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Chroniques sur la désinformation scientifique
Dans mon quotidien, je constate que presque systématiquement quand un médecin conventionnel attaque l’homéopathie ;
Quand un agronome mainstream disqualifie la biodynamie ;
Quand un neuroscientifique déclare que la conscience n’est qu’un phénomène cérébral, ils parlent généralement depuis un présupposé philosophique qu'ils prennent pour de la science.
Ce cadre s’appelle le réductionnisme.
Son effet est redoutable car il produit de l’ignorance de façon structurelle.
Un médecin anthroposophe le met en avant de manière claire.
Il s’agit de Peter Heusser qui est aussi professeur à l’université de Witten/Herdecke.
Il est titulaire de la première chaire de médecine anthroposophique en Europe, inaugurée dans une université académique reconnue.
Ce livre est sa thèse d’habilitation.
C’est l’oeuvre la plus exigeante qu’un chercheur européen puisse produire.
Cette thèse est traduite en français dans un livre publié aux Editons Triades : Bases scientifiques de l’anthroposophie - Epistémologie, physique, chimie, génétique, biologie, neurobiologie, anthropologie, médecine, psychologie, philosophie de l’esprit.
Il est à noter qu’Heusser est publié dans des revues à comité de lecture.
Il cite Chalmers, Brentano, Searle, Singer, Penrose, Crick et Wiener.
Heusser ne parle donc pas depuis la marge mais depuis l’intérieur de l’institution, avec ses propres outils pour montrer que ses présupposés fondamentaux ne sont pas scientifiques.
Sa thèse : le naturalisme réductionniste n’est pas une conclusion de la science.
C’est un présupposé philosophique et ce présupposé produit structurellement de l’ignorance en excluant par principe ce qu’il ne peut pas mesurer.
J’ai lu son livre.
Voici les sept preuves qu’il documente.
Preuve 1 : Le réductionnisme est déclaré, pas prouvé
La thèse centrale du réductionnisme est que les niveaux supérieurs de la réalité (la vie, le psychisme et le spirituel) sont produits causalement par les niveaux inférieurs : le physique, le chimique et le neuronal.
Cette thèse n’est jamais démontrée.
Elle est posée comme présupposé, puis utilisée comme critère pour exclure ce qui ne s’y conforme pas.
Heusser cite le neuroscientifique Wolf Singer, pour qui le conflit entre approche réductionniste et sciences humaines ne serait soluble qu’en admettant que nos images du monde sont des constructions du cerveau.
La réponse de Heusser est tranchante : le spirituel en tant que produit du matériel est seulement déclaré, pas prouvé.
Ce cercle réductionniste tourne dans le débat public depuis des décennies via des démonstrations qui se valident les unes les autres sans jamais apporter de preuve tangible.
C’est depuis cette sphère que des sujets comme l’homéopathie, la para-psychologie et la biodynamie sont disqualifiées.
Preuve 2 : “Dépendre de” n’est pas “être causé par”
C’est la distinction la plus importante du livre qui est aussi la plus systématiquement ignorée.
La conscience dépend du cerveau.
Personne ne le nie mais dépendre de n’implique pas être causé par.
Un musicien dépend de son instrument.
Cela ne signifie pas que la musique est produite par le bois et les cordes.
Le réductionnisme confond ces deux relations depuis deux siècles.
Cette confusion ferme l’accès à la réalité du psychique et du spirituel en tant que niveaux autonomes avec leurs propres lois, leurs propres phénomènes, irréductibles aux niveaux inférieurs.
C’est exactement cette confusion qui rend impensable, dans le cadre réductionniste, qu’un organisme vivant puisse être gouverné par des forces qui ne sont pas réductibles à la chimie.
C’est ce qui rend la biodynamie impensable avant même qu’elle soit examinée.
Preuve 3 : Le dogme central de la biologie moléculaire
En 1970, Francis Crick formule le “dogme central” : toute l’information de l’organisme réside dans les gènes.
Cette thèse s’est imposée comme évidence dans les cercles scientifiques et dans le grand public.
Heusser montre qu’elle est fausse quantitativement et qualitativement.
Quantitativement : la masse d’information disponible dans l’ADN humain est insuffisante pour expliquer la complexité des interconnexions neuronales dans le système nerveux central.
Les chiffres ne correspondent pas.
Qualitativement : l’ADN ne contient que les lois de la structure primaire des protéines.
Il ne contient pas les lois qui gouvernent les formes, les agencements et les fonctions des organes, des systèmes, de l’organisme vivant dans sa totalité.
Ce dogme non vérifié, non vérifiable dans sa prétention totalisante, produit une ignorance massive sur la nature du vivant.
Il disqualifie par avance toute approche qui reconnaît dans l’organisme des niveaux de lois que la génétique ne peut pas atteindre.
L’agriculture biodynamique, la médecine anthroposophique, l’homéopathie, toutes travaillent précisément à ces niveaux.
Preuve 4 : Le fossé explicatif que personne ne peut combler
Entre l’expérience subjective de la conscience et son corrélat neuronal observable, il y a ce que le philosophe Joseph Levine a nommé l’explanatory gap c’est-à-dire le fossé explicatif.
David Chalmers a montré que ce fossé ne peut, par principe, être comblé non par manque de technologie mais par nature.
Les phénomènes psychiques (sensations, sentiments, intentions) n’ont ni extension spatiale, ni poids, ni aucune propriété des objets physiques.
Brentano les a documentés rigoureusement : ce sont deux classes de phénomènes radicalement distinctes.
Le réductionnisme ne les explique pas.
Il les nie en les déclarant “simplement physiques” malgré l’évidence empirique du contraire.
Ce que cela signifie concrètement : chaque fois qu’un patient décrit une expérience subjective (une sensation, un état intérieur, un soulagement) que le dispositif mesurant ne peut pas détecter, le réductionnisme l’exclut par définition.
Son cadre ne peut tout simplement pas le contenir.
Preuve 5 - La peur du psychique comme moteur du matérialisme
Heusser cite John Searle.
Searle est un philosophe analytique qui admet ouvertement que la motivation la plus profonde pour le matérialisme, c’est peut-être simplement une peur vis-à-vis de la conscience.
La raison la plus profonde de cette peur est que la conscience est subjective.
Cela est terrifiant pour ceux qui croient que le monde doit être entièrement objectivable.
John Eccles commente sans détour : si cela est vrai, cette philosophie est irrationnelle.
Le matérialisme réductionniste n’est donc pas, à sa racine, une conclusion rationnelle. C’est une défense psychologique institutionnalisée.
C’est depuis cette défense que les pratiques alternatives et intégratives qui prennent au sérieux le subjectif, l’intérieur, le vivant sont systématiquement attaquées.
Preuve 6 - La théorie qui s’annule elle-même
Heusser identifie une contradiction interne fatale dans le réductionnisme neurologique.
Si nos images du monde sont des constructions du cerveau alors le cerveau lui-même est une construction du cerveau.
Il ne peut pas simultanément être le constructeur et le construit.
La théorie réductionniste détruit son propre fondement en cherchant à tout réduire.
Nous n’avons aucune autre possibilité pour connaître le cerveau que d’en devenir conscient par le percevoir et le penser.
Si la conscience est un produit du cerveau, alors notre connaissance du cerveau est un produit de ce produit et la fondation réductionniste s’effondre.
Heusser conclut en disant que le raisonnement réductionniste est un exemple du fait que le nominalisme et le réductionnisme ne peuvent pas mener à une anthropologie cohérente et exempte de contradiction.
Preuve 7 — L’expérience de Libet mal interprétée
L’expérience de Benjamin Libet est devenue une référence incontournable dans le débat sur le libre-arbitre.
Elle montre que l’activité cérébrale précède de quelques centaines de millisecondes la décision consciente.
Conclusion officielle : le libre-arbitre est une illusion.
La conscience arrive après le cerveau.
Heusser montre que cette interprétation présuppose exactement ce qu’elle prétend démontrer.
Ce que Libet mesure, c’est un potentiel de préparation motrice c’est-à-dire une impulsion physique subalterne, tardive dans la chaîne de l’action.
Ce n’est pas la décision libre.
La véritable liberté, selon Steiner que Heusser suit ici, réside dans le penser pur : la formation consciente et rationnelle du motif avant l’action.
Cette intention librement formée précède l’impulsion que Libet observe.
L’expérience ne l’atteint tout simplement pas.
Mesurer une impulsion motrice et en conclure à l’absence de libre-arbitre, c’est confondre la conditionnalité neuronale d’un acte avec sa causalité mentale.
La même confusion que “dépendre de” et “être causé par”.
C’est l’agnotologie dans sa forme la plus précise : une expérience réelle saisie par un cadre interprétatif réductionniste pour en extraire une conclusion que les données ne contiennent pas.
C’est cette conclusion sur l’absence de libre-arbitre qui est ensuite utilisée pour invalider toute approche qui prend au sérieux l’autonomie de la conscience.
Ce que tout cela signifie pour Chroniques de l’Ignorance
L’homéopathie est attaquée parce qu’elle n’a pas de mécanisme explicable dans le cadre réductionniste.
La biodynamie est disqualifiée parce qu’elle postule des forces dans l’organisme vivant que la chimie ne peut pas mesurer.
La médecine anthroposophique est marginalisée parce qu’elle prend au sérieux le psychique et le spirituel comme niveaux autonomes de la réalité.
Mais Heusser montre que c’est précisément le cadre qui les juge qui est non démontré, circulaire, auto-contradictoire et produit structurellement de l’ignorance.
Ce n’est pas une défense de ces pratiques.
C’est un examen rigoureux du tribunal qui les condamne.
Ce tribunal a un problème fondamental qu’il ne veut pas voir.
C’est ce que documentent les Chroniques de l’Ignorance.
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