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Citation
  • « (…) Nous ne devons pas perdre de vue l'idée qu'il est impossible de résoudre de nombreux mystères de la vie si l'on n'a pas le courage d'approcher ce que l'on peut nommer « l'énigme de la mort» (…) »

    Berlin, 7 décembre 1915 - GA157a

    Rudolf Steiner
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Couverture du livre : à l'ouest rien de nouveau d'Erich Maria Remarque

Ci-dessus, la couverture du livre « À l'Ouest rien de nouveau » — L'ouvrage de Erich Maria Remarque, qui est « le monument de nos soldats inconnus écrit par tous les morts »

 

Bernd Brackmann
Publié dans Die Drei 8/2025
Traduction : Daniel Kmiecik
Source : Les traductions de Daniel Kmiecik − www.triarticulation.fr/AtelierTrad

 

« Quand la guerre commence, on peut le savoir. Mais quand commence la période de l'avant-guerre ? S'il existait des règles, il faudrait les transmettre. Gravées dans l'argile, dans la pierre, transmises de génération en génération. Que diraient-elles ? Elles diraient, entre autres : Ne vous laissez pas tromper par vos propres forces.

Christa Wolff : « Kassandra »  (https://www.friedensdekade.de/kriegstuechtig/ )

 

Le gouvernement allemand élu en février de cette année intensifie le programme de réarmement de son prédécesseur, or il a besoin de fonds considérables pour y parvenir. Le chancelier Friedrich Merz a souligné à plusieurs reprises la nécessité du frein à l'endettement pendant la campagne électorale, mais il a ensuite — et ceci malgré des recettes fiscales en constante augmentation[1] — contracté de nouveaux emprunts d'environ un billion[i] d'euros, tout particulièrement en vue du réarmement de la Bundeswehr, dans un acte de fraude électorale d'une ampleur sans précédent : il avait auparavant obtenu la confirmation de l'ancien juge constitutionnel, Udo di Fabio, qu'une telle résolution pourrait être adoptée avec l'ancien Bundestag révoqué.

Il est probable que les investissements dans l'armement continueront d'infliger des dommages considérables à l'État-providence, car les 5 % du produit intérieur brut allemand, progressivement consacrés chaque année au réarmement, correspondent tout juste à la moitié du budget de l'État.

Pourtant, ici, en Allemagne et dans la majeure partie de l'UE, on parle de « capacité militaire » et de « puissance de combat », comme s'il n'existait aucune autre réponse aux problèmes mondiaux. Les velléités de paix en Ukraine, espérées liées à la rencontre entre Donald Trump et Vladimir Poutine, semblent dénuées de sens. La diplomatie et les mesures de confiance demeurent sans importance face à la prétendue menace de guerre. Les responsables semblent convaincus que la Russie, avec son président responsable, qui sera alors âgé d'environ 77 ans, a l'intention d'attaquer l'Europe occidentale, et en particulier l'Allemagne, en 2029 ou 2030. Si l'escalade de la guerre en Ukraine, notamment de la part de la Russie, est indéniable, ce n'est pas une raison pour supposer une attaque au-delà des frontières ukrainiennes. Ce qui n'est pas pris en compte ici, c'est :

  • le fait que l'OTAN représente déjà environ 60 % des dépenses militaires mondiales, soit nettement plus que la Russie ;
  • la lenteur avec laquelle la Russie progresse en Ukraine malgré ses succès indéniables, contrairement à la croyance initiale de beaucoup selon laquelle cette guerre se jouerait rapidement ;
  • l'absurdité que le plus grand pays du monde, et de loin, compte tenu des problèmes causés par son immensité, doive s'étendre encore davantage ;
  • le fait que la Russie, en tant que plus grand pays du monde, possède également la plus longue frontière du monde, longue d'environ 60 000 kilomètres, et qu'elle ne pourrait être entièrement protégée contre des contre-attaques ;
  • l'absurdité qu'un pays riche en ressources naturelles veuille annexer un autre pays dépourvu de ressources naturelles et dont les infrastructures sont de plus en plus délabrées ;
  • la prise de conscience que seule une relation étroite et coopérative avec l'Allemagne pourrait mettre ses capacités culturelles, scientifiques et économiques au service de la Russie.
  • une politique étrangère sagace aurait pour mission d'éviter un conflit armé, par la voie diplomatique, mais on préfère se laisser aller au fantasme d'une « situation de menace » dans laquelle on joue un rôle de plus en plus actif. La déclaration du ministre des Affaires étrangères, Johann Wadephul, sonne presque comme un serment : « La Russie restera pour nous un ennemi à jamais.»[2] Ce constat est souligné par la promesse du général de division Christian Freuding, selon laquelle l'Allemagne fournira à l'Ukraine des missiles « atteignant profondément le territoire russe».[3] Cela fait courir le risque que l'Allemagne soit perçue par la Russie comme une partie prenante à la guerre. Il faut donc se demander pourquoi les responsables ne recherchent pas une voie pacifique et donc moins (auto)destructrice.

 

Des images ennemies au lieu d'un renforcement du soi

Élargissons notre perspective. Dans la revue Anthroposophie, Detlef Hardorp a dressé un profil psychologique de Donald Trump, intitulé « Qu'est-ce qui motive Trump ? ». Les principales affirmations de cet article sont les suivantes :

« Trump est un beignet[ii]. En son centre se trouve un trou dans lequel l'honnêteté, l'humanité, la décence, la moralité et la dignité ne se sont jamais développées. » Et : « Penser l'autodétermination en lien avec une sphère humaine supérieure est impossible. »[4]

Hardorp cite Rudolf Steiner, qui explique que certaines personnes qui ne s'incarnent pas régulièrement (!) sont influencées par des êtres prématurés qui ne peuvent devenir humains eux-mêmes que plus tard. Ils influencent soit le système métabolique et les membres, le système rythmique, soit le système neurosensoriel, façonnant ainsi des caractères unilatéraux caractérisés par l'instinctivité, l'absence de conscience et la désindividualisation. Le caractère de Trump et ses actions politiques erratiques, souvent irrationnelles, découlent également de telles influences. En effet, les actions de Trump sont imprévisibles ; La demi-vie de ses décisions est encore plus brève que de celles de Friedrich Merz ; ses récentes actions contradictoires — sa rencontre avec Poutine, puis son retrait des négociations de paix, et enfin la promesse de milliers de missiles longue portée à l'Ukraine[5] le confirment. De plus, c'est un égocentrique qui utilise le monde entier comme un terrain d'autopromotion et capte toute l'attention par son air fanfaron.

Mais ses contemporains occupant de hautes fonctions politiques, outre leur attitude plus modérée, sont-ils pour autant plus raisonnables ? Joe Biden, par exemple, a-t-il dirigé les États-Unis de manière constructive tout au long de son mandat ? Emmanuel Macron a-t-il analysé et résolu les problèmes de la France avec détermination ? Angela Merkel et son gouvernement-Ampel [« à feux tricolores »] ont-ils résolu durablement les problèmes de l’Allemagne ? Difficile, mais tous ceux mentionnés peuvent dissimuler leurs faiblesses et leur partialité derrière une attitude plus mesurée. Il ne faut donc pas laisser l’extraordinaire besoin de reconnaissance de Trump nous induire en erreur et nous amener à le considérer avec un scepticisme exclusif et à interpréter tout comportement plus modéré comme guidé par la raison. De nombreux politiciens, malgré leur attitude plus discrète, partagent sa prétention à se présenter comme des « acteurs », des combattants ou des guerriers ; ils ne fanfaronnent peut-être pas, mais ils semblent manquer de cohérence, de perspicacité, d’esprit critique, voire d’expertise solide, de moralité, de raison et, finalement, même de honte. Prenons l'exemple de quelques responsables allemands :

  • Annalena Baerbock a dû essuyer un échec cuisant lors de la campagne électorale avec son livre «  Nous renouvelons notre pays» (Berlin 2021),[6] qui, cependant, ne l'a guère affectée et n'a pas freiné son activisme contre la Russie (« Nous menons une guerre contre la Russie»).[7] De plus, elle, qui s'est autoproclamée fondatrice d'une politique étrangère féministe, a cruellement retiré la présidence de l'Assemblée générale des Nations Unies à la diplomate allemande expérimentée, Helga Schmid.[8]
  • Boris Pistorius, alors maire d'Osnabrück, décernait le prix Erich Maria Remarque pour la paix qui a lieu tous les deux ans.[9] Un an après le début de la guerre en Ukraine, des personnalités d'Osnabrück ont appelé, dans une lettre ouverte adressée au nouveau ministre de la Défense, à « tout mettre en œuvre pour ouvrir des voies et des perspectives de négociations et de paix ».[10] Une focalisation unidimensionnelle sur le militaire ne pouvait que prolonger la guerre. Pistorius a répondu à cet appel en exigeant que l'Allemagne soit « prête à la guerre ».[11]
  • Friedrich Merz condamne la guerre mené par la Russie contre l'Ukraine, la qualifiant de violation du droit international, mais salue le bombardement israélien de l'Iran, le 13 juin 2025, affirmant qu'Israël fait le sale boulot à notre place — comme si l'Iran représentait une menace pour l'Allemagne. Il exige que les citoyens travaillent davantage et affirme que, pendant des années, ils ont vécu au-dessus de leurs moyens grâce aux aides sociales.[12]
  • Maria-Agnes Strack-Zimmermann a accusé[iii] la population allemande d'avoir prétendu que : « Vladimir Poutine est un meurtrier, un tueur qui a enterré des centaines de millions de personnes et fait enlever 700 000 enfants en Ukraine. […] L'Ukraine nourrit, selon elle, 70 milliards de personnes. »[13]
  • Ces responsables, comme bien d'autres, misent sur la force de leur volonté, leur détermination et un langage virulent — comme s'ils pensaient que se donner une image d'ennemi leur assurerait un pouvoir absolu. On a vraiment l'impression qu'ils ne maîtrisent ni leurs pensées ni leurs actes.

 

L'amour de la paix {présenté - ndlr} comme un développement erroné

Il est difficile de déterminer si des influences surnaturelles sont également à l'œuvre dans ces systèmes, et si elles dominent dans chaque cas. Car il en existe d'autres, outre celles déjà mentionnées : Stephan Eisenhut a récemment évoqué, en rapportant des déclarations de Rudolf Steiner, l'influence destructrice des forces adverses, même par l'intermédiaire des défunts[14] : Les êtres ahrimaniens influencent également les gens pendant leur sommeil, tentant de les convaincre que le bien est le mal et le mal est le bien.[15] Il ne faut pas oublier le conflit en arrière-plan entre les Esprits de la Personnalité (Archaï), qui stimulent la capacité de pensée indépendante chez les humains depuis le 4ème siècle environ, et les Esprits de la Forme, plus arriérés[iv] (Exusiai ou Élohim), qui administraient auparavant la pensée cosmique. Ils veulent conserver leur contrôle sur celle-ci et, de manière rétrograde, enchaînent les gens à des pensées prédéterminées, selon des schémas conventionnels. Ainsi, une grande variété d'impulsions venues du monde supérieur nous affectent, mais il est probable que ce sont principalement les personnes ayant une faible propension à l'introspection et une forte affinité pour le pouvoir qui en sont particulièrement touchées. Il va sans dire qu’en politique, les influences très terrestres, telles que l’implication dans les réseaux transatlantiques[16], les liens des lobbies avec l’industrie de l’armement, les directives des institutions transnationales ou la dépendance aux directives des partis, n'ont guère besoins d'être ignorées ou encore moins mentionnées.

De nombreux médias font également la promotion de la politique de réarmement du gouvernement. L'interprétation erronée la plus flagrante de la situation a été fournie par la présentatrice, Carmen Miosga, lorsqu'elle a interrogé son invité Joschka Fischer, dans son émission du 8 avril 2025 sur la préparation à la guerre requise :

« Ce n'est pas dans notre ADN, ou du moins pas depuis longtemps. Le pacifisme était là. Comment pouvons-nous écraser ce code plus rapidement ? »[17]

Quelles idées fausses et quelle méconnaissance de la réalité ? Le pacifisme ne fait pas naturellement partie de « l'ADN » allemand. La Prusse, et donc une grande partie du Reich allemand, était profondément militarisée ; même des artistes de renom ont participé avec enthousiasme à la Première Guerre mondiale ; et le réarmement nazi était généralement perçu positivement. Mais pourquoi l'appel « Plus jamais la guerre ne doit éclater sur le sol allemand » est-il apparu après 1945 ? En raison des terribles ravages causés par les deux guerres mondiales, il était impossible d'envisager autrement que la guerre comme étant exclusivement destructrice et que la culpabilité de l'Allemagne ne devait en aucun cas être aggravée. Pour de nombreuses personnes perspicaces, il s'agissait véritablement d'une « heure zéro », et peut-être sentaient-elles que surmonter tout comportement belliqueux devait passer par une transformation personnelle. Quoi qu'il en soit, l'amour allemand pour la paix ne repose pas aujourd'hui sur une prédisposition génétique, mais sur une compréhension acquise au prix de beaucoup de peine et, par conséquent, sur un savoir libre, dont la valeur ne doit être diminuée par rien et qui ne doit en aucun cas être « reporté ».

 

Illusions plutôt qu'idéalisme

Malheureusement, les responsables politiques et de nombreux professionnels des médias ont abandonné cette liberté d'analyse et cette réflexion objective et prospective, transformant leurs propres intentions en un désir diffus, voire destructeur. On peut supposer que les 1000 chars Léopard et les 2500 véhicules de transport Boxer, achetés pour des dizaines de milliards, n'auront plus grande importance dans quelques années en cas de guerre et seront à la merci de drones moins chers et plus performants.[18] Cela soulève des questions, mais sous prétexte de stimuler une économie en difficulté par un armement massif, ils misent unilatéralement sur la production d'armes aussi coûteuses.[19] On peut également se demander s'il y aura réellement suffisamment de soldats disponibles d'ici 2029, après l'entrée en vigueur de la nouvelle loi sur le service militaire. Le nombre de demandes d'objection de conscience augmente considérablement[20]. Dans ce contexte, il paraît utopique de transformer la Bundeswehr en l'armée conventionnelle la plus puissante d'Europe. Le fait que de nombreux autres projets militaires et civils majeurs aient consommé beaucoup trop de temps et d’argent ces dernières années, souvent avec des résultats douteux, démontre que l’Allemagne manque d'une mise en œuvre ciblée de plans ambitieux.[21]

Cependant, des efforts de propagande massifs sont déployés, et le point culminant a été atteint par le général de division Freuding, déjà mentionné, qui a déclaré dans une interview le 19 juillet 2025 : « Tout abandonner pour la liberté, voilà la liberté. »[22] On ne peut exclure que par « tout », il ait également visé sa propre vie, et certainement pas seulement celle-ci, mais aussi celle de nombreux soldats. Ici, la liberté, tant décriée à l'ère du coronavirus, a été présentée, avec une mentalité endurcie et un voile pseudo-philosophique, comme un motif pour imposer une mort massive et blanchir la misère sociale. Patrick Sensburg, président de l'Association des réservistes allemands, a expliqué dans une autre interview le nombre final de soldats tués : « Pour défendre l'Allemagne sur tout le territoire, il faudrait 300 000 à 350 000 soldats [...] Le nombre de réservistes devrait être trois fois supérieur, soit un peu moins d'un million », a déclaré Sensburg. « Nous avons besoin d'une armée de masse pour survivre à une éventuelle guerre. » Sensburg a fait référence aux calculs de l'OTAN selon lesquels 5 000 soldats pourraient mourir chaque jour dans une éventuelle guerre sur le flanc est. “Ce serait la force d'active de la Bundeswehr.” Ensuite, les réservistes, s'il y en a, viendraient », a déclaré Sensburg.[23]

Mais comment susciter l'idéalisme nécessaire à la défense nationale, allant jusqu'à la mort ? De manière incompréhensible, le gouvernement ne fait rien pour restaurer l'identification perdue des citoyens avec la communauté qu'il défend, bien au contraire : il menace de nouvelles taxes, d'augmentation de l'âge de la retraite, de journée de travail de douze heures, de suppression des jours fériés et de coupes dans les prestations sociales ; le chômage est en hausse, la démocratie s'érode et les violences policières refont surface lors des manifestations, comme pendant la pandémie de coronavirus, etc. Dans ce contexte, il convient de se demander où l'on recherche un développement constructif, orienté vers des objectifs et, mieux encore, durable et positif pour tous, et où l'on peut encore espérer une influence de la raison dans le monde politique actuel.

 

Le véritable danger de la situation

En résumé : nous sommes témoins de préparatifs de guerre douteux et d’un manque de consolidation sociale que beaucoup n’auraient pas pu imaginer compte tenu de l’histoire allemande et que l’on ne peut que qualifier de totalement irrationnel. Se pourrait-il que la véritable menace réside précisément dans ces aberrations mentales et les actions qui en découlent ? Le déficit fondamental des protagonistes de la guerre réside dans leur perception abstraite du monde et leur interprétation des circonstances dans une terminologie étroite et rigide ; à cela s’ajoutent un manque de reconnaissance et de perception de la dimension humaine et spirituelle de tous les événements, ainsi qu’un manque d’humilité et une capacité d’évolution limitée. Nous assistons à un obscurcissement incompréhensible et impitoyable de l’âme. Pour les responsables, comme pour la plupart des autres personnes, un voile semble planer non seulement sur le monde spirituel, mais aussi sur le monde matériel et l’environnement humain. Que cela soit dû à des influences surnaturelles ou autres, ou aux intentions profondes des personnes concernées, on ne peut que leur souhaiter un réveil et une libération spirituelle, auxquels ils devront œuvrer eux-mêmes. Moins ils font d'effort pour y parvenir, plus le principe de « gouvernement » s’effondre sous nos yeux.

Avec le déclenchement de la guerre en Ukraine et même pendant celle du Kosovo, l'idéal du pacifisme a été abandonné par beaucoup, et les vieilles mentalités d'amis et d'ennemis ont refait surface.

Mais quelle était et quelle est la valeur d'un idéal qui n'est pas défendu, même face à la résistance, mais qui est rejeté par-dessus bord lorsque des irritations surviennent ? Ceux qui s'accrochent aujourd'hui à l'idéal de paix savent que ce n'est pas une chose aisée. C'est précisément pour cette raison qu'il faut se rappeler que même des personnalités occupant des postes politiques élevés remettent en question la doctrine du réarmement. En juin, un manifeste d'éminents sociaux-démocrates protestant contre la politique étrangère et de sécurité du gouvernement allemand a été publié, selon Der Spiegel :

« En Allemagne et dans la plupart des pays européens, des forces ont prévalu, qui cherchent l'avenir principalement dans une stratégie de confrontation militaire et des centaines de milliards d'euros pour le réarmement ». […] La rhétorique d'alarme militaire et les programmes de réarmement massifs ne renforcent pas la sécurité de l'Allemagne ni de l'Europe, mais conduisent plutôt à la déstabilisation et à une augmentation de la perception de menace mutuelle entre l'OTAN et la Russie. Il est plutôt nécessaire de “revenir progressivement à l'apaisement des relations et à la coopération avec la Russie. »[24]

Un tel manifeste représente un risque réel de nos jours, et le courage de l'entreprendre, ainsi que de nombreuses autres actions en faveur de la paix, est hautement louable. La comtesse Marion Dönhoff avait déjà décrit l'attitude nécessaire aux aristocrates soucieux de leur réputation à l'époque nazie : « En cette époque de désenchantement du mot et de dévalorisation de tous les concepts, une seule chose est restée valable : l'exemple ? L'exemple de celui qui vit sa vie indépendamment des jugements du jour, toujours prêt à en rendre compte devant Dieu et sa conscience, et non devant le public. »[25]

Relier ses propres convictions à un sens supérieur et à sa propre conscience est et reste indispensable. Mais que devrait-il et que peut-il advenir si trop de dirigeants politiques ne le trouvent plus à notre époque ?

Die Drei 5/2025.

(Traduction Daniel Kmiecik)

 

Notes

[1]  https://de.wikipedia.org/wiki/Steueraufkommen_(Deutschland)

[2] www.nachdenkseiten.de/?p=132269

[3] www.nachdenkseiten.de/?p=136000

[4] Detlef Hardorp: ›Was treibt Trump an ? / Qu’est-ce qui motive Trump ?‹, in: Anthroposophie Nr. 312, Johanni / St. Jean 2025, S. 85-96.

[5] https://www.telepolis.de/features/3-550-neue-Eram-Raketen-warum-die-Ukraine-trotzdem-kaum-Chancen-hat-10617626.html

[6] https://taz.de/Nach-Plagiatsvorwuerfen/!5816516/

[7] www.berliner-zeitung.de/news/ukrainekriegaussenministerin-annalena-baerbock-we-are-fightingwar-against-russia-li.310974

[8] www.welt.de/politik/deutschland/article255739298/Annalen a-Baerbock-Analog-zu-vielen-Vorgaengern-So-verteidigtsie-ihre-UN-Nominierung.html

[9] Le prix Erich Maria Remarque pour la paix, dans l'esprit de son homonyme, est décerné pour des œuvres de fiction, de journalisme ou universitaires qui abordent les thèmes de la paix intérieure et extérieure, ainsi que pour un engagement exemplaire en faveur de la paix, de l'humanité et de la liberté. https://friedensstadt.osnabrueck.de/de/friedenlebenjetzt/frieden-auszeichnen/erich-maria-remarque-friedenspreis/

[10] www.nd-aktuell.de/artikel/1170872.ukrainekrieg-friedensappell-an-pistorius.html

[11] https://www.deutschlandfunk.de/boris-pistorius-kriegstuechtig-100.html

[12] https://www.zeit.de/politik/deutschland/2025-08/bundeskanzler-merz-sozialsystem-reformen-landesparteitag

[13] www.youtube.com/watch?v=iSVpIgkqo80

[14] Stephan Eisenhut: ›Das Gebiet der moralischen Impulse — Le domaine des impulsions morales‹, dans: Die Drei 6/2024,

S. 23-36. [Traduit en français : DDSE624.pdf]=, ndt]

[15] Voir la conférence du 3 décembre 1922 de Rudolf Steiner : « Das Verhältnis der Sternenwelt zum Menschen und des Menschen zur Sternenwelt / La relation du monde étoilé à l’humanité et de l’humanité au monde étoilé » (GA 219) Dornach, 1976.

[16] Nel Bonilla fournit des informations sur les liens, par exemple, avec Lars Klingbeil : « Die Vereinnahmung der Eliten und die Selbstzerstörung Europas / L'appropriation des élites et l'autodestruction de l'Europe – Partie 4/4 » – www.nachdenkseiten.de/?p=138786

[17] www.jungewelt.de/bibliothek/zitat/?id=10823

[18] Voir:. https://report24.news/sinnlose-und-teuer-wozu-braucht-deutschland-tausende-neue-panzer/ et

https://www.telepolis.de/features/Panzerwahn-Verschwendet-Deutschland-75-Milliarden-fuer-ein-Auslaufmodell-10626559.html

[19] www.nachdenkseiten.de/?p=137238

[20] https://dfg-vk.de/deutlicher-anstieg-beikriegsdienstverweigerungen/

[21] L'agrandissement de la Chancellerie coûtera probablement au moins un milliard d'euros au lieu des 400 à 600 millions prévus. — www.berliner-zeitung.de/politik.gesellschaft/kanzleramtals-luxusressortdoch-buerger-muessen-chauve-mehrsteuern-zahlenli.2345832

[22] www.bundeswehr.de/de/meldungen/nachgefragt-luftschlaege-ukraine-5976140

[23] https://www.welt.de/politik/deutschland/article255870318/Bundeswehr-Oberster-Reservist-fordert-Massen-Heer-mit-einer-Million-Soldaten.html

[24] https://www.spiegel.de/politik/deutschland/spd-prominente-genossen-stellen-sich-gegen-aussenpolitik-der-bundesregierung-a-d8584f78-39ac-4fa2-9a02-879829152e3b

[25] Citation d'Antje Vollmer : « Doppelleben – Heinrich und Gottliebe von Lehndorff im Widerstand gegenHitler und von Ribbentrop / Doubles vies – Heinrich et Gottliebe von Lehndorff dans la résistance contre Hitler et von Ribbentrop.» Francfort-sur-le-Main, 2010, p. 122 et suivantes.

 

Notes de la rédaction ou du traducteur

[i] NDLR : En français, un billion = mille milliards (en anglais, un billion = un milliard)

[ii] NDT : Doughnut : En anglais dans le texte pour « beignet ».

[iii] NDLR : nous ne comprenons pas le sens de cette phrase traduite ainsi. Le véritable sens devrait être (voir la référence sur Youtube), qu’elle est accusée par la population allemande d’avoir prétendu que Poutine a fait enterrer des centaines de millions de personnes, etc.

[iv] NDLR : Précisons ici que les esprits de la forme sont en principe plus « avancés, évolués » que les archaï, mais que certains esprits de la forme sont « retardataires », et ce sont ces esprits de la forme retardataires qui entrent en conflits avec les archaï normalement évolués (et donc non pas tous les esprits de la forme, comme les lecteurs pourraient éventuellement être tentés de le comprendre au vue de la formulation actuelle dans cet article).

 

 

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Auteur : Wolfgang Raddatz
Publié le : 14-12-2025

Dans le numéro 5/2025 de ce magazine, Bernd Brackmann aborde la guerre d'agression menée par Vladimir Poutine contre l'Ukraine depuis près de quatre ans. L'inhumanité et la brutalité des attaques russes ne sont pas mentionnées ; l'accent semble plutôt être mis sur leur justification. Cette prétendue guerre préventive est attribuée à la volonté de l'Ukraine d'adhérer à l'OTAN. Les États membres de l'OTAN sont accusés de menacer et de provoquer la Russie. Cependant, à y regarder de plus près que ne le suggère souvent le site web « NachDenkSeiten », on est en droit de se demander : pourquoi tant d'anciennes républiques soviétiques sont-elles aujourd'hui membres de l'OTAN ? De toute évidence, elles se sentent menacées par la Russie de Poutine ! Il semble que ce soit là la véritable raison sous-jacente : la menace persistante de l'ancien grand frère, qui se proclame la mère patrie. Pendant des décennies, Moscou a habilement infiltré des groupes de colons russes dans toutes les républiques de l'ex-Union soviétique par le biais de migrations forcées, dans le but de prendre le contrôle de ces territoires. Cette pratique a été particulièrement courante dans les régions industrielles lucratives ou là où cela paraissait stratégiquement important. Dans les régions où cela a échoué, la force a été utilisée, par exemple en Tchétchénie (où la population russe ne représente qu'environ 2 %).

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Auteur : Bernd Brackmann
Publié le : 14-12-2025

Avec mon article « Situation de menace », je souhaitais avant tout souligner les dangers d'un réarmement irréfléchi en Allemagne. Wolfgang Raddatz semble s'attendre à ce que chaque déclaration mentionnant Vladimir Poutine ou la Russie énumérât l'intégralité des exactions russes. Or, les médias traditionnels le font déjà bien assez. L'adage latin « Et altera pars audiatur » (« Que l'autre partie soit entendue ») devrait également s'appliquer. Il n'est pas nécessaire que chaque commentateur répète tout. De plus, je suis la cible d'insinuations des plus odieuses : que je voulusse justifier « la brutalité inhumaine des attaques russes » contre l'Ukraine et que j'eusse parlé de « guerre préventive ». Rien de tout cela n'est vrai ; si Raddatz fait référence indistinctement à des articles précédents publiés ici, il ne l'a pas correctement indiqué. Je n'ai pas posé de question concernant une éventuelle expansion de la Russie, mais j'ai simplement suggéré une perspective. Je n'ai pas interprété la lenteur de la progression de l'armée russe comme un « signe de clémence et d'indécision » (comment donc Raddatz est-il arrivé à cette conclusion ?). Je n'ai pas non plus manqué d'argumentation dans ma critique des décideurs allemands (veuillez lire attentivement l'article en entier). J'aimerais savoir où j'ai utilisé des termes « généralement associés à l'AfD ». Toute critique claire du gouvernement est-elle automatiquement considérée comme favorable à l'AfD ? Par ailleurs, je n'ai aucune intention de « demander naïvement la paix ». Je ne commenterai pas ici les aspects de la politique intérieure russe mentionnés par Raddatz, car ils n'étaient pas le sujet de l'article et n'ont donc pas leur place dans une critique.

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 « Le problème le plus important de toute la pensée humaine : Saisir l'être humain en tant qu'individualité libre, fondée en elle-même »
Vérité et Science, Rudolf Steiner