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Citation
  • « (…) tout ce qui d'asservissement des pensées, de domination des pensées d'un individu par un autre, nous vient d'époques antérieures — où cela était justifié —, tout cela doit disparaître de l'univers avec la montée de la socialisation. C'est pourquoi, à l'avenir, la liberté dans la vie culturelle devra trouver sa place à côté de l'organisation des rapports économiques. Seule cette liberté dans la vie de l'esprit nous donne la possibilité, lors de toute relation humaine, de voir en l'autre l'individu qui se tient devant nous et non l'être humain en général. Un programme tel que celui de Woodrow Wilson parle de l'être humain en général, mais celui-ci, cet être humain abstrait, n'existe pas. Seul existe l'être humain particulier, l'individu. (…). L'essentiel est que, à l'avenir, l'absolue liberté de pensée s'ajoute à la socialisation, celle-ci étant impensable sans celle-là. Par conséquent, la socialisation devra être liée à l'élimination de tout asservissement de la pensée, que celui-ci soit entretenu par certaines sociétés anglophones que j'ai suffisamment caractérisées, ou par le catholicisme romain. Car ces deux mouvements se valent, et il est extrêmement important de comprendre leur intime parenté ».

    Dornach, 6 décembre 1918 – GA186

    Rudolf Steiner
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Extrait de la troisième conférence du cycle « Bases de la pédagogie – Cours aux éducateurs et enseignants »
Dornach, le 25 décembre 1921
Rudolf Steiner – GA303
Traduction : Mireille Delacroix
Éditions Anthroposophiques Romandes, 1988

(...) Il faut dire en effet que la pensée intellectualiste et naturaliste de la vie moderne, malgré tous ses efforts pour apporter une clarté lumineuse à l'explication des phénomènes sensibles, nous conduit par ailleurs à toute une part d'inconscient qui est présenté dans cette vie moderne. J'aimerais illustrer par deux exemples cette entrée que la vie moderne fait, toutes voiles dehors, dans l'incertain et dans l'instinctif[i].

Quand on considère Darwin comme nous venons de le faire[ii], on pourrait dire assurément : « Eh bien, si l'on ne peut pas faire autrement que de se limiter, pour ce qui est de la certitude scientifique, au domaine physique sensible et, lorsqu'on veut approcher le suprasensible, d'avoir recours à ce que la foi a de traditionnel, alors il faut bien l'accepter, alors on ne peut rien là-contre. » Mais ce qu'on accepterait alors ne serait pas du tout pour le salut de l'humanité. Quand on suit l'Histoire d'un regard tant soit peu psychologue, on découvre en effet qu'autrefois les idées religieuses étaient considérées non pas comme des actes de foi - elles ne le sont devenues qu'à l'époque moderne -, mais comme une connaissance à part entière, qui passait pour tout aussi scientifique que la connaissance du monde extérieur. Ce n'est que l'époque moderne qui a limité le savoir au monde sensible. De là vient qu'elle n'arrive à aucun savoir sur le monde suprasensible ; elle a hérité le savoir suprasensible sous sa forme ancienne, traditionnelle, et n'a rien créé de nouveau. Et c'est de cette illusion où l'on vit qu'est née l'idée qu'à l'égard du suprasensible on ne saurait arriver qu'à des actes de foi.

Mais quand on considère la manière dont le suprasensible a vécu dans les religions d'autrefois, on voit en même temps que cette manière de saisir intérieurement le suprasensible représente pour l’être humain un affermissement, que la vie religieuse, si elle est vécue comme une connaissance, imprègne l’être humain de force intérieure jusque dans le physique ; et l'on voit que la civilisation moderne ne peut pas donner à l’être humain cette force qui lui venait jadis de la vie religieuse. Car lorsque la vie religieuse se réduit à des actes de foi, elle n'est plus une force puissante, elle n'agit plus jusque dans le physique. Cela, de nos jours, on le sent bien d'instinct, mais on n'en mesure pas toute la portée. Et le sentiment instinctif de cet état de choses a fait que l'humanité moderne s'oriente vers quelque chose qu'on cherche instinctivement, mais dont on ne comprend absolument pas l'intrusion dans la civilisation moderne : c'est tout ce qui tourne autour du sport.

La religion a perdu la force intérieure qui jadis fortifiait le physique de l'homme. De là est venu l'instinct d'apporter cette force de l'extérieur. Et comme, dans la vie, toute chose a deux pôles, nous avons ici le fait suivant : ce que l'homme a perdu dans le domaine de la religion, il veut instinctivement se l'apporter du dehors. Bien entendu, je n'ai pas l'intention de faire tout un discours contre le sport, ni d'en discuter le bien-fondé ; je suis, mot aussi, convaincu qu'il saura évoluer d'une manière saine. Mais à l'avenir, au lieu d'être, comme aujourd'hui, un ersatz de la religion, il occupera dans la vie humaine une autre place. De telles choses vous semblent paradoxales quand elles sont exprimées aujourd'hui. Mais c'est justement parce que, dans la civilisation moderne, nous avons donné dans tant de pièges que la vérité fait figure de paradoxe. (...)

Rudolf Steiner

[Texte en gras : SL]

 

Notes de la rédaction

[i] Dans le présent extrait, nous ne publions que le premier exemple.

[ii] Pour comprendre ce à quoi Rudolf Steiner fait ici référence, lorsqu’il évoque Darwin, voici le passage en question, tiré de la même conférence :

 

On peut dire que l'ouvrage de Charles Darwin publié en 1859, « De l'origine des espèces », avait fait faire à la vie de l'esprit un pas décisif. Toute la façon dont les observations ont été faites, puis reliées entre elles par des inductions et dont ensuite le tout, observations et inductions, a été mis dans l'ouvrage « De l'origine des espèces au moyen de la sélection naturelle », voilà qui pour la pensée moderne, est exemplaire. On peut dire qu'à l'égard des observations sensorielles, Charles Darwin est extrêmement fidèle, et c'est dans une mesure exceptionnellement large qu'il cherche, dans ce qu'il observe avec les sens, des lois qui relient entre elles ses observations. Il cherche des lois comme on le fait quand on tient compte de tout ce que, pour notre entendement, l'observation elle-même nous enseigne. Il le fait comme on s'accoutume à le faire quand on ne se laisse pas aller à toutes sortes de pensées subjectives sur le monde extérieur, mais qu'on tire du monde extérieur lui-même un enseignement pour son « Je » raisonnable, pour la manière dont la raison, dont l'intellect doit agir dans la vie.

Grâce à cette façon de considérer la vie, Darwin parvient effectivement, d'une manière exemplaire, à créer un lien entre les organismes les plus simples, les plus imparfaits, et le plus élevé des organismes terrestres : l'être humain. Toute la série, du premier jusqu'au dernier, est étudiée d'une manière limpide, scientifique et intellectualiste. Mais c'est l'extrahumain qui est étudié là. On n'y trouve ni l'essence de l'homme lui-même ni son aspiration au suprasensible {NDLR : Par « l’extra-humain », Rudolf Steiner fait référence à une notion qu’il a développée plus tôt dans la même conférence et à laquelle il fait à nouveau allusion ici. L’être humain a beau chercher partout dans les règnes de la nature son essence… il ne la trouve pas. Ces règnes de la nature sont dès lors « extra-humains » et les sciences de la nature, aussi admirables soient-elles, ne permettent pas d’étudier l’élément purement humain}.

C'est très caractéristique de voir comment Darwin arrive à une frontière et, en particulier, comment il se comporte à cette frontière. Après avoir dans son ouvrage, présenté ses excellentes conclusions, il dit en effet : Pourquoi le divin Créateur aurait-il préféré faire tout de suite apparaître dans le monde, comme par enchantement, toute la profusion et la multiplicité des formes organiques plutôt que de créer au départ un petit nombre de formes organiques relativement imparfaites et de les transformer ensuite, ou de les laisser se transformer peu à peu en formes toujours plus parfaites ?

Que signifie pareil arrêt à une certaine frontière ? Cela signifie qu'on prend en soi les pensées intellectualistes et naturalistes, qu'on les mène aussi loin qu'un sentiment intérieur, une sensation intérieure vous le permet, et qu'alors on s'arrête à un certain seuil ; au lieu de continuer à se creuser la tête pour savoir si l'on a une limite ou si, éventuellement, on pourrait franchir cette limite, on s'arrête à cette frontière, comme si cela allait de soi, et à cette frontière on adopte les héritages du passé que nous ont gardés les traditions.

Dans le domaine extra-humain, on pratique la recherche intellectualiste et naturaliste et, à la frontière à laquelle on arrive alors, on a recours aux vieilles doctrines transmises par les confessions religieuses. Cette façon de considérer le monde ne s'est guère modifiée dans l'ouvrage que Darwin a fait suivre et qui porte le titre : « La descendance de l'homme ». Par rapport à ce qui vient d'être caractérisé, chez Darwin même rien n'est venu s'ajouter.

 

Note de la rédaction
Un extrait isolé issu d'une conférence, d'un article ou d'un livre de Rudolf Steiner ne peut que donner un aperçu très incomplet des apports de la science de l'esprit d'orientation anthroposophique sur une question donnée.

De nombreux liens et points de vue requièrent encore des éclairages, soit par l'étude de toute la conférence, voire par celle de tout un cycle de conférence (ou livre) et souvent même par l'étude de plusieurs ouvrages pour se faire une image suffisamment complète !
En outre, il est important pour des débutants de commencer par le début, notamment par les ouvrages de base, pour éviter les risques de confusion dans les représentations.

Le présent extrait n'est dès lors communiqué qu'à titre indicatif et constitue une invitation à approfondir le sujet.
Le titre de cet extrait a été ajouté par la rédaction du site  www.soi-esprit.info   

En outre, nous invitons avec insistance toutes les personnes qui consultent les extraits de livres ou de conférences sous forme d'écrits ou de podcasts plus ou moins régulièrement sur le présent site, d’acquérir les livres d'où ils proviennent : en les achetant, vous rendez possible le travail de publication actuel et à venir, c'est-à-dire que vous contribuez à la pérennisation des maisons d’édition de livres anthroposophiques ainsi que des canaux de commercialisation spécialisés, ce qui est un enjeu toujours plus important actuellement (2025) {note : le présent site est tout à fait indépendant par rapport à ces organismes}.
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 À NOTER: bien des conférences de Rudolf Steiner qui ont été retranscrites par des auditeurs (certes bienveillants), comportent des erreurs de transcription et des approximations, surtout au début de la première décennie du XXème siècle. Dans quasi tous les cas, les conférences n'ont pas été relues par Rudolf Steiner. Il s'agit dès lors de redoubler de prudence et d'efforts pour saisir avec sagacité les concepts mentionnés dans celles-ci. Les écrits de Rudolf Steiner sont dès lors des documents plus fiables que les retranscriptions de ses conférences. Toutefois, dans les écrits, des problèmes de traduction peuvent aussi se poser allant dans quelques cas, jusqu'à des inversions de sens !
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 « Le problème le plus important de toute la pensée humaine : Saisir l'être humain en tant qu'individualité libre, fondée en elle-même »
Vérité et Science, Rudolf Steiner