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Site dédié à la Science de l'Esprit de Rudolf Steiner Anthroposophie

Questionnements, essais et contenus portant sur divers aspects liés à la science de l'esprit (science initiatique moderne) de Rudolf Steiner

Citation
  • «Nous n’avancerons pas si nous nous contentons de nous réunir en laissant agir sur nous la science de l’esprit pour y puiser des sensations agréables ou une exaltation mystique. Nous n’avancerons que si cette science de l’esprit prend vie à l’intérieur de nous et si nous apprenons à considérer la vie d’après les impulsions qui naissent alors en nous.»
    Berlin, 13 février 1913 - GA167

    Rudolf Steiner
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L'homme - Marionnette ou être libre 

Conférence d'ouverture du Congrès de Noël 1923
Dornach, 24 décembre 1923, 11h15 du matin
Rudolf Steiner
GA260 - Éditions anthroposophiques romandes
4ème édition 1985
Traduit depuis l'allemand par Sophie Choppin

(…) Afin de pouvoir accéder à ce point de vue humain, mes chers amis, il faut que nous ayons clairement conscience qu’aujourd’hui avec une société [anthroposophique] édifiée sur des bases spirituelles, comme je l’ai exposé, nous rencontrons deux difficultés. Ces difficultés nous devons les surmonter ici[1] afin qu’elle ne soit plus présente à l’avenir comme elles l’ont été par le passé dans la Société anthroposophique.

L’une[2] des difficultés est la suivante : la conscience de l’époque moderne — celui qui comprend cette conscience de l’époque sera je crois d’accord — exige pour tout ce qui se fait, le caractère entièrement public. Et une société édifiée sur des bases solides n’a surtout pas le droit d’aller contre cette exigence de l’époque. Pour tel ou tel aspect on peut certes préférer le secret vis-à-vis de l’extérieur. Mais une société fondée de cette manière sur la base de la vérité, sera à chaque fois en contradiction avec l’esprit du temps si elle revendique pour de bon le secret, et il en résultera les obstacles les plus graves pour le progrès de la société. C’est pourquoi, mes chers amis, nous ne pouvons absolument pas faire autrement aujourd’hui que de revendiquer de caractère entièrement public pour cette société anthroposophique qui va être fondée.

Comme je l’ai déjà exposé dans un des tous premiers articles parus dans la revue «Lucifer-Gnosis» cette Société doit en tant que société anthroposophique se présenter dans le monde comme n’importe quelle autre société qui aurait été fondée par exemple à des fins de recherche scientifique ou autres. Elle ne doit se différencier de toutes les autres sociétés que par le contenu qui coule dans ses veines. À l’avenir la différence avec d’autres sociétés ne pourra plus relever de la façon de se rencontrer. Représentez-vous tout ce que nous éliminons en déclarant d’emblée que nous appliquons à la société anthroposophique un statut entièrement public.

Nous devons pleinement nous placer sur le terrain de la réalité, c’est-à-dire sur le terrain de l’esprit des temps présents. Mais cela signifie, mes chers amis, qu’à l’avenir des usages tout autres que ceux usuels par le passé s’appliqueront à nos cycles de conférences. L’histoire de ces cycles est en fait un chapitre tragique dans l’évolution de notre Société anthroposophique. Au début de leur parution on a d’abord cru que ces cycles pouvaient être réservés à un cercle restreint ; ils sont parus pour les membres de la société anthroposophique. Aujourd’hui la situation et depuis longtemps telle qu’en ce qui concerne la divulgation de ces choses, les adversaires s’intéressent extérieurement beaucoup plus à nos livres que les membres de la société eux-mêmes. Pas intérieurement, comprenez-moi bien, je n’ai pas dit intérieurement. Intérieurement certes les membres de notre Société se préoccupent de ces cycles. Mais en fait cela reste seulement intérieur, cela reste de l’égoïsme, même si il s’agit d’un bel égoïsme de société. Cet intérêt dont les vagues se déversent dans le monde, cet intérêt qui donne son empreinte à la société face au monde, cet intérêt ce sont aujourd’hui les adversaires qui le manifestent pour les cycles. Et nous faisons l’expérience qu’un cycle qui paraît est cité trois semaines plus tard dans les pires écrits de nos adversaires. Continuer avec les cycles nos anciennes habitudes de faire, c’est se mettre la tête dans le sable et penser: puisque pour nous tout est noir, alors dans le monde extérieur aussi tout doit être noir.

C’est pourquoi s’est posée à moi, je dirais depuis des années déjà, la question : quelle est la manière de procéder avec les cycles ? Et aujourd’hui il n’y a pas d’autre possibilité que de tracer moralement une frontière que l’on voulait jusqu’à présent dresser physiquement et qui n’a été respecté nulle part

J’ai essayé de faire cela dans le projet des statuts [de la SAU fondée à la Noël 1923]. Dorénavant les cycles doivent être tous sans exception mis en vente publique, au même titre que d’autres livres

Mes chers amis, imaginez qu’il existe quelque part un livre sur l’intégration des équations différentielles partielles. Pour beaucoup de gens ce livre est hautement ésotérique et peut-être que je ne me trompe pas en disant que même maintenant à l’intérieur de ces deux salles le cercle ésotérique qui est capable de s’occuper de façon féconde de l’intégration d’équations différentielles partielles ou d’équations différentielles linéaires est extrêmement restreint. On peut en fait dresser un tracé très petit de ce cercle ésotérique concerné par l’intégration d’équations différentielles linéaires ou partielles, mais on peut vendre ce livre à tout le monde. Si ensuite quelqu’un via qui ne connaît rien aux équations différentielles partielles et qui ne sait absolument pas ni différencier, ni intégrer, ou peut-être ne sait des logarithmes rien d’autre que l’existence d’une table des logarithmes ayant appartenue une fois à un de ses fils — comme père il ne connaît rien des logarithme mais les fils ont dû apprendre ce que sont les logarithmes — alors il a regardé dans la table des logarithmes et il n’a vu qu’une succession de chiffres sans rien y comprendre: ses fils lui ont dit que c’était les numéros des maisons de toutes les villes du monde. Le père s’est dit alors: c’est très avantageux d’apprendre de telles choses, on sait alors tout de suite en arrivant à Paris, quel est le numéro de telle ou telle maison.

Vous voyez, lorsque quelqu'un émet un jugement sur une chose dont il ne comprend rien, cela est inoffensif; on dit alors : c’est un dilettante c’est un profane[3]. La vie elle-même fixe les frontières entre la capacité et l’incapacité de porter un jugement.

C’est pourquoi nous pouvons au moins essayer au sein de notre connaissance anthroposophique de ne plus tracer cette frontière de manière physique mais de le faire de manière morale. Nous vendons les cycles à tous ceux qui veulent les avoir mais nous déclarons dès le départ qui nous semble compétent pour juger de ces cycles, pour que nous puissions prendre en compte son jugement. Toutes autres personnes sont à l’égard des cycles des profanes. Et nous déclarons qu’à l’avenir nous ne prendrons absolument plus en considération le jugement porté sur les cycles par un profane. C’est la seule protection morale que nous puissions trouver. Nous atteindrons notre but si nous appliquons correctement cette protection en sorte que notre texte soit considéré de même manière que les livres sur l’intégration des équations différentielles partielles ; alors les gens comprendront peu à peu qu’il est tout aussi absurde, même si l’on est très instruit dans d’autres domaines, d’émettre un jugement sur un cycle, qu’il est absurde pour qui ne connaît pas même les logarithmes d’émettre un jugement et de dire: mais dans ce livre sur les équations différentielles partielles, il n’y a que des sottises! Nous devons en arriver à ce que la différence entre le profane et la personne compétente puisse être marquée de façon juste[4].

 Rudolf Steiner

[Caractères gras ou italiques : SL]

 

Notes de la rédaction (S.L.)

[1] « Ici » : se réfère à l’assemblée de fondations de la Société anthroposophique universelle (SAU), à Noël 1923 à Dornach. Il existait depuis 1913 une société anthroposophique, dont Rudolf Steiner lui-même n’avait jamais été membre. La fondation de la SAU faisait suite à des difficultés devenues extrêmes auxquelles Rudolf Steiner et le mouvement anthroposophiques furent confrontés avant le congrès de Noël 1923. Lire par exemple à ce sujet la Préface de Marie Steiner à la première édition de 1944 de « La Fondation de la Société Anthroposophique Universelle 1923 – 1924 » (GA260), laquelle décrit principalement quelques aspects d’une confrontation avec une adversité extérieure extrême. La lecture du cycle de conférences intitulé « Éveil au contact du Je d’autrui » (GA257) permettra aussi de prendre connaissance des graves difficultés et de l’adversité internes au mouvement et à la société anthroposophique (ancienne) en 1923 ainsi que de plusieurs concepts fondamentaux exposés par Rudolf Steiner qui permettent de sortir de ces ornières. Sur le site Soi-esprit.info, un de ces concepts clés est étudié au travers d’un dialogue entre deux anthroposophes. Voir ici : « Dialoguer c'est sacré ? Une tentative pour explorer et pour vivre consciemment et concrètement cet idéal dans une communauté d'esprits libres ».
Enfin, notons, pour les néophytes qui ne connaissent pas l’histoire de la SAU, que dès la mort de Rudolf Steiner en 1925, les querelles et les conflits internes à la SAU s’intensifièrent jusqu’à l’exclusion, en 1935, d’environ la moitié de tous les membres à l’échelle mondiale, y compris certains des plus proches collaborateurs de Rudolf Steiner. À ce sujet, on lira notamment avec un vif intérêt l’ouvrage passionnant et bouleversant d’Irène Diet portant pour titre « Jules et Alice Sauerwein et l'anthroposophique en France ». On y prendra connaissance non seulement de l'histoire de l’anthroposophie en France, mais aussi des tensions, conflits et événements tragiques qui secouèrent le comité de la Société anthroposophique à Dornach. Irène Diet a mis ce livre gratuitement à la disposition du public. On peut le télécharger au format PDF via Soi-esprit.info en cliquant ci-dessous:

Telecharger Jules et Alice Sauerwein et l'anthroposophique en France.pdf

[2] Dans cet extrait de conférence, nous ne reprenons que la première difficulté. Nous avons cependant aussi publié sur Soi-esprit.info un extrait reprenant la seconde difficulté sous le titre suivant : «Se présenter dans le monde sous le signe de la pleine vérité»

[3] Remarquons qu’au début du XXième siècle, un nombre considérable de personnes émettent publiquement des jugements sur des choses dont elles ne comprennent absolument rien. C’est bien sur le cas sur les réseaux dits sociaux, mais également dans de nombreux articles de presse. Plus que jamais, l’humanité traverse une espèce d’épreuve initiatique de la connaissance (lire par exemple à ce sujet «Rudolf Steiner sous attaque : l’anthroposophie et sa contre-image occulte»). L’auteur de ce site a aussi rencontré nombre de personnes, soi-disant «adeptes» de l’anthroposophie, qui exprimaient des jugements inexacts sur des contenus anthroposophiques dont elles ne comprenaient pas grand-chose, pour ne pas dire rien du tout. Ces personnes comptent, à son sens, parmi les adversaires (inconscients) les plus destructeurs vis-à-vis de l’anthroposophie, car sous une fausse apparence d’anthroposophie (lui empruntant par exemple tels ou tels mots), c’est le contraire qu’elles diffusent ainsi sur certaines questions. L’anthroposophie peut dès lors être amalgamée… avec son exact contraire. De telles pratiques existèrent et existent au sein de sociétés anthroposophiques nationales, ainsi qu’au sein de la SAU. 

Constatant l’absence de discernement et de volonté de mettre un terme à ces dérives délétères répétées sous prétexte de tolérance, constatant dès lors que la SAU s’éloignait sur bien des points de plus en plus de l’impulsion donnée par Rudolf Steiner, pour ne pas dire qu’elle en devenait plus d'une fois un adversaire objectif (voir un exemple ici : «Imagination et hallucination - L’image de Christian Clement sur l’investigation de l’esprit chez Rudolf Steiner»), je ne pouvais pas faire autrement que de démissionner de cette société, comme beaucoup d’autres avant et après moi. Cette position personnelle ne constitue nullement une invitation à la démission de la part des membres actuels ou futurs, mais elle constitue une invitation à tenter de cerner avec clarté et précision ce qu’aurait dû devenir la société anthroposophique universelle dans l’esprit de son fondateur, pour être en capacité à l’avenir, de donner forme à des collaborations entre anthroposophes sur des bases réellement solides, saines et fructueuses. Car l’anthroposophie ne pourra pas jouer son rôle au service de la culture et de l’humanité, si elle ne peut que s’appuyer sur des individualités isolées, même si celles-ci travaillent les contenus en profondeur (individualités plus ou moins repliées sur elles-mêmes ; certes certaines circonstances peuvent imposer qu’il en soit ainsi. Nous n’avons pas à juger de situations particulières qui ont leurs raisons d’être). L’anthroposophie doit aussi pouvoir s’appuyer sur l'essort de véritables communautés d’esprits libres travaillant avec sérieux les contenus de connaissance anthroposophique à leur source (individuellement et collectivement) et formant, sur base de collaborations réelles volontaires, un tissu social vivant apte à donner corps, avec bien plus de forces, à l’anthroposophie dans le monde.

[4] Remarquons que nombre de sociétés dites spirituelles, de loges, d’ordres divers, etc. fonctionnent aujourd’hui encore sur base de la culture du secret et du principe (dépassé) de frontières physiques entre profanes et adeptes compétents.  Il s’agit là encore d’un point qui différencie radicalement l’impulsion donnée par Rudolf Steiner, des pratiques archaïques et traditionnelles perdurant dans ces milieux. Rendre entièrement publiques des connaissances relatives aux mondes supérieurs constitue une des raisons du déversement d’actes et de propos haineux à l’encontre de Rudolf Steiner, issus notamment de ces milieux qui ne peuvent tolérer le dévoilement de ces secrets.   

  

 

Note de la rédaction
Un extrait isolé issu d'une conférence, d'un article ou d'un livre de Rudolf Steiner ne peut que donner un aperçu très incomplet des apports de la science de l'esprit d'orientation anthroposophique sur une question donnée.

De nombreux liens et points de vue requièrent encore des éclairages, soit par l'étude de toute la conférence, voire par celle de tout un cycle de conférence (ou livre) et souvent même par l'étude de plusieurs ouvrages pour se faire une image suffisamment complète !
En outre, il est important pour des débutants de commencer par le début, notamment par les ouvrages de base, pour éviter les risques de confusion dans les représentations.

Le présent extrait n'est dès lors communiqué qu'à titre indicatif et constitue une invitation à approfondir le sujet.
Le titre de cet extrait a été ajouté par la rédaction du site  www.soi-esprit.info   

 À NOTER: bien des conférences de Rudolf Steiner qui ont été retranscrites par des auditeurs (certes bienveillants), comportent des erreurs de transcription et des approximations, surtout au début de la première décennie du XXème siècle. Dans quasi tous les cas, les conférences n'ont pas été relues par Rudolf Steiner. Il s'agit dès lors de redoubler de prudence et d'efforts pour saisir avec sagacité les concepts mentionnés dans celles-ci. Les écrits de Rudolf Steiner sont dès lors des documents plus fiables que les retranscriptions de ses conférences. Toutefois, dans les écrits, des problèmes de traduction peuvent aussi se poser.
Merci de prendre connaissance
d'une IMPORTANTE mise au point ici.

 

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