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Citation
  • "Si l'on veut comprendre un peu cette vie entre la mort et une nouvelle naissance, il faut toujours prendre plusieurs points de vue. De toute façon, notre intention n'est pas de restreindre à un seul aspect, mais de faire valoir de nombreux points de vue, afin qu'une large compréhension de tous ces processus puisse peu à peu se répandre."
    Berlin, 7 mars 1916 - GA167

    Rudolf Steiner

Le domaine du comte Abbatucci, en Corse

Vignes corses en biodynamie

Les vins biodynamiques ont du succès, des études portant sur le goût tendent à prouver leur supériorité sous ce rapport - et quelques sceptiques s'en plaignent, estimant que la biodynamie n'est qu'un discours de fantaisie destiné à tromper les gens. Nous n'en croyons évidemment rien, et pensons que le public est légitimement attiré par elle, que les produits biodynamiques contiennent des qualités spéciales, senties d'instinct par lui. Les études portant sur les vins ont tendu à le prouver parce que c'est l'aliment qu'on achète le plus pour son goût. Or la saveur est une expérience intérieure, qu'on peut essayer de recouper avec des processus chimiques, mais sans aucune certitude, puisque la concomitance entre l'expérience intérieure, humaine, et les phénomènes extérieurs, physiques, est profondément subjective et tremblante. Le problème des matérialistes est qu'ils veulent croire que la première est la conséquence des seconds; mais ils n'en savent rien, ils le postulent seulement, et il est ridicule selon nous de dire que c'est l'afflux de sang provoquant la rougeur qui est la source de la honte, plutôt que le contraire. Donc dans le corps humain, et tout ce qui est de l'ordre de l'expérience psychique consciente, l'effet sur le corps du psychisme est manifeste, et il est simple de dire, comme le faisait Jean-Jacques Rousseau, que ce principe s'applique aussi pour ce dont nous n'avons pas conscience. Pourquoi non? Créer à cet égard une exception est illogique et antiscientifique, cela participe du postulat matérialiste gratuit, du culte, du dogme.

Cependant, il est probable que l'absurdité du matérialisme est répandue à dessein, et que les plus intelligents qui orientent les politiques publiques, y compris de propagande, savent que Rousseau avait raison. Il y a en effet, dans la question de l'agriculture biodynamique, des enjeux politiques.

Depuis au moins De Gaulle, la politique industrielle de la France est de vider les campagnes, d'accroître la productivité agricole par les engrais chimiques et la mécanisation, et de concentrer l'investissement dans la croissance technologique. De Gaulle, encore tout obsédé par la défaite face à une Allemagne industriellement supérieure, voire par la suprématie américaine sous ce rapport, cherchait l'autonomie alimentaire et technologique. Dans son esprit encore marqué par Louis XIV et l'absolutisme monarchique, voire l'impérialisme napoléonien et colonial, il songeait, peut-être, que la suprématie américaine ne durerait pas, et il se réjouissait des prophéties des marxistes affirmant que le capitalisme était fait pour s'effondrer. Cela peut expliquer au moins autant que son pragmatisme ses alliances de fait avec les communistes, ou même avec l'Union soviétique de Kroutchev.

Or, la biodynamie, en s'appuyant sur des pratiques demandant beaucoup de bras, en proposant des emplois intéressants et motivants, en vendant à un bon prix des produits rares, brise ce contrôle indirect par l'État de la production agricole et alimentaire – et, dans le même temps, la logique industrialiste de la France depuis des décennies. Cela fait peur aux souverainistes de la logique gaulliste, mais aussi aux communistes qui persistent à croire aux bénéfices issus de l'étatisation de la production agricole, c'est à dire à sa non insertion dans l'économie de marché. Enfin, cela correspond encore aux illusions comtistes de la rationalisation universelle de l'économie, et donc la fin du capitalisme - encore.

Contrairement à ce que laissent entendre ses détracteurs, la biodynamie s'insère justement dans l'économie normale et rationnelle, celle qui ne crée pas artificiellement des prix bas pour pallier aux manquements de l'État à l'égard des pauvres ou pour favoriser indirectement la consommation de biens industriels – mais simplement celle dont le prix varie en fonction, d'une part, des coûts de production, d'autre part de la valeur accordée par les consommateurs aux produits. En un sens, c'est l'agriculture chimique, avec sa soumission aux principes nationalistes et communistes, qui est économiquement irrationnelle – artificiellement soutenue par des fantasmes dépassés.

Accessoirement, l'agriculture biodynamique est un des seuls domaines des activités inspirées par l'anthroposophie qui supportent la pression de l'économie de marché et peuvent subsister sans les dons recommandés par Rudolf Steiner et dont peut-être certains anthroposophes abusent. Même Weleda est contrainte de renflouer les pertes de la partie médicale par les gains de la partie cosmétiques.

On pourrait se demander si le gouvernement actuel de la France n'a pas voulu concéder davantage à la biodynamie que ses prédécesseurs, notamment à travers la promotion des vins de Gérard Bertrand, indiscutablement bons, et dont le producteur défend avec vigueur et sincérité la biodynamie dans son essence. M. Macron se veut pragmatique et si, dans les faits, les produits biodynamiques s'avèrent être à forte valeur ajoutée (contredisant les prévisions positivistes assurant que cela serait pour toujours réservé à la technologie matérialiste), la taxe qui en est issue est bénéfique pour l'État, et les excédents commerciaux, lorsque les produits biodynamiques français se vendent bien à l'étranger, sont bénéfiques aussi pour le peuple. Au reste l'ouverture d'esprit peut toujours avoir son influence, même si la pression politique tend à l'éradiquer: les vins biodynamiques marchent réellement bien et, récemment, Le Monde a admis l'efficacité des pratiques, même si elles restent intellectuellement difficiles à saisir. Il serait économiquement suicidaire de ne pas soutenir cette branche sous prétexte que les fanatiques du matérialisme historique contestent la validité de la démarche. Le sectarisme n'est pas forcément là où on croit – et il nuit toujours.

Et puis l'industrialisation de la France a peut-être vécu et, comme l'a énoncé Michel Houellebecq dans La Carte et le territoire (2010), l'avenir économique du pays repose probablement davantage sur les produits alimentaires d'excellence, traditionnels, issus d'un terroir renouvelé et dynamisé, renaissant de ses cendres justement grâce à la biodynamie. En Corse, un membre de la noblesse locale, Jean-Charles Abbatucci, produit des vins qu'il dit remplis de l'âme corse, et il utilise à cette fin la biodynamie. Celle-ci, de fait, place l'esprit du terroir dans les aliments et, mystérieusement, cela en accroît le bon goût, et les qualités vitales. Que la science essaie de comprendre pourquoi et comment, si elle peut! Mais que ses communicants à la recherche de subventions cessent de harceler les biodynamistes parce qu'ils leur font concurrence: c'est parfaitement déloyal.

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