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Citation
  • « (…) Si les gens qui défendent une conception du monde scientifique n’étaient pas trop paresseux pour méditer leurs concepts, leurs conceptions du monde, scientifiques et matérielles, ceux-ci les conduiraient assez rapidement à la science de l’esprit. Il ne s’agit donc pas du contenu des concepts de la science naturelle, mais de la façon de les traiter. Ces concepts sont fins, intimes, mais leur application par les hommes reste d’esprit matérialiste (…). »

    Stuttgart, 24 février 1918 - GA174b

    Rudolf Steiner
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Extrait de la deuxième conférence du livre
« Science du Ciel - Science de l'Homme »,
Rudolf Steiner - Stuttgart, le 2 janvier 1921
Éditions Anthroposophiques Romandes 1993, GA323

Traduction : Christian Lazaridès et François Cenki

 

NDLR : Ce cycle de conférences données par Rudolf Steiner vise à « jeter un pont à partir de diverses disciplines scientifiques jusque dans le domaine de l’astronomie et de faire apparaître l’élément astronomique de manière juste dans les différentes disciplines scientifiques ». Son point de départ n'est pas constitué par la communication d'observations de phénomènes suprasensibles, c'est-à-dire, entre autres, des considérations et des connaissances ésotériques, mais bien par des réflexions méthodologiques portant sur la science et par des observations de réalités empiriques à partir desquelles il devient possible d'élargir et d'approfondir considérablement le champ de la recherche scientifique (au moyen notamment d'une approche interdisciplinaire, au vrai sens du terme).

La première conférence de ce cycle renseigne sur l'intention de l'ensemble de ces conférences. Ses paroles d'introduction peuvent être consultées ici.

Avertissement : les éventuels titres intercalaires ci-dessous ont été ajoutés par la rédaction de soi-esprit.info et ne figurent ni dans l’édition imprimée, ni dans la conférence, évidemment.



NDLR 2 : L'extrait de conférence ci-dessous est précédé immédiatement par un autre extrait, qui se trouve, ici :
Dans les sciences, parvient-on de façon générale à quelque réelle certitude au moyen d'une considération purement mathématique ? Un exemple historique : l'astronomie.

 

(...) Demandons si l’on peut trouver un autre chemin, en ce qui concerne les phénomènes célestes, que celui qui se rue simplement sur les mathématiques. Là nous pouvons effectivement rapprocher quelque peu de l’homme, de manière qualitative tout d’abord, les phénomènes célestes dans leur rapport avec la vie terrestre. Nous ne dédaignerons pas aujourd’hui de poser des considérations apparemment élémentaires, étant donné que ces considérations élémentaires sont précisément exclues de ce que l’on met aujourd’hui à la base de l’astronomie.

Demandons-nous : comment se présentent donc les choses qui interviennent dans la considération astronomique lorsque nous envisageons la vie humaine sur Terre ? Nous pouvons alors observer de fait les phénomènes extérieurs tout autour de l’homme à partir de trois points de vue différents. Nous pouvons les observer du point de vue que j’appellerais celui de la vie solaire, de la vie du Soleil, celui de la vie lunaire et celui de la vie terrestre, tellurique.

Observons de façon tout à fait courante pour commencer, élémentaire, comment ces trois domaines se manifestent autour de l’homme et en l’homme.

Alors il nous apparaît très clairement que quelque chose sur Terre est dans une dépendance radicale vis-à-vis de la vie du Soleil, de la vie du Soleil au sein de laquelle nous chercherons ensuite cette partie qui est celle du mouvement ou de l’immobilité, etc., du Soleil. Mais en faisant tout d’abord abstraction du quantitatif, essayons de comprendre comment par exemple la végétation d’une région donnée de la Terre dépend de la vie solaire.

Là il nous suffit, en ce qui concerne la végétation, de simplement appeler à nos regards ce qui est connu de tous, la différence des conditions de la végétation au printemps, en été, en automne et en hiver, et nous pourrons dire : nous voyons réellement dans la végétation elle-même l’empreinte de la vie solaire. La Terre s’ouvre, dans une région donnée, à ce qui se trouve en dehors d’elle dans l’espace céleste, et cette ouverture se montre à nous dans le déploiement de la vie végétale. Si elle se ferme ensuite à nouveau à la vie solaire, la végétation régresse.

Mais nous découvrons une certaine interaction entre le purement tellurique et le solaire. Envisageons donc en quoi consiste justement la différence au sein de la vie solaire lorsque la vie « tellurique » devient autre. Il nous faut rassembler des faits élémentaires. Vous verrez ensuite comment cela peut nous mener plus loin. Prenez donc l’Égypte et le Pérou comme deux régions dans la zone tropicale, l’Égypte en tant que plaine basse, le Pérou en tant que haut plateau. Si vous comparez maintenant la végétation, vous verrez comment le « tellurique », c’est-à-dire simplement la distance au centre de la Terre, intervient jusque dans la vie solaire.

Il vous suffit donc d’observer la végétation à la surface de la Terre et de ne pas considérer la Terre simplement comme quelque chose de minéral, mais de compter aussi le végétal comme faisant partie de la Terre, et vous avez dans l’image de la végétation un point de repère pour obtenir des vues sur les relations du terrestre avec le céleste. Mais nous les obtenons tout particulièrement lorsque nous prenons en compte l’élément humain.

Nous avons tout d’abord deux opposés sur la Terre : le polaire et le tropical. L’action de cette opposition apparaît nettement dans la vie humaine. N’est-ce pas, la vie polaire provoque en l’homme un certain état d’apathie spirituelle. Le contraste abrupt, un long hiver et un long été, qui ont presque le sens de jour et de nuit, provoque en l’homme une certaine apathie, de sorte que l’on peut dire que l’homme vit alors au sein d’un milieu qui le rend apathique. Dans la zone tropicale, l’homme est aussi dans un milieu qui le rend apathique.

Mais à la base de l’apathie des régions polaires il y a une végétation extérieure réduite qui, de façon particulière, même là où elle se développe, demeure pauvre, réduite. À la base de l’apathie tropicale de l’être humain il y a une végétation riche, luxuriante. Et à partir de cet ensemble de l’environnement on peut dire : l’apathie qui gagne l’homme dans les régions polaires est autre que l’apathie qui le gagne dans les régions tropicales. Il devient apathique dans les deux régions mais l’apathie résulte, pour ainsi dire, de causes différentes. Dans la zone tempérée il y a un équilibre. Là, dirais-je, les facultés humaines se développent dans un certain équilibre.

Or, personne ne doutera du fait que cela ait quelque chose à voir avec la vie solaire. Mais comment se présente le rapport avec la vie solaire ? Voyez-vous, si l’on va au fond des choses, – comme déjà dit, je veux tout d’abord développer un peu les choses par l’observation, afin d’arriver à des concepts –, on découvre que la vie polaire agit sur l’homme de façon telle que, au départ, la vie solaire s’exprime là tout d’abord fortement.

La Terre se soustrait là à la vie du Soleil, elle ne laisse pas les actions de ce dernier s’élancer depuis le bas vers le haut dans la végétation. L’homme est exposé à la vie du Soleil proprement dite – vous devez seulement ne pas chercher simplement la vie du Soleil dans la chaleur – et, qu’il le soit, c’est ce dont témoigne l’aspect de la végétation.

Nous avons donc une prédominance de l’influence solaire dans la zone polaire. Quelle vie prédomine dans la zone tropicale ? Là, c’est la vie tellurique, la vie de la Terre qui prédomine. Elle s’élance dans la végétation. Cela rend la végétation luxuriante, riche. Cela prive aussi l’homme de l’équilibre de ses facultés, mais cela provient d’un élément différent au Nord et au Sud. Ainsi, dans les régions polaires la lumière solaire opprime son épanouissement intérieur ; dans les régions tropicales, c’est ce qui jaillit de la Terre qui opprime ses facultés intérieures. Et nous constatons une certaine opposition, l’opposition qui apparaît entre une prédominance de la vie solaire autour du pôle et une prédominance de la vie tellurique dans les régions tropicales, au voisinage de l’équateur.

Et si nous portons ensuite le regard sur l’homme et considérons la forme humaine, nous nous dirons : ce qui, dans la forme extérieure, reproduit l’espace universel – prenez s’il vous plaît au départ comme un paradoxe si je prends maintenant la forme humaine au sérieux dans un sens particulier –, ce qui reproduit l’univers, la boule, la forme sphérique de l’espace universel – donc la tête humaine –, cela est aussi au cours de la vie dans « la zone polaire », cela est exposé à l’extra-terrestre.

Ce qui est système métabolique, en rapport avec les membres, cela est dans « la zone tropicale », cela est exposé à la vie terrestre. Nous voyons donc que l’homme se situe dans l’univers de façon telle que par la tête, par l’organisation nerfs-sens[1], il est plus en rapport avec l’environnement extra-terrestre, et par l’organisation métabolique plus avec la vie terrestre, et nous aurons à chercher dans la zone tempérée une sorte de compensation continuelle entre le système-tête et le système métabolique. Nous aurons saisi que dans la zone tempérée, se forme de façon privilégiée le système rythmique en l’homme.

Vous voyez maintenant qu’il existe un certain rapport entre cette tri-articulation[2] de l’être humain – système nerfs-sens, système rythmique et système métabolique – et le monde extérieur. Vous voyez que le système-tête est plutôt subordonné à tout l’univers alentour, que le système rythmique est la compensation entre l’univers alentour et le monde terrestre, et que le système métabolique est subordonné au monde terrestre.

Maintenant, il nous faut en même temps tenir compte de l’autre indication, qui nous montre la vie solaire dans une autre relation avec l’être humain. N’est-ce pas, ce que nous venons d’observer, ce rapport de la vie humaine avec la vie solaire, cela nous ne pouvons en fin de compte que le rapporter à ce qui se déroule entre la vie terrestre et la vie extra-terrestre dans le cours de l’année. Mais dans le cours de la journée nous avons bien affaire au fond à une sorte de répétition ou à quelque chose de semblable à ce qu’il y a dans le cours de l’année.

Le cours de l’année est déterminé par la relation du Soleil à la Terre, mais le cours de la journée aussi. Si nous parlons simplement de façon mathématique-astronomique, nous parlons, pour le cours journalier, de la rotation de la Terre autour du Soleil et, pour le cours annuel, de la révolution de la Terre autour du Soleil. Mais nous nous limitons alors au départ à des faits très simples. Et nous n’avons aucune justification pour dire que nous partons réellement là de quelque chose qui est un terrain suffisant pour une façon de considérer les choses et qui nous donne des bases suffisantes pour cela.

Prenons donc en considération pour le cours annuel tout ce que nous avons vu maintenant. Je ne veux pas encore dire : rotation de la Terre autour du Soleil, mais que le cours annuel, le fait de l’alternance dans le cours de l’année doit être en rapport avec la triarticulation de l’être humain, et que, tandis que ce cours de l’année se développe à travers les conditions terrestres de manières différentes dans la zone tropicale, dans la zone tempérée, dans la zone polaire, apparaît dans ce fait comment ce cours annuel a quelque chose à voir avec toute la formation de l’homme, avec les conditions propres aux trois éléments de l’homme tripartite. Lorsque nous pouvons considérer cela, nous avons une base plus large et nous pouvons peut-être arriver à quelque chose de tout autre que lorsque nous mesurons simplement, de façon limitée, les angles que font différentes orientations du télescope. Il s’agit d’acquérir des bases plus larges afin de pouvoir juger les faits.

Et lorsque nous parlons du cours journalier, alors, dans le sens de l’astronomie, nous parlons de la rotation de la Terre autour de son axe. Toutefois, quelque chose d’autre se manifeste là tout d’abord. Il se manifeste une très large indépendance de l’être humain par rapport à ce cours journalier. La dépendance de l’humanité par rapport au cours annuel, notamment par rapport à ce qui est en relation avec le cours annuel, c’est-à-dire l’élaboration de la forme humaine dans les différentes régions de la Terre, cela nous montre une très large dépendance de l’homme par rapport à la vie solaire, par rapport aux modifications qui ont lieu en tant que conséquences de la vie solaire. Le cours journalier montre ceci dans une moindre mesure. Nous pouvons dire toutefois : il se manifeste bien aussi des choses intéressantes en rapport avec le cours journalier, mais ce n’est proportionnellement pas très significatif par rapport à l’ensemble de la vie humaine.

Certes, il y a bien une grande différence pour des personnes particulières. Gœthe, qui en fin de compte peut être considéré sous un certain rapport, en ce qui concerne l’humain, comme une sorte d’être humain normal, une sorte d’être normal, se sentait le mieux disposé à créer le matin, Schiller, plutôt la nuit. Ceci indique que ce cours journalier a tout de même une certaine influence sur des choses plus subtiles dans la nature humaine.

Et celui qui est attentif à ces choses confirmera le fait qu’il a rencontré beaucoup de gens dans la vie qui lui ont confié que les pensées vraiment significatives qu’ils ont eues, ont « éclos » au crépuscule, c’est-à-dire en quelque sorte dans la période « tempérée » du cours de la journée, et non pas à l’heure de midi, ni à l’heure de minuit, mais dans la période « tempérée » du cours de la journée. Mais il est toutefois certain que l’homme est d’une certaine manière indépendant du cours journalier du Soleil. Nous aurons encore à approfondir la signification de cette indépendance et nous devrons montrer en quoi subsiste malgré tout une dépendance.

Maintenant, un deuxième élément est donc la vie lunaire, la vie qui est en rapport avec la Lune. Il se peut qu’infiniment de choses qui ont été dites sous ce rapport au cours de l’évolution de l’humanité n’apparaissent aujourd’hui que comme de la fantaisie. Mais, de quelque manière, nous voyons bien que la vie terrestre en tant que telle, dans les phénomènes des marées, a sans aucun doute quelque chose à voir avec le mouvement de la Lune[3].

Et on ne peut pas non plus éluder le fait qu’en fin de compte les règles féminines, même si elles ne coïncident pas dans le temps avec les phases de la Lune, coïncident toutefois bien avec ces phases du point de vue de leur durée et de leur déroulement, que donc quelque chose qui a à voir de façon essentielle avec le développement humain s’avère être en rapport avec les phases lunaires en ce qui concerne la durée. Et l’on peut dire : ce déroulement du cycle féminin a été extrait du cours général de la nature, mais il en est toutefois demeuré une réplique fidèle. Il s’accomplit selon la même durée.

On peut tout aussi peu éluder – seulement on ne se livre en aucune manière à des observations rationnelles exactes sur ces choses lorsqu’on les rejette a priori –, on ne peut éluder le fait que la vie imaginative de l’homme a en fait énormément à voir avec les phases de la Lune. Et celui qui établirait un calendrier du flux et du reflux de sa vie imaginative, remarquerait précisément combien celle-ci est en rapport avec le déroulement des phases de la Lune.

Mais le fait que la vie de la Lune, la vie lunaire, a une influence sur certains organes inférieurs, cela doit en fait être étudié dans le phénomène du somnambulisme. Là peuvent être étudiés d’intéressants phénomènes qui sont couverts par la vie normale de l’être humain, mais qui sont présents dans les profondeurs de la nature humaine et qui, dans leur ensemble, indiquent que la vie lunaire est en rapport avec le système rythmique de l’homme tout comme la vie solaire l’est avec le système nerfs-sens.

Maintenant vous avez là déjà un croisement. Nous avons vu comment la vie solaire se développe en relation avec la Terre de façon telle que, pour la zone tempérée, il y a déjà action sur le système rythmique. Maintenant se présente la vie lunaire, se croisant avec cette action, et influençant de façon directe le système rythmique.

Et si nous regardons vers la vie tellurique proprement dite, alors on ne peut pas passer à côté du fait que l’influence du tellurique sur l’homme se réalise en fait dans un domaine qui n’est pas observé d’ordinaire, mais l’influence sur ce domaine existe bel et bien. Je vous prie de simplement porter votre attention sur un phénomène comme par exemple « le mal du pays ». On peut avoir des idées superficielles sur le mal du pays. On peut bien sûr l’expliquer à partir desdites habitudes psychiques et autres choses de ce genre. Mais je vous prie cependant de prendre en compte le fait que peuvent tout à fait se présenter des manifestations physiologiques en accompagnement dudit mal du pays. Le mal du pays peut aller jusqu’à miner la santé de la personne.

Cela peut se manifester par des phénomènes asthmatiques. Et si l’on étudie tout le complexe des phénomènes du mal du pays avec ses conséquences, avec aussi les manifestations d’asthme et l’affaiblissement général, une sorte de phtisie, on arrive alors aussi à constater que finalement le mal du pays repose, en tant que sentiment général, sur une modification du métabolisme, sur une modification du système métabolique, que ce mal du pays n’est que le reflet au niveau de la conscience de modifications dans le métabolisme et que ces modifications proviennent simplement de la modification de ce qui se passe en nous lorsque nous sommes déplacés d’un lieu avec ses influences telluriques de bas en haut à un autre lieu avec ses influences telluriques de bas en haut.

S’il vous plaît, rapprochez cela d’autres choses qui d’ordinaire n’appellent pas d’observation scientifique, et c’est bien dommage ! Gœthe, je l’ai déjà dit, se sentait particulièrement porté à faire de la poésie, à mettre par écrit ses idées le matin. Mais s’il avait besoin d’une stimulation, alors il prenait cette stimulation qui, selon sa nature propre, intervient le moins directement sur le métabolisme mais qui ne fait que « l’irriter » à partir du système rythmique, à savoir le vin ! Gœthe se stimulait avec du vin. Il était en fait sous ce rapport vraiment un homme solaire. Il faisait agir sur lui en particulier les influences de la vie solaire.

Chez Schiller ou Byron c’était l’opposé ; Schiller faisait le plus volontiers de la poésie quand le Soleil était couché, quand donc la vie solaire n’était plus guère active, et il se stimulait avec quelque chose qui intervient radicalement sur le système métabolique, avec du punch chaud ! C’est là quelque chose de différent de l’effet que Gœthe recevait du vin. C’est une action sur l’ensemble du système métabolique. C’est par le métabolisme que la Terre agit sur l’homme. Si bien que l’on peut dire que Schiller était un homme tellurique.

Les hommes telluriques agissent plus par l’émotionnel, le volontaire, les hommes solaires plus par le calme, le contemplatif. Gœthe est aussi devenu de plus en plus, pour les gens qui ne comprenaient pas le solaire, qui ne comprenaient que le tellurique, – ce qui est attaché à la Terre – « le vieil artiste froid », comme on l’appelait à Weimar, « le vieil artiste froid avec son double menton ». Et c’est un nom qui a sans cesse été donné à Gœthe à la fin du 19e siècle.

Maintenant je voudrais encore vous rendre attentifs à quelque chose d’autre. Réfléchissez donc, après que nous avons observé cette insertion de l’être humain dans le contexte de l’univers : Terre, Soleil, Lune, – le Soleil agissant plus sur le système nerfs-sens, la Lune agissant plus sur le système rythmique ; la Terre, par le fait de donner à l’homme ses substances pour l’alimentation, rend donc les substances actives directement en lui, elle agit sur le système métabolique, elle agit telluriquement.

Nous voyons dans l’homme quelque chose en quoi nous pouvons peut-être trouver des points de repère pour expliquer l’extra-humain, le céleste, sur une base plus large que par le simple calcul d’angle avec le télescope ou équivalent. Nous trouvons tout particulièrement de tels points de repère si nous allons encore plus loin, si nous observons maintenant la nature extrahumaine, mais si nous le faisons en voyant en elle quelque chose de plus que simplement un enregistrement des événements successifs. Observez la vie de métamorphose des insectes.

C’est tout à fait, dans le cours annuel, quelque chose qui reflète la vie solaire extérieure. Je dirais : chez l’homme, nous devons avancer en cherchant plus vers l’intérieur, afin de détecter en lui du solaire, du lunaire, du tellurique. Dans la vie des insectes, dans ses métamorphoses, nous voyons directement le cours de l’année exprimé dans les formes successives que prend l’insecte. Si bien que nous pouvons nous dire que nous ne devons peut-être pas procéder de façon seulement quantitative, mais que nous devons aussi envisager le qualitatif qui se manifeste à nous dans de tels phénomènes.

Pourquoi toujours demander seulement : comment apparaît tel phénomène là-dehors dans l’objectif du télescope ? Pourquoi ne pas demander : comment réagit, non pas seulement l’objectif du télescope, mais l’insecte ? Comment réagit la nature humaine ? Comment, par là, nous est dévoilé quelque chose sur le déroulement des phénomènes célestes ? Et nous devons finalement nous demander : ne sommes-nous pas conduits là à des bases plus larges, si bien qu’il ne peut plus nous convenir d’être en théorie des coperniciens lorsque nous voulons expliquer de façon philosophique l’image du monde, et de nous servir de l’image du monde de Tycho pour les calendriers, ou bien pour calculer, ce que fait encore l’astronomie en pratique aujourd’hui ?

Ou bien peut-il nous convenir d’être des coperniciens, mais de laisser tout simplement de côté l’essentiel chez Copernic, à savoir sa troisième proposition[i] ? Ne pouvons-nous pas, en travaillant sur une base plus large, en travaillant à passer, dans ce domaine aussi, du quantitatif au qualitatif, surmonter les incertitudes qui font justement aujourd’hui des questions fondamentales de l’astronomie des questions brûlantes ?

Hier j’ai essayé de signaler tout d’abord la relation des phénomènes célestes avec les phénomènes embryologiques[ii], et aujourd’hui avec l’homme pleinement formé. Vous avez là une indication sur une redistribution nécessaire à la vie scientifique. Mais prenez une chose, que j’ai aussi mentionnée au cours de la considération d’aujourd’hui. Je vous ai signalé des rapports entre le système métabolique et la vie terrestre.

Nous avons dans l’homme la faculté de perception, s’exerçant par le système nerfs-sens, qui est de quelque manière en rapport avec le solaire, la vie du ciel en général ; nous avons le système rythmique qui est en rapport avec ce qui est entre ciel et terre ; nous avons le système métabolique qui est en rapport avec ce qui touche à la Terre proprement dite, de sorte que nous pourrions peut-être par là, si nous pouvions voir l’homme de métabolisme proprement dit, nous approcher alors plus près de la véritable nature du tellurique.

Car que faisons-nous aujourd’hui lorsque nous voulons approcher le tellurique ? Nous nous comportons comme des géologues. Nous étudions les choses par l’abord extérieur. Mais elles ont aussi un aspect intérieur ! Elles ne le montrent peut-être dans sa vraie forme que lorsqu’elles passent par l’homme.

C’est aujourd’hui devenu un idéal que d’observer la relation des substances entre elles de façon coupée de l’être humain, et d’en rester à observer dans le laboratoire de chimie les actions réciproques des substances par des manipulations, pour découvrir la nature des substances. Mais si les choses étaient telles que les substances ne révèlent leur essence que dans la nature humaine, alors nous devrions pratiquer la chimie en allant vers cette nature humaine.

Ainsi, nous aurions à construire une relation entre la réelle chimie et les processus liés aux substances dans l’être humain, tout comme nous voyons une relation entre l’astronomie et l’embryologie, entre l’astronomie et la forme humaine en général, l’entité humaine tripartite. Vous voyez, les choses agissent les unes sur les autres. Nous ne pénétrons dans de la vie réelle que lorsque nous observons ces choses qui s’interpénètrent.

Mais, de l’autre côté, nous aurons à voir à son tour le rapport – du fait que la Terre se trouve dans l’espace universel – entre ce qui est tellurique et les événements astronomiques. Nous avons maintenant une relation entre l’astronomie et les substances de la Terre, une relation entre la Terre et ce qui est métabolisme humain et, à son tour, une influence directe des événements solaires, célestes sur l’homme-même. Dans l’homme donc nous avons pour ainsi dire une rencontre de ce qui vient du ciel, aussi bien de façon directe que par le détour des substances de la Terre.

Les substances de la Terre agissent sur le métabolisme humain. Et sur l’homme en tant que tel agissent aussi de façon directe les influences du ciel. Se rencontrent donc en l’homme les influences directes que nous devons à la vie solaire et les influences qui passent de façon indirecte par la Terre, qui donc ont passé par une modification de par la Terre. De sorte que nous pouvons dire : l’intérieur de l’être humain nous deviendra explicable, même du point de vue physique-anatomique, en tant que coopération d’influences extra-terrestres directes et d’influences extra-terrestres qui sont passées par les actions de la Terre et qui confluent à nouveau dans l’être humain (Fig. 4).

Un dessin au tableau montre à gauche de petits cercles qui représentent la Terre, et à droite un grand cercle qui représente l'être humain. Ils sont reliés par des droites.

À gauche, Erde = Terre / À droite, Mensch = être humain

Vous voyez comment, lorsque nous observons l’homme dans sa totalité, l’univers entier converge et comment il est nécessaire, pour arriver à une observation de l’homme, de considérer cette convergence.

Qu’a donc fait la spécialisation dans les sciences ? Elle nous a détourné de la réalité. Elle nous a emportés dans des régions purement abstraites. Et nous avons montré comment l’astronomie, bien qu’elle passe pour une science exacte, « ne s’en fait pas trop » lorsqu’elle pratique, pour le calcul du calendrier, quelque chose d’autre que dans la théorie, comment elle est copernicienne mais laisse de côté ce qui est essentiel chez Copernic[iii] ; et l’incertitude apparaît partout et, dans ce que l’on encourage actuellement, n’est pas contenu ce dont il doit être question : la formation de l’être humain à partir de l’ensemble de l’univers.

 

Très court extrait de la troisième conférence du livre
« Science du Ciel - Science de l'Homme »,
Rudolf Steiner - Stuttgart, le 3 janvier 1921

NDLR : Nous ajoutons ci-dessous les premières paroles de la 3ème conférence de ce cycle qui viennent en quelque sorte compléter-résumer ce qui précède.

D’un côté je vous ai rendu attentifs à combien il est problématique de rendre compte des phénomènes célestes uniquement selon des points de vue purement géométriques-mathématiques. Que cela soit problématique, c’est là quelque chose qui est déjà bien perçu des manières les plus diverses. Et il n’y aura bientôt plus que des esprits retardataires pour voir une réplique de la réalité dans une image de l’univers telle que la « copernicienne-galiléenne ».

Par contre, les voix s’unissent de plus en plus pour considérer que toute cette façon de rendre compte des phénomènes célestes à partir de tels points de vue est certes bien pratique et utile pour les calculs, mais ces voix déclarent que tout cela n’est toutefois qu’une certaine façon de résumer les choses, et qui pourrait aussi être différente. Et il existe maintenant aussi des personnalités – comme par exemple Ernst Mach[4] – qui disent : au fond, on peut soutenir le système du monde de Copernic aussi bien que celui de Ptolémée, on pourrait aussi en imaginer un troisième.

On n’aurait affaire là qu’à une façon pratique de rendre compte de ce que l’on peut observer. Vis-à-vis de tout cet univers, on devrait se situer d’une manière plus libre quant à la façon de l’appréhender. Vous voyez donc que le caractère problématique des cartes célestes présentées encore récemment comme des répliques de la réalité est en fait assez bien reconnu dans de très larges milieux.

Toutefois, une issue à cette problématique et à cette incertitude, telles qu’elles se présentent là, ne peut être trouvée qu’au moyen de considérations comme celles que nous avons proposées hier – du moins sous forme d’ébauche pour commencer –, au moyen donc de considérations qui n’extraient pas l’homme de l’ensemble du contexte cosmique, mais qui, au contraire, l’insèrent dans ce contexte, et ce de façon telle que l’on puisse voir, en quelque sorte sur la base des processus en l’homme-même, comment ces processus sont en rapport avec des phénomènes solaires, avec des phénomènes lunaires, avec des phénomènes terrestres, pour ensuite, à partir de là – donc à partir de ce qui se passe en l’homme – trouver la voie vers ce qui se passe au-dehors dans le cosmos en tant que causes – sous un certain rapport – de tels processus internes en l’homme. (...)

Rudolf Steiner

 [Texte en gras ou souligné : SL {L'italique se trouve dans l'édition originelle du livre lui-même}]

 

Notes

[1] « Nerfs-sens » nous paraît mieux respecter le caractère concret de l'expression allemande que l'adjectif « neurosensoriel », plus abstrait et ayant une forte connotation de physiologie classique ne correspondant pas parfaitement à la conception de Steiner.

[2] « Tri-articulation » pour traduire « Dreigliederung », concept que Steiner distinguait de « Dreiteilung » (tripartition).

[3] A propos du rapport de la Lune avec les marées, voir : R. Steiner, Expériences de la vie de l'âme, Genève, EAR. (GA58). Conférence 4.

[4] Ernst MACH (Turas, Moravie, 1838 - Haar, près Munich, 1916). Physicien, épistémologue.

 

Notes de la rédaction

[i] Voir un extrait de la première partie de cette conférence, ici : Dans les sciences, parvient-on de façon générale à quelque réelle certitude au moyen d'une considération purement mathématique ? Un exemple historique : l'astronomie.

[ii] Voir cet extrait de conférence : La cellule : une réplique du cosmos tout entier ? Quels relations entre astronomie et embryologie (voire avec la sociologie) ?

[iii] Lire donc de l’extrait en première partie de cette conférence mentionné dans la note [i] ci dessus (Dans les sciences, parvient-on de façon générale à quelque réelle certitude au moyen d'une considération purement mathématique ? Un exemple historique : l'astronomie.)

 

Note de la rédaction
Un extrait isolé issu d'une conférence, d'un article ou d'un livre de Rudolf Steiner ne peut que donner un aperçu très incomplet des apports de la science de l'esprit d'orientation anthroposophique sur une question donnée.

De nombreux liens et points de vue requièrent encore des éclairages, soit par l'étude de toute la conférence, voire par celle de tout un cycle de conférence (ou livre) et souvent même par l'étude de plusieurs ouvrages pour se faire une image suffisamment complète !
En outre, il est important pour des débutants de commencer par le début, notamment par les ouvrages de base, pour éviter les risques de confusion dans les représentations.

Le présent extrait n'est dès lors communiqué qu'à titre indicatif et constitue une invitation à approfondir le sujet.
Le titre de cet extrait a été ajouté par la rédaction du site  www.soi-esprit.info   

En outre, nous invitons avec insistance toutes les personnes qui consultent les extraits de livres ou de conférences sous forme d'écrits ou de podcasts plus ou moins régulièrement sur le présent site, d’acquérir les livres d'où ils proviennent : en les achetant, vous rendez possible le travail de publication actuel et à venir, c'est-à-dire que vous contribuez à la pérennisation des maisons d’édition de livres anthroposophiques ainsi que des canaux de commercialisation spécialisés, ce qui est un enjeu toujours plus important actuellement (2025) {note : le présent site est tout à fait indépendant par rapport à ces organismes}.
Les publications sur soi-esprit.info visent en effet principalement à contribuer à faire découvrir la science de l’esprit de Rudolf Steiner, ainsi que de nouvelles facettes de celle-ci. Pour approfondir cette science, il est indispensable d’étudier les ouvrages en question. Ceci présuppose tout d’abord qu’ils existent (!) ainsi que les maisons d’édition qui les produisent. Forcément, leur existence n'est possible qu’en réglant le prix requis en contrepartie de cette production. C’est une question de réciprocité.

 À NOTER: bien des conférences de Rudolf Steiner qui ont été retranscrites par des auditeurs (certes bienveillants), comportent des erreurs de transcription et des approximations, surtout au début de la première décennie du XXème siècle. Dans quasi tous les cas, les conférences n'ont pas été relues par Rudolf Steiner. Il s'agit dès lors de redoubler de prudence et d'efforts pour saisir avec sagacité les concepts mentionnés dans celles-ci. Les écrits de Rudolf Steiner sont dès lors des documents plus fiables que les retranscriptions de ses conférences. Toutefois, dans les écrits, des problèmes de traduction peuvent aussi se poser allant dans quelques cas, jusqu'à des inversions de sens !
Merci de prendre connaissance
d'une IMPORTANTE mise au point ici.

 

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(C'est-à-dire des extraits de conférences ou de livres de Rudolf Steiner)

  1. Des différences essentielles entre processus humains et ceux de la nature ? 
    Médecine Médecine anthroposophique Science Débutants * Biologie
    (28 avril 2026)

  2. Qu'est ce que la cellule ? 
    Médecine Science Familiarisés ** Biologie
    (28 avril 2026)

  3. On ne peut pas vivre de son argent ! Ce n'est pas quelque chose dont on puisse vivre ! 
    Économie Argent Triarticulation sociale Question sociale Débutants *
    (15 mars 2026)

  4. Travailler dès à présent avec les idées de la triarticulation sociale pour éviter les guerres et rendre possible, le moment venu, le tournant de l’évolution 
    Triarticulation sociale Question sociale Débutants *
    (17 février 2026)

  5. Liberté et Société 
    Liberté Philosophie de la Liberté Question sociale Débutants *
    (8 janvier 2026)

  6. Les êtres humains veulent aujourd'hui plus ou moins instinctivement que se reflète dans l'ordre social la réalisation de l'idéal d'humanité auquel rêve la 5ème époque post-atlantéenne. En quoi consiste-t-il ? 
    Triarticulation Triarticulation sociale Histoire des civilisations Question sociale Débutants *
    (4 janvier 2026)

  7. La terre ne connaîtra pas de répit sans harmonisation préalable des grandes affaires occidentales et orientales 
    Géopolitique Anthroposophie générale Débutants * Est-Ouest À la une Orient Occident
    (11 décembre 2025)

  8. L'être humain ne comprendra sa condition terrestre que s'il reconstitue son lien avec l'extra-terrestre. 
    Anthroposophie générale Cosmologie Nature humaine Débutants * Zodiaque
    (11 décembre 2025)

  9. Michaël, le véritable héros spirituel de la liberté 
    Anthroposophie générale Liberté Michael Confirmés *** Ahriman Antinationalisme
    (14 septembre 2025)

  10. Que peut dire l'astronomie sur l'origine du monde? 
    Science Cosmologie Astronomie Familiarisés **
    (1 septembre 2025)

La liste de tous les articles de la catégorie Pensées anthroposophiques peut être visionnée ici Tous les articles de la catégorie "Pensées anthroposophiques" Il s'agit exclusivement de textes (extraits d'écrits ou de conférences) de Rudolf Steiner.

 

 

 « Le problème le plus important de toute la pensée humaine : Saisir l'être humain en tant qu'individualité libre, fondée en elle-même »
Vérité et Science, Rudolf Steiner