlin, 7 décembre 1915 - GA157a

    Rudolf Steiner
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hans lippershey 1570 1619 inventeur du telescope ses enfants selon la legende ont aide a decouvrir le principe optique du telescope en 1608 a middleburg aux pays bas 3
Hans Lippershey (1570-1619), inventeur du téléscope.
Par «hasard», ses enfants ont aidé a découvrir le principe optique du télescope
(en 1608 à Middleburg aux Pays-Bas)


Extrait de la cinquième conférence du cycle «Manifestations du karma»
(intitulée «Maladies naturelles et maladies accidentelles»
Hambourg, 20 mai 1910
Rudolf Steiner – GA120
5e édition en langue française
Éditions du Centre Triades - 1980
Traduction : Anonyme

 NDLR: Les titres intercalaires ci-dessous sont des ajouts de la rédaction de Soi-esprit ou des éditeurs de la conférence, présents dans l’édition de 1980. Nous les avons conservés ici bien qu'ils ne fassent pas partie de la conférence originelle, évidemment.
Cet extrait de conférence ainsi même que la totalité de ce cycle de conférence, peuvent être écoutées sous forme de podcast sur Soi-esprit.info ICI, ou sur Youtube, ICI.


(…) 

Les causes extérieures de maladie et le hasard

Quand nous voyons le fil karmique passer ainsi d'une incarnation à l'autre, nous ne saisissons encore qu'un côté de la vérité. Bien d'autres questions s'élèvent en celui qui arrive à sentir comment le fil karmique se déroule d'incarnation en incarnation ; nous les aborderons au cours des conférences à venir. 

Avant tout, il s'agit d'envisager la question suivante : Quelle différence y a-t-il entre une maladie à laquelle on peut attribuer une cause extérieure, et une maladie dont la cause repose tout entière dans l'organe lui-même ? (Dans ce dernier cas, on croit pouvoir se débarrasser de la question en disant que la maladie est venue toute seule, sans l'intervention d'une cause extérieure). — Les choses ne se passent pas tout à fait ainsi. Il y a des maladies qui se déclarent, parce qu'une personne était spécialement disposée intérieurement pour la recevoir. Dans un grand nombre de cas, on pourra, par contre, trouver les causes extérieures du mal. Sans doute ce n'est pas le cas pour tout ce qui arrive, mais quand un mal nous vient du dehors, quand on se casse la jambe, par exemple, il faut faire intervenir des causes extérieures, comme le verglas, etc. De même nous devons faire intervenir des causes extérieures dans les nombreux cas de maladies provoquées par les habitations malsaines des villes. Un vaste champ s'ouvre encore à la maladie. Et celui qui observe le monde en connaissance de cause comprend pourquoi la mode actuelle, en médecine, arrive à attribuer les maladies à des influences extérieures, en particulier aux bacilles dont un homme d'esprit[1] a dit non sans justesse : « Au treizième siècle, on disait : Les maladies viennent de Dieu ! Au quinzième siècle, on disait : Les maladies viennent du diable ! Plus tard, on a dit : Les maladies viennent des humeurs ! Et aujourd'hui, on dit : Les maladies viennent des bacilles ! » Telles sont les opinions qui se sont succédées au cours des temps.

On peut parler de causes extérieures dans le domaine de la maladie et de la santé. De nos jours, on pourrait être tenté d'appliquer ici un mot qui, en réalité, n'est propre qu'à apporter le désordre dans toute notre conception du monde. Si quelqu'un de tout à fait bien portant arrive dans une région infectée par la grippe ou la diphtérie et tombe malade, on va dire certainement, à notre époque, que cette personne a reçu le germe de la maladie en venant dans cette région, et le mot de « hasard » nous viendra aux lèvres. On parle facilement aujourd'hui de l'effet du « hasard ». Ce mot est une véritable croix pour toute conception sérieuse du monde. Et tant qu'on n'essaie même pas de se rendre compte, ne fût-ce qu'un peu, de ce que l'on désigne si facilement par le mot « hasard », on ne peut pas arriver à se faire une idée satisfaisante de l'ensemble de l'univers.

Rôle du « hasard »

Le hasard n'est-il pas lui-même propre à nous rendre méfiants à l'égard du sens qu'on est porté à donner à ce mot ? Je vous ai fait remarquer déjà qu'il n'avait pas tout à fait tort, cet homme d'esprit du dix-huitième siècle qui, cherchant quelque remarque à faire sur les raisons qu'on a d'élever des statues aux grands hommes, aux inventeurs, etc., disait : Si l'on considère objectivement la marche de l'histoire, on devrait, bien plutôt qu'à tout autre, élever un monument au « hasard » ! Et c'est étrange : en approfondissant l'histoire, on peut faire des découvertes extraordinaires concernant certaines choses qui se cachent derrière le hasard. Nous avons vu qu'on doit la découverte du télescope à deux enfants jouant avec des lentilles dans un atelier d'optique ; ils les combinèrent de telle façon qu'il fut possible à un homme du métier d'en tirer le télescope[i].

La fameuse lampe du Dôme de Pise fournit un autre exemple. Des milliers et des milliers de personnes l'avaient vu osciller, mais Galilée, le premier, chercha le rapport qu'il pouvait y avoir entre ces oscillations et la circulation de son sang, ce qui le mena à la découverte des lois du pendule. Sans ces lois, notre physique, et même notre civilisation tout entière auraient revêtu un autre caractère. Peut-on dire encore que c'est le hasard seul qui a mené Galilée à faire cette observation ? Mais prenons un autre cas.

Songeons à l'importance qu'a eue pour les pays civilisés de l'Europe la traduction de la Bible de Luther. Rendons-nous compte de la profonde influence qu'elle a exercée sur le sentiment et la pensée religieuse, et d'un autre côté sur la formation de ce que nous appelons « la langue littéraire allemande ». J'expose le fait sans le commenter. J'insiste seulement sur la profonde influence qu'il a exercée. Plaçons ensuite à côté le fait suivant : jusqu'à une certaine époque de sa vie, Luther s'est occupé profondément de tout ce qui pouvait le conduire du sentiment lui-même à celui d'être enfant de Dieu, sentiment que lui apportait la lecture de la Bible. Il avait remplacé l'habitude qu'avaient les Augustins de lire surtout les Pères de l'Église par la lecture de la Bible elle-même. Et il jouissait de cette lecture au point que le sentiment profond d'être un enfant de Dieu enflammait toute son âme. Et c'est dans cet esprit qu'il donna ses premiers enseignements théologiques, durant la période de Wittemberg, Le fait que je voulais faire ressortir est celui-ci : Luther éprouvait une sorte d'aversion pour l'idée d'acquérir le titre de docteur ; or, il rencontra « par hasard » un vieil ami, moine augustin du cloître d'Erfurt, et celui-ci le persuada d'obtenir le grade de docteur en théologie. Ceci comporta pour lui une nouvelle étude approfondie de la Bible. Par conséquent, le « hasard » d'une rencontre avec un ami a entraîné Luther à une étude raisonnée de la Bible et à tout ce qui s'en est suivi.

Essayez de faire coïncider en pensée le sens de ce qui a été esquissé pour les derniers siècles avec le fait que Luther s'est trouvé une fois assis auprès de cet ami et s'est laissé persuader de conquérir la coiffe de docteur en théologie : vous serez contraints de réunir en un assemblage grotesque et étrange le sens de l'évolution et l'événement fortuit.

Vous devrez d'abord conclure de ce qui précède que le hasard a peut-être tout de même une autre signification que celle qu'on lui attribue généralement. On pense d'ordinaire que le hasard est quelque chose qu'on ne saurait expliquer complètement par des lois naturelles, les lois de la vie, et qu'il constitue une sorte de trop-plein par rapport à ce qui peut être expliqué. 

Ajoutez à ce que nous venons de dire un fait qui nous a déjà aidés à comprendre tant de côtés de la vie : c'est que l’être humain a été soumis, depuis qu'il vit sur terre, aux forces des deux principes luciférien et ahrimanien. Ces deux forces, ces deux principes s'exercent constamment dans l’être humain. Les forces lucifériennes agissent au-dedans, affectant le corps astral, tandis que les forces ahrimaniennes s'exercent davantage à travers les impressions qu'on reçoit du dehors. Dans ce qui nous vient du dehors résident les forces ahrimaniennes, et à travers ce qui monte de notre âme, se manifestant en joie, en peine, en passion, etc., se trouvent les forces lucifériennes. 

Or, l'un comme l'autre de ces principes ont pour effet de nous livrer à l'erreur.

Lucifer et les illusions sur soi-même

Le principe luciférien nous expose à nous tromper sur notre propre compte, à juger faussement de nous-même, à nous illusionner sur ce que nous sommes. Il ne vous sera difficile de percevoir cette Maya dans votre for intérieur si vous observez raisonnablement la vie. Tâchez de vous rendre compte combien fréquemment l’être humain se persuade qu'il fait telle ou telle chose pour telle ou telle raison, alors que d’ordinaire il est poussé par une tout autre raison dont la racine est bien plus profonde. Dans sa conscience superficielle, il trouve une explication tout à fait différente à une action provoquée par la colère ou la passion, et surtout il cherche à dissimuler ce qui ne le flatterait pas. Une personne qui agit sous l'impulsion de sentiments purement égoïstes, masque ces impulsions grossières sous les dehors du désintéressement. Mais elle ne se rend pas compte de ces choses. Quand elle s'en rend compte, son redressement, d'ordinaire, commence par un sentiment de honte. Ce qu'il y a de pire c'est que l’être humain ignore qu'il est poussé du fond de son âme vers certaines actions, et il se forge ensuite un motif qui l'y aurait poussé. Les psychologues modernes ont reconnu ce fait[ii]. Mais parce que, de nos jours, le niveau, en psychologie, est très bas, on y relie des interprétations matérialistes.

Si l'on observe un fait de ce genre du point de vue de la science de l’esprit, on peut le caractériser en y distinguant deux choses : la conscience et les causes plus profondes qui résident au-dessous du seuil de la conscience. Un psychologue matérialiste observant le même fait, traitera la question autrement. Il échafaudera toute une théorie sur cette différence entre le prétexte que l'homme se donne et le véritable motif qui le pousse à agir. Ainsi, par exemple, parlant des suicides d'adolescents, observés de nos jours, il dira que le prétexte donné n'est pas le véritable motif ; que les vrais motifs sont beaucoup plus profonds et reposent la plupart du temps sur une vie sexuelle fourvoyée ; qu'ils sont. transformés de manière à leurrer la conscience.

Évidemment, la chose peut souvent être exacte. Mais la moindre notion d'une psychologie vraiment profonde ne permettrait pas d'en faire une théorie générale. Celle-ci est d'ailleurs facile à réfuter. Celui qui la professe devrait songer en effet que si elle est exacte, si le prétexte n'est rien et que le vrai motif est tout, il faut alors dire au psychologue lui-même : En ce cas, ce que tu avances ici, ce que tu ériges en théorie, ce n'est aussi qu'un prétexte. Cherchons les motifs plus profonds et nous trouverons peut-être que les tiens sont également de même nature. Si ce psychologue avait sérieusement appris à voir pourquoi la proposition : Tous les Crétois sont menteurs, n'est pas fondée, par exemple, si c'est un Crétois lui-même qui le dit, il saurait également dans quels cercles vicieux on tombe quand, dans certains domaines, on peut retourner sur soi-même les affirmations qu'on soutient. Mais dans presque toute l'étendue de notre littérature, on ne trouve qu’une culture vraiment extrêmement peu profonde. C'est pour cela en général que les gens ne remarquent pas eux-mêmes ce qu'ils font. Voilà pourquoi il est absolument indispensable que la science de l’esprit évite sous tous les rapports des confusions de ce genre. Les psychologues modernes évitent cet illogisme moins que les autres.

Il faudrait s'examiner et s'éduquer soi-même très sérieusement. De nos jours, on manie facilement la parole ; mais celle-ci est aussi une terrible séductrice. Il suffit que la parole sonne bien pour exercer sa séduction et faire croire que tel motif est dans l'âme, alors qu'en réalité le principe égoïste peut se dissimuler par derrière sans que la personne elle-même le soupçonne, si elle n'est pas possédée de la volonté d'arriver à une véritable connaissance de soi. Nous voyons ainsi quelle est, d'une part, l'influence de Lucifer. — Maintenant, voyons comment, de l'autre côté, agit Ahrimane.

La pensée « hasard » masque l’action d’Ahriman

Ahrimane est le principe qui se mêle à nos perceptions et pénètre en nous du dehors. Or, Ahrimane agit toutes les fois que nous éprouvons le sentiment suivant : ici, ta pensée ne peut aller plus loin ; te voici avec elle devant un point critique ; là elle se prend comme en un nœud de pensées ! — Le principe ahrimanien saisit alors cette occasion pour pénétrer en nous, comme pare une fente du monde extérieur. Si nous suivons le cours des événements du monde en nous arrêtant surtout aux plus notoires, si, partant de la physique actuelle, par exemple, nous remontons jusqu'au moment où Galilée se trouve en face de la lampe d'église qui oscillait dans le Dôme de Pise, nous pouvons relier tous ces événements par un enchaînement de pensées qui nous les expliquera facilement. Partout se fera la clarté. Mais quand nous arriverons à la lampe oscillant dans le. Dôme de Pise, nos pensées s'embrouilleront : voilà la fenêtre par laquelle les forces ahrimaniennes pénétreront le plus violemment en nous ; notre pensée cesse. de retrouver entre les phénomènes le fil que l'entendement, et la raison y mettaient. Or, c'est là aussi que fait irruption ce, qu'on appelle « le hasard ». Il se trouve au point même où Ahrimane devient pour nous le plus dangereux.

L’être humain appelle « effets du hasard » les événements qu'Ahrimane peut le plus facilement l'empêcher de comprendre.

L’être humain apprendra ainsi que, s'il est amené en telle ou occasion à parler du hasard, cela ne dépend pas de la nature des faits, mais de lui, de son évolution. Et il faudra qu'il apprenne à traverser la Maya, l'illusion, autrement dit à pénétrer les choses, dans lesquelles Ahrimane agit le plus fortement. Ici précisément, où nous avons à parler des causes essentielles de la maladie, et de la lumière qui doit se faire sur le cours de plusieurs maladies, il est nécessaire d'aborder cette étude par ce côté. Nous tenterons d'abord de comprendre jusqu'à quel point le hasard est en cause quand une personne voyage dans un train qui précisément doit l'exposer à la mort, ou bien ce qui se passe pour que tel homme, à tel moment, attrape le germe d'une maladie. Et si nous savons appliquer à cette étude un jugement éclairé, nous serons en mesure de comprendre plus profondément encore la nature véritable de la maladie et de la santé, et toute leur signification pour la vie humaine.

L’action de Lucifer et Ahriman en conclusion

J'ai dû vous montrer aujourd'hui d'une façon détaillée comment Lucifer engendre l'illusion en dedans et comment Ahrimane se mêle aux perceptions extérieures et conduit à la Maya ; comment c'est un effet de Lucifer quand l'homme se leurre sur de faux motifs et comment les idées fausses à l'égard du monde des apparences, l'illusion par Ahrimane, nous font croire au « hasard ». Ce départ était nécessaire pour montrer comment les résultats de la vie antérieure agissent dans l'homme et expliquent les événements et les maladies qui semblent dus à des causes fortuites.

Rudolf Steiner

 

Notes

[1] Dont un homme d’esprit a dit (...) : Se rapporte au livre de Troels-Lund, Gesundheit und Krankheit in der Anschauung der Zeiten (Santé et maladie vues à travers le temps), Leipzig, 1901, non traduit.

 

Notes de la rédaction

[i] Rudolf Steiner évoque ces faits de manière plus détaillée dans la conférence précédente. Voir aussi par exemple à ce sujet : https://pg-astro.fr/grands-astronomes/de-copernic-a-newton/hans-lippershey.html

[ii] Voir par exemple à ce sujet la théorie de la dissonance cognitive de Leo Festinger (1957)

 

[Caractères gras, soulignés et italiques S.L.]

 

 

Note de la rédaction
Un extrait isolé issu d'une conférence, d'un article ou d'un livre de Rudolf Steiner ne peut que donner un aperçu très incomplet des apports de la science de l'esprit d'orientation anthroposophique sur une question donnée.

De nombreux liens et points de vue requièrent encore des éclairages, soit par l'étude de toute la conférence, voire par celle de tout un cycle de conférence (ou livre) et souvent même par l'étude de plusieurs ouvrages pour se faire une image suffisamment complète !
En outre, il est important pour des débutants de commencer par le début, notamment par les ouvrages de base, pour éviter les risques de confusion dans les représentations.

Le présent extrait n'est dès lors communiqué qu'à titre indicatif et constitue une invitation à approfondir le sujet.
Le titre de cet extrait a été ajouté par la rédaction du site  www.soi-esprit.info   

 À NOTER: bien des conférences de Rudolf Steiner qui ont été retranscrites par des auditeurs (certes bienveillants), comportent des erreurs de transcription et des approximations, surtout au début de la première décennie du XXème siècle. Dans quasi tous les cas, les conférences n'ont pas été relues par Rudolf Steiner. Il s'agit dès lors de redoubler de prudence et d'efforts pour saisir avec sagacité les concepts mentionnés dans celles-ci. Les écrits de Rudolf Steiner sont dès lors des documents plus fiables que les retranscriptions de ses conférences. Toutefois, dans les écrits, des problèmes de traduction peuvent aussi se poser.
Merci de prendre connaissance
d'une IMPORTANTE mise au point ici.

 

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