Dans le numéro 5/2025 de ce magazine, Bernd Brackmann aborde la guerre d'agression menée par Vladimir Poutine contre l'Ukraine depuis près de quatre ans. L'inhumanité et la brutalité des attaques russes ne sont pas mentionnées ; l'accent semble plutôt être mis sur leur justification. Cette prétendue guerre préventive est attribuée à la volonté de l'Ukraine d'adhérer à l'OTAN. Les États membres de l'OTAN sont accusés de menacer et de provoquer la Russie. Cependant, à y regarder de plus près que ne le suggère souvent le site web « NachDenkSeiten », on est en droit de se demander : pourquoi tant d'anciennes républiques soviétiques sont-elles aujourd'hui membres de l'OTAN ? De toute évidence, elles se sentent menacées par la Russie de Poutine ! Il semble que ce soit là la véritable raison sous-jacente : la menace persistante de l'ancien grand frère, qui se proclame la mère patrie. Pendant des décennies, Moscou a habilement infiltré des groupes de colons russes dans toutes les républiques de l'ex-Union soviétique par le biais de migrations forcées, dans le but de prendre le contrôle de ces territoires. Cette pratique a été particulièrement courante dans les régions industrielles lucratives ou là où cela paraissait stratégiquement important. Dans les régions où cela a échoué, la force a été utilisée, par exemple en Tchétchénie (où la population russe ne représente qu'environ 2 %).
Quelles circonstances ont mené à une entente entre l'Allemagne et la France, deux pays autrefois ennemis jurés ? Cette entente pourrait-elle servir de modèle pour les conflits actuels ? Était-ce l'acceptation, empreinte de souplesse et de bienveillance, de leurs différends ? Était-ce la prise de conscience que la coopération profitait et protégeait les deux parties ? L'approche allemande du « changement par le commerce » envers la Russie a-t-elle porté ses fruits ? N'a-t-elle pas été compromise par l'affaire d'espionnage qui a entraîné la chute de Willy Brandt (et dont le KGB était certainement au courant) ?
Mais comment les voisins de la Russie peuvent-ils se sentir en sécurité ? Là aussi, comme autrefois entre la France et l’Allemagne, les hostilités semblent insurmontables. Car, contrairement à ce qu’affirme Brackmann, Poutine souhaite étendre son influence ; il ne peut accepter l’effondrement de l’URSS. On connaît des déclarations de sa part niant toute revendication territoriale – il en avait d’ailleurs fait de telles quelques jours seulement avant l’invasion de l’Ukraine.
La question de Brackmann sur l'absurdité de l'expansion territoriale s'adresse sans doute à Poutine lui-même. De même, il convient de s'interroger sur les plus de dix chutes mortelles par dé-fenestrations de hauts gradés survenues depuis 2022. Ou encore sur la banalisation des brimades, de la torture et des exécutions dans l'armée russe (voir « Das Töten der eigenen Leute wird zur Routine / Tuer ses propres citoyens devient une routine », dans « Der Spiegel », n° 46, 6 novembre 2025). Quelles sont les causes de ce climat de violence croissant : la militarisation des écoles et les camps d'été militaires pour enfants ? Autant de questions qui soulèvent de sérieuses interrogations quant aux intentions prétendument pacifiques de Poutine. Il instrumentalise la situation de guerre pour se maintenir au pouvoir. Il se sert également de l'Église orthodoxe pour justifier ses manœuvres. Quand la Russie se relèvera-t-elle de cette situation traumatisante et renouera-t-elle avec son héritage humaniste, tel celui de Léon Tolstoï ? Les premiers signes de cette renaissance ont été observés à la mi-octobre dans les rues de Saint-Pétersbourg, lorsque des jeunes ont entonné des chants dénonçant le régime.
Brackmann interprète la lenteur de l'invasion russe comme un signe de clémence et d'indécision. Mais non, c'est la volonté farouche des Ukrainiens de se défendre. Personne ne se demande pourquoi les Ukrainiens refusent de vivre sous le régime de Poutine. Pourquoi les Estoniens, les Lettons, les Lituaniens et les Géorgiens ne veulent-ils plus jamais vivre sous la domination de Moscou ? Pourquoi la Pologne, la République tchèque, la Bulgarie, la Roumanie et la Finlande ont-elles sollicité la protection de l'OTAN ?
Un mot maintenant sur la situation en Allemagne. Brackmann ne tarit pas d'éloges à l'égard du pouvoir politique. Il reste cependant peu informatif, se contentant d'employer un langage jusque-là réservé à l'AfD. Réclamer la paix sur cette base est tout simplement improductif, sans proposer de solutions concrètes et viables. Le renforcement militaire occidental actuel semble donc être la seule option pour le moment. Face à l'urgence des problèmes climatiques et environnementaux, ainsi qu'aux défis sociaux, cette situation est légitimement critiquable. Le manifeste pour la paix évoqué par Brackmann est resté sans effet, pas plus que les initiatives de Donald Trump : « Tant que Poutine n'en veut pas… ». Les États-Unis et la Chine observent avec condescendance Poutine s'affaiblir par la guerre, car ils en tirent profit. Parallèlement, la Chine a investi environ un milliard d'euros dans l'est de la Russie, où vivent déjà près de deux millions de Chinois.
Cela n'apporte aucune aide aux Ukrainiens souffrants ni aux soldats russes condamnés. Tous les politiciens européens se sont rendus à Charm el-Cheikh pour féliciter Trump d'avoir promis la paix à Gaza. Ils devraient maintenant se rendre à Moscou et le réprimander. Nous devrions les enjoindre de plaider pour le dépassement des mentalités nationalistes, pour une structure fédérale, pour la liberté individuelle, pour l'égalité conformément à la Charte des droits de l'homme et pour la solidarité économique entre les régions d'Europe. Notre culpabilité réside dans notre complicité à avoir permis que la vérité du monde, la beauté et la bonté soient troquées contre des concepts tels que l'utilité, le côté branché et la cupidité.
Wolfgang Raddatz (Die Drei 6/2025. — Traduction: DK)















