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  • «Trois jours après la mort, le contenu de la vie terrestre consciente s’est volatilisé. Mais précisément, tandis que ces choses qui nous paraissent si essentielles durant la vie terrestre se dissipent, il surgit de l’intérieur le souvenir de quelque chose qui était resté ignoré, c’est-à-dire de tout ce que nous avons vécu pendant la nuit, pendant le sommeil.»
    Christiana (Oslo), 16 mai 1923 - GA226

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Photographie du mémorial Rudolf Steiner


Irène Diet

Publié dans la revue Die Drei - 3/2025

Traduction : Daniel Kmiecik
Source : Les traductions de Daniel Kmiecik − www.triarticulation.fr/AtelierTrad

 

Notes de la rédaction : 

  • Dans cet article particulièrement éclairant, Irène Diet décrit deux dérives très graves et délétères qui "rongent" le mouvement et la société anthroposophique « de l'intérieur », à travers deux exemples actuels symptômatiques.

 

Avec l'année 2025 se clôt définitivement la ronde des célébrations de centenaires auxquelles nous nous sommes justement déjà habitués. Pensons à 2002, cent ans après l'entrée de Rudolf Steiner dans la Société théosophique ou bien 2013, cent ans après la fondation de la Société anthroposophique et la lecture de la pierre de fondation du premier Goethéanum ; ou encore 2019, cent ans après le mouvement de la Dreigliederung et de la fondation des premières écoles libre Waldorf. Et ainsi cela continue en se renforçant jusqu'au tournant 2022/23, la commémoration de l'incendie du premier Goethéanum, suivie de celle de la refondation de la Société anthroposophique au Congrès de Noël 1923/24.

Mais maintenant nous avons atteint une fin avec l'année 2025, le centième anniversaire de la mort de Rudolf Steiner. Désormais nous ne pourrons plus commémorer de centenaire, désormais le regard rétrospectif se perd dans le vide d'un passé centenaire. Là où, année après année, une profusion toujours plus intense s'était révélée, désormais — plus rien.

Comme à l'instar d'un écho feutré, l'expérience des contemporains de Rudolf Steiner, qui débuta avec ce 30 mars 1925, vient résonner jusque dans notre présent. « En ce jour de printemps ensoleillé, les oiseaux jubilaient, la nature solennelle le célébrait, mais nous étions dans une grande douleur et nous ne pouvions pas concevoir que Rudolf Steiner fût mort »[1], se souvenait encore Margarete Kirchner-Bockholt, trente-neuf ans après la mort de Rudolf Steiner. La nature se réjouit, mais pour les proches de Rudolf Steiner, commencèrent les années les plus sombres et les plus difficiles de leur vie. Des luttes d'une intensité et d'une gravité inimaginables éclatèrent dans le vide laissé par Rudolf Steiner. Une « descente aux enfers » collective commença.[2]

Les élèves de Rudolf Steiner ont vécu une vie d'orphelins et presque sans espoir, chacun pour soi, isolément. Le centre commun, qui avait maintenu ensemble les individualités diverses, avait passé le seuil. D’un autre côté, il y avait un événement qui semblait contredire cette tristesse : la nature jubilait. Fred Poeppig, qui avait dû rester sur la colline de Dornach lors de l'enterrement de l'urne à Bâle pour surveiller le site, décrivit son expérience ainsi : « La colline était complètement vide à cette heure-là. Comme déserte. Les couronnes et les fleurs étaient fanées. Les pièces étaient vides et désertes. C'est alors que nous avons ressenti pour la première fois : on nous a laissés seuls. »[3]

Comment se reflète cet « avoir-été-laissés-seuls » aujourd'hui, cent ans plus tard ? On aménage des organisations, des séries de conférences, des cérémonies mémorielles, on crée un site web sur lequel on souhaite traiter « avec empathie et, si nécessaire, de manière critique, l'œuvre de Steiner ». Sous la devise : « Jubilé-Steiner 2025 — Aimer la diversité », eut même lieu une fête de trois jours au cœur de Stuttgart.[4] La mort de Rudolf Steiner, autrefois vécue comme un « abandon », est répétée à un niveau supérieur ; le nouveau siècle est accueilli par des célébrations qui, sans l'avoir abordé explicitement, enterrent définitivement Rudolf Steiner. Ce faisant, cependant, on reconnaît un processus que Lorenzo Ravagli avait déjà exprimé en 1995 dans les termes suivants :

La communauté orientée sur l'anthroposophie de Rudolf Steiner commence aujourd'hui à se réveiller du sommeil de son « époque mystique », dans lequel elle rêvait depuis ce dernier siècle. Le charisme exceptionnel de la figure fondatrice, dont la splendeur et la grandeur ont longtemps captivé les esprits, commence à s’estomper.[5]

Et en effet, nous avons assisté à un « déclin » croissant de ce que Rudolf Steiner représentait autrefois pour beaucoup. —

Ainsi la première génération, c'est-à-dire ceux-là qui le connurent personnellement et qui avaient été encore émus profondément par leur rencontre directe avec lui et qui en avait retiré un sentiment de « vénération » presque naturel pour eux. Cette vénération fut transmise — bien qu'indirectement — à ceux qui suivirent la première génération, et pourtant, à chaque génération, l'engouement suscité par l'expérience personnelle du « Docteur » s'est atténué. Aujourd'hui, pourtant, cent ans plus tard, Rudolf Steiner est sans précédent dans un monde qui lui avait déjà été farouchement opposé de son vivant. Déjà à cette époque, il avait été trop souvent traité par ses « disciples » comme une « quantité négligeable »[6], bien que ces premiers « disciples » n’eussent pas voulu ni même n'eussent eu l’intention de le faire. Le résultat de ce développement de cent ans, qui n'a cessé de progresser dans la sous-conscience des anthroposophes, repose ainsi devant nous. Ainsi que la façon dont ce résultat s'est déployé constamment sous deux formes d'apparition opposées lesquelles se complètent pourtant en s'appartenant directement.

 

La tentative d'écrire sur l'œuvre de Rudolf Steiner

Comme contre-image, au plus structurellement affûtée, de ce qui constitue l'essence même de l'anthroposophie de Rudolf Steiner, peut valoir pour nous le travail le plus récent de Judith von Halle, laquelle avait voulu lancer un « appel », renouvelé à trois reprises en 2009, en vue de ré-écrire par dessus l'œuvre de Rudolf Steiner avec des discernements plus modernes, remis au goût du jour dans notre « développement du monde et de l'humanité »[7]. En résultat d'un tel travail parurent, trois ans avant l'achèvement du rythme de cent ans [ou à peu près : 3 fois 33 ans = 98 et des poussières... ndt], quelques 2768 pages imprimées, toutes portant le titre : DAS WORT/ LE VERBE dans les sept royaumes du devenir humain. Une méditation rosicrucienne.[8]

Bien que Judith von Halle se ressente elle-même très différente de tous les autres auteurs anthroposophes, ce travail représente pourtant une sorte de culmination vers laquelle une grande partie de la littérature secondaire anthroposophique s'est depuis longtemps orientée. Car à l'instar de nombre de ses collègues, elle pense devoir expliquer et continuer de développer les contenus du savoir dont elle a été inspirée par Rudolf Steiner. La base de cette approche c'est sa façon de voir que l'essence de l'esprit se trouvât dans ces contenus.

Qu'avec Rudolf Steiner, en revanche, il s'agît de quelque chose de complètement différent, à savoir de processus spirituels, qu'il a présentés dans ses écrits et dans ses conférences et qui ne deviennent visibles que lorsque le lecteur les recrée à nouveau en tant que processus en lui-même — Judith von Halle n'a pas du tout remarqué cela. Au lieu de cela, les contenus individuels paraissent dans ces volumes de manière telle qu'ils eussent été les mêmes que ce qui constitue l'œuvre spirituelle de Rudolf Steiner. Quoi qu'il en soit de telles parties individuelles, détachées du processus événementiel-spirituel, ne sont rien de plus que les restes d'une essence vivante qui a lutté jusqu'à la mort. Or, de tels restes morts n'ont plus rien à faire avec quelque chose de « spirituel ».

Cette manière propre ne caractérise pas seulement le travail de Judith von Halle, mais la plupart des ouvrages de la littérature anthroposophique secondaire. Mais chez Judith von Halle cette manière de faire, qui lui est propre, connaît ainsi une intensification tragique. Sans mâcher ses mots, et en ne cessant d'élucider ce qu'elle est réellement : une médium, notoirement. Ce n'est pas à elle-même que l'on est redevable de cette abondance de contenus, au contraire elle les a purement et simplement « captés » [i]  [ii]. Elle y voit également, comme c'est manifestement le cas pour certains de ses lecteurs, une démonstration de la véracité et de la hauteur spirituelle de ce qu'elle présente. Un critique de ces livres explique :

Le terme de « chef-d'œuvre » pour cette œuvre n'est bien sûr pas erroné ; il est seulement trompeur dans la mesure où il évoque seulement l'idée qu'un être humain l'a rédigée. Une définition plus précise serait : « œuvre des dieux ». Car les dieux – le monde spirituel – ont voulu que ce livre soit écrit (!), pour ainsi dire, au nom de celui qui, lorsque la Terre eut atteint sa plus haute densité matérielle, apparut sur Terre afin que l'humanité et la Terre puissent poursuivre le développement divin prévu dans l'avenir.[9]

Cela nous rappelle les particularités du 19ème siècle, lorsque des auteurs majeurs du mouvement théosophique, tels qu'Helena P. Blavatsky, Alfred P. Sinneth et Mabel Collins, faisaient explicitement référence aux « véritables auteurs » de leurs œuvres, donnant ainsi à leurs écrits la crédibilité sur laquelle on pouvait alors s'appuyer. Sauf que parmi les auteurs théosophiques du 19ème siècle, les soi-disant « Maîtres » répondaient encore de cette position.[10] Judith von Halle, quant à elle, veut davantage. Elle se considère comme le médium du Christ, du Logos[11] lui-même : « Dans cet ouvrage, cependant, le nom de celui dont le contenu est issu et doit être compris, apparaît clairement : le Christ, le Logos », déclare-t-elle dans une préface à ces volumes. Et elle devient alors encore plus claire :

Le fait que l'exécution et la mise en œuvre de Sa volonté ne puissent être qu'imparfaites m'a longtemps empêchée de témoigner de la manière suivante. Si je l'ai finalement fait, c'est uniquement grâce à Son appel direct et sans équivoque, et non de ma propre initiative. [...] Ainsi, le contenu de l'ouvrage suivant ne reflète pas en tous points ce que j'aurais osé écrire de mes propres mains. Selon Sa volonté et Sa sagesse, les champs que j'ai dû cultiver avec mes capacités limitées, ce qui m'a causé bien des difficultés, ont été sélectionnés [...][12]

 

Une distorsion acceptée

Ce n'est pourtant pas toujours le Christ qui doit avoir occasionné ce travail, Judith von Halle évoque plus souvent encore « Dieu ». Ainsi répète-t-elle plusieurs fois qu'elle n'a pas agi selon « la volonté de sa propre âme », mais « uniquement d'après la volonté de Dieu »[13], car on doit « croire », « que la source du motif de cette œuvre repose en Dieu. »[14] et ce n'est donc pas seulement le ton de leurs représentations, qui rappelle une litanie d'église, mais aussi l'invocation de Dieu ou du Christ, la loge blanche du Christ »[15] ou la Rose-Croix, qui est censée passer du noir au blanc,[16] qui semble révéler le véritable auteur de leur représentation. Et dans ce contexte, une grande question se pose : les anthroposophes eux-mêmes accepteront-ils une telle déformation ?

Et oui, ils l'acceptent. Du moins, jusqu'à ce jour, seules des critiques positives de ces cinq volumes ont été publiées, dont une dans cette revue.[17] Mais on en attend toujours une recension critique. Mais ce qui est décisif, c'est que ces êtres/essences, qui inspirent Judith von Halle, poursuivent des objectifs clairs. Ils/elles placent un travail dans le monde qui semble trouver son fond dans l'anthroposophie de Rudolf Steiner, mais qui incorpore en réalité une contre-image, étant donné que tout le spirituel authentique en est expulsé. Ainsi une « nouvelle » anthroposophie, à la fois se trouvant supérieure et porteuse d'avenir, dégrade celle de Rudolf Steiner en un « degré élémentaire » en l'ayant surmontée et doit donc être insérée ainsi dans le monde[iii]. Nonobstant, Judith von halle va encore plus loin. Sans même ne serait-ce que mentionner Rudolf Steiner, elle explique dans l'une de ses trois préfaces, qu'il fallait « reconquérir » la connaissance de l'origine du monde et de l'origine de l'humanité [...] aujourd'hui pour et par les pouvoirs de l'âme de conscience.[18] Et elle ajoute même encore : « Mais cette reconquête de la connaissance du mystère du passé doit, avant tout, inclure aussi — c'en est la tâche — celle qui englobe les mystères présents et futurs de notre développement humain. »[19]

Ainsi von Halle affirme que dans l'œuvre de Rudolf Steiner, ni les Mystères du présent et du futur de notre devenir humain n'ont été exposés, ni ceux du passé, cela étant, au point qu'elle croit devoir les reconquérir par les vertus de l'âme de conscience. Rudolf Steiner prend ainsi l'apparence de quelqu'un qui n'a jamais existé auparavant, ou de quelqu'un qui, parce qu'il n'a pas encore atteint le niveau de l'âme de conscience, doit être négligé pour le moment, à tel point que Judith von Halle, contrairement à Christian Rose-Croix[20], par exemple, ne juge même pas nécessaire de le mentionner dans ces préfaces comme un précurseur de son œuvre.

Mais même ses partisans ne semblent pas être à la hauteur de cette partie de la prétention de Judith von Halle. Ainsi une autrice de recension explique :

« Des pistes et des perspectives d'avenir pour un travail psycho-spirituel sont présentées. Lire lentement cet ouvrage et l'intégrer au champ des pensées de la Terre c'est déjà un acte pour le monde entier. Il montre le chemin que la Terre et l'humanité peuvent emprunter, de la matérialisation à la spiritualisation, à condition d'avoir trouvé ses véritables racines dans les forces spirituelles essentielles. Rudolf Steiner a posé les bases de cette connaissance avec sa sagesse sur l'humanité, l'« Antropos-Sophia », il y a cent ans. Judith von Halle poursuit son œuvre avec dignité, imprégnée de l'expérience du Christ. Le lien avec le LOGOS de l'Évangile de Jean et le monde créé par l'esprit se perpétue constamment dans tous les domaines de la création jusqu'à l'être humain du futur, devenu lui-même créateur à partir du Verbe, véritable « image de Dieu ».[21]

 

La tentative de dés-essentialiser l'œuvre de Rudolf Steiner

Les œuvres de Christian Clement, lequel réédite, depuis 2013, les œuvres écrites les plus importantes de Rudolf Steiner, semblent en contradiction presque accomplie avec les cinq volumes de Judith von Halle.[22] Sur la base de ses revendications scientifiques, il édite ces œuvres en exerçant une critique textuelle, tout en tenant particulièrement compte de la nature des changements du texte, apparus au cours des diverses éditions. De plus, Clement fournit aux volumes des introductions et des commentaires complets, destinés à répondre aux normes scientifiques actuelles.

Ainsi, l'œuvre de Christian Clement apparaît-elle opposée à celle de Judith von Halle : au lieu d'une prétention mystique à une guidance divine, on y rencontre une approche scientifique claire et compréhensible ; au lieu d'un renouvellement et d'une « modernisation » autoproclamés de l'œuvre entière de Rudolf Steiner par l'intermédiaire d’un guidage médiumnique[iv], on y trouve une édition textuellement exacte et méticuleusement éditée des écrits les plus importants de Rudolf Steiner ; au lieu d'un « Rudolf Steiner vaincu par les medium[v] », on y trouve un « Rudolf Steiner scientifiquement fidèle à son texte ».

De ce point de vue, on pourrait croire que l'œuvre de Christian Clement constitue le contrepoids absolument nécessaire à la façon dont l'œuvre de Rudolf Steiner risque de disparaître derrière les nombreux ouvrages de littérature anthroposophique secondaire, et surtout derrière les volumes de Judith von Halle.

Mais est-ce vraiment le cas ? Dans le programme des éditions Rudolf Steiner, qui comprend les volumes de la SKA (Steiner kritische Ausgabe /Édition critique), on peut lire dans l'annonce que les éditions de Clement contextualiseront les « écrits centraux » de Rudolf Steiner dans le cadre de sa biographie intellectuelle et spirituelle et rendront leurs sources et références historiquement transparentes.[23] Volumes en mains, on reconnaîtra qu'avec cela les mots-clefs les plus importants sont donnés : Rudolf Steiner est vastement « contextualisé », ramené à ses présumées « sources et références » soi-disant vraies et il est rendu ainsi enfin « historiquement transparent ». Jusque dans le moindre détail, Clement cherche à ramener les essais et déclarations de Rudolf Steiner à leurs

« sources » et provenances, à partir desquelles celui-ci se serait « nourri », sans les révéler naturellement ; une préoccupation que la soi-disant « recherche scientifique sur Steiner » poursuit généralement. Mais pour Clement il s'agit ici, non seulement des « sources » des contenus, mais avant tout aussi du fondement du penser, de la « méthode » de Rudolf Steiner qui est censée se trouver placée à la base même de toutes ses œuvres. Clement ne peut y retrouver que des influences des autres penseurs ; Un Rudolf Steiner qui-soit-vraiment-propre-à-Rudolf-Steiner, qu'il pourrait voir avec ses yeux, lui paraît même absolument inimaginable[vi].

Ceci est cependant aussi la raison pour laquelle Clement peut contredire la conception d'un Helmut Zander, lequel a fait son thème principal très contesté d'un soi-disant virage ou d'une « transformation spirituelle » ; une attitude, à cause de laquelle Clement ne cesse d'en recevoir des louanges du côté anthroposophique.[24] Mais ce qui se cache derrière cela, c'est que dans des œuvres telles que Théosophie ou La science de l'occulte en esquisse, Clément tente non seulement de « contextualiser» méticuleusement les déclarations individuelles de Rudolf Steiner et de les faire remonter à d'autres auteurs, mais il cherche aussi toujours à trouver les « fondements conceptuels » dans les processus du penser philosophique naturel et épistémologique de sa phase pré-théosophique,[25] « c'est-à-dire, dans la discussion des vues intuitives immédiates de la nature chez Kant, Fichte, Hegel et Schelling.»[26] On ne peut donc guère parler d'une rupture au tournant du siècle, car Rudolf Steiner ne dut pas seulement se référer à d'autres auteurs quant aux contenus[vii], mais plus encore et totalement particulièrement aussi au plan méthodologique. Le fondement méthodologique de Rudolf Steiner, sur lequel son penser reposait, était resté sans rupture au tournant du siècle — il a toujours été le même.

Et de fait Clement mobilise sa plus grande peine là-dessus, cette fameuse base du penser, sur laquelle il croit que les œuvres de Rudolf Steiner reposent, qu'il ne cesse de présenter encore et encore. Ainsi décrit-il cette « loi fondamentale idéo-génétique » de Haeckel qui eût été pour Rudolf Steiner, selon Clement, un « véhicule idéel fondamental »[27], tout comme une « interprétation » de la part de ce dernier d'une « contemplation idéaliste-morphologique de la part de Goethe »[28] et son profond « enracinement » dans le penser de Fichte, Schelling et Hegel, à l'occasion de quoi une importance toute particulière se voit accorder au jeune Fichte.[29] Cette conceptualisation méthodologique, Clement la relie ensuite  avec une autre au sujet des contenus. Dans son introduction à l'édition critique de la Science occulte en esquisse, il élucide donc non seulement que les « fondements conceptuels » de cette œuvre  sont bien à rechercher d'après lui chez Goethe, Haeckel, Kant, Fichte, Hegel et Schelling, mais encore  aussi que « la forme extérieure de son ésotérisme, telle qu'elle fait saillie à partir de 1904, est — { toujours d'après Clement, ndt} largement déterminée par le monde des représentations et d'images de la théosophie anglo-indienne.[30] Ainsi, les philosophes allemands se voient-ils rejoints par Blavatsky, Sinneth, Scott-Elliot et bien d’autres.

 

Avis positifs

Les vastes introductions de Christian Clement à l'édition des œuvres écrites de Rudolf Steiner servent constamment le même et unique objectif : celui d'indiquer les sources et racines, à partir desquelles Rudolf Steiner s'est nourri et qu'il a ensuite réunies et citées dans son anthroposophie. Là où nonobstant quelque chose de supra-sensible surgit, que Clement, bien évidemment ne sait pas « conceptualiser »[viii], car il les déclare ainsi qu'elles dussent être comprises à l'instar d'une « réunion d'une perception avec un concept »  — , « à la seule différence que le contenu de perception ne provient pas immédiatement de la vision sensible, mais est produit par le pouvoir de l’imagination (dont certains éléments peuvent tout à fait provenir de l'expérience sensible. »[ix].[31] Les contenus inexplicables, selon Clement, et qui ne sont donc pas conceptualisables par lui non plus, sont donc redevable de la vertu d'imagination, d'illusion et de chimère de Rudolf Steiner. Quelque chose d'objectivement spirituel, Clement ne veut pas l'admettre et encore moins le mettre en évidence dans son travail critique.

Ce qui est essentiel pour nous, cela étant, c'est la manière dont Christian Clement est reçu et compris par le côté anthroposophique actuel. Les divers commentaires critiques, notamment au début des publications de Clément[32], sont aujourd'hui encore contrés par des évaluations positives. La Rudolf Steiner Verlag, par exemple, le qualifie de « coup de chance »[33] et Wolf-Ulrich Klünker le salue même par la phrase suivante : « Un outil indispensable pour le lecteur averti, car il dissipe l'illusion d'un texte clair et objectif.[34] » Et dans diverses recensions on regrette, avant tout une chose : Christian Clement n'a pas découvert toutes les sources, à partir desquelles Rudolf Steiner s'est nourri. — Ainsi Anna-Katharina Dehmelt, avait déjà averti, il y a dix ans déjà[ !, ndt] que Christian Clement, dans le cadre de la publication de ses écrits sur le cheminement cognitif, ne s'était pas « informé directement auprès de la bibliothèque de Steiner »[35]. Il oublia donc, entre autres, que l'une des sources de Rudolf Steiner était le livre de Wilhelm Hübbe-Schleiden, « Servir les Éternels » (Berlin 1902). Elle décrit ainsi l'image qui en a même émergé :

« Compte tenu de ces desiderata dans la recherche, la quantité du matériel rassemblé par Clément pour son introduction et son commentaire est impressionnante. On pourrait presque imaginer Steiner assis à son bureau, avec devant lui les ouvrages théosophiques de référence, dont la plupart ne lui étaient pas si connus depuis longtemps et dont l'influence peut donc être documentée avec précision, et derrière lui  Platon & Aristote, Goethe & Schiller, Schelling & Fichte, auprès desquels Steiner peut puiser une mine de ressources (l'influence de Fichte est particulièrement bien documentée grâce à l'étude de Hartmut Traub « Philosophie et Anthroposophie) ».[36]

 

La dualité de la mort

Cent ans après la mort de Rudolf Steiner, deux formes se sont développées jusqu'à leur plus haut épanouissement, ce qui, si elles devaient perdurer, signifierait la mort définitive et véritable de celui-ci. Telles des illustrations de ces deux formes-parvenues-à-leur-fin-ultime ainsi sont parvenus les cinq volumes de Judith von Halle constituant son DAS WORT et l'édition critique des œuvres écrites de Rudolf Steiner par Christian Clement.

Si nous confrontons la dualité de ces deux représentations, une unité devient visible qui se présente toujours deux aspects : d'une part, l'abondance de contenus dits spirituels prétendument transmis « par Dieu » par voie médiumnique [x], qui, dans sa modernité autoproclamée et sa connexion suprême à Dieu, prétend surpasser l'anthroposophie de Rudolf Steiner ; et d'autre part, une édition des propres œuvres de Rudolf Steiner qui s'est donnée pour objectif de « contextualiser » chaque « mot » que Rudolf Steiner prononça, c'est-à-dire de « l'arracher de sa bouche ».

Par la présentation de Judith von Halle, le lecteur est un simple accepteur de « révélations », car même l'auteure elle-même ne voit dans son activité rien d'autre qu'un pénible travail de traduction de ce qui lui fut offert par Dieu ou le Christ.[37] Alors que dans l'œuvre  de Rudolf Steiner, les déclarations au sujet des processus de la vie de l'esprit et de l'âme en constituent le véritable contenu, ceux-ci sont placés par Judith von Halle dans les mains de « Dieu » ou selon le cas du « Christ ». Les contenus, qu'elle présente, sont des parties mortes d'une transmission médiumnique[xi], qu'elle reçoit et donc elle n'en connaît ni le devenir ni la provenance. Tandis que l'œuvre de Rudolf Steiner représente la révélation du cheminement intérieur de la vie de l'âme et de l'esprit que l'être humain actuel peut découvrir et parcourir lui-même — sur la base de son œuvre, la présentation de Judith von Halle, qui met à nu tout processus spirituel dans le monde, apparaît comme si elle pouvait complètement surpasser et ainsi « remplacer » l'œuvre de Rudolf Steiner.

La façon de procéder de Christian Clement va cependant passablement plus loin encore, ici c'est notoirement le mot écrit de Rudolf Steiner qui devient lui-même un objet. Son œuvre, comme celle de Halle, transcende non seulement celle de Rudolf Steiner, mais celle-ci — littéralement et dans ses moindres détails — est elle-même un objet de prise en considération. Cependant, en n'examinant pas les mots de Rudolf Steiner pour leurs processus internes, mais en les déchiquetant en fragments méconnaissables à la surface de la présentation, puis en les faisant remonter à leurs « sources » présumées ou putatives, Rudolf Steiner se voit frappé et « étouffé », là même où notre véritable travail devrait commencer dans la recherche de la « parole » qui sous-tend son œuvre et qui est entrée dans le monde comme notre propre processus de devenir.

Die Drei 3/2025.

(Traduction Daniel kmiecik)

Irene Diet est née en 1959 à Leipzig. Études d'histoire et de philosophie, déménage à Paris en 1985 et poursuit ses études à la Sorbonne. Depuis 1989, travaille exclusivement dans le domaine de l'anthroposophie. Auteure de plusieurs livres et de nombreux articles. Animatrice de séminaires et de cours, conférencière. Habite à Berlin depuis 2002.

 

Notes

[1] Margarete Kirchner-Bockholdt : Zum Todestag Rudolf Steiners. Vortrag von Dr. Margarete-Bockholt [À l'occasion de l'anniversaire de la mort de Rudolf Steiner. Conférence du Dr Margarete-Bockholt.], tenue le 30 mars 1964, dans Was in der Anthroposophischen Gesellschaft vorgeht [Que se passe-t-il à la Société anthroposophique] 24/1997, p.190.

[2] Marie Steiner dans une lettre à Albert Steffen du 10 avil1925, archives de la fondation Albert Steffen.

[3] Fred Poeppig : Heiliges Vermächtbns. Erinnerungen an Rudolf Steiner  (Héritage sacré. Souvenirs de Rudolf Steiner] Bâle et Lörrach, sans indication de date, p.197.

[4] Voir le website « 2025 Steiner-Festjahr — Zum 100.Todesjahr Rudolf Steiners   [À l'occasion du 100ème anniversaire de la mort de

Rudolf Steiner] — https://www.anthroposophische-gesellschaft.de/blog/2025-steiner-festjahr-zum-100-todestag-rudolf-steiners

[5] Lorenzo Ravagli : Fundamentalismus und Aufklärung in der Anthroposophie [Fondamentalisme et Lumières dans l'anthroposophie] dans Mitteilungen aus der anthroposophische Arbeit in Deutschland [Rapports de travaux anthroposophiques en Allemagne] Saint Michel 1995, p.322.

[6] En français dans le texte ! [C'est tout dire que de mettre cela génialement en français ! Ndt] voire entre autres, la conférence du 22 juillet 1923 :

dans Das Schicksalsjahr 1923 in der Geschichte der Anthroposophischen Gesellschaft [L'année fatidique 1923 dans l'histoire de la Société anthroposophique] (GA 259), Dornach 1991, pp.300 et suiv.

[7] Judith von Halle : Persönlich-Unpersönliches. Entstehungsgeschichte und ausführliches Inhaltsverzeichnis zum Werk « DAS WORT in den sieben Reichen der Menschenwerdung. Eine Rosenkreuz-meditation [Personnel-Impersonnel. Histoire de la création et table des matières détaillée de l'ouvrage « Le VERBE dans les Sept Royaumes de l'Humanité. Une Méditation Rosicrucienne »], Dornach 2022, pp.10 et suiv.

[8] Celui ici : DAS WORT in den sieben Reichen der Menschenwerdung. Eine Rosenkreuz-Meditation, Dornach 2022.

[9] Amazon-recension de client par Wolfgang Stadler — www.amazon.de/gp/customer-reviews/R3M4AEISKAFUHB5? ref=pf_vv_at_pdctrw_srp

[10] Voir Irene Diet : « Von jeher » Das Geheimnis der Individualität Rudolf Steiners [«Depuis des temps immémoriaux» Le secret de l'individualité de Rudolf Steiner], parution prévue pour la Saint Michel 2025.

[11] Judith von Halle : DAS WORT, p.61. Souligné par J.v.H elle-même.

[12] À l'endroit cité précédemment, pp.74 et suiv.  Souligné par J.v.H elle-même

[13] À l'endroit cité précédemment, p.73.

[14] À l'endroit cité précédemment, p.75.

[15] À l'endroit cité précédemment, p.82.

[16] À l'endroit cité précédemment, p.p82 et suiv.

[17] Voir Rainer Herzog : Ein Zeugnis johanneischer Christologie [Un témoignage de la christologie johannique] dans Die Drei 5/2023n, ; pp.96 et suiv. [Traduit en français : DDRH523.pdf, ndt]

[18] Judith von Halle : DAS WORT, p.76.

[19] Ibid, soulignement en italique de JvH.

[20] À l'endroit cité précédemment, p.69.

[21] Amazon-Kundenrezension vonGudrun G. Gundersen — Avis client Amazon par Gudrun G. Gundersen — www.amazon.de/gp/customer-reviews/R3P77ASAK88V85?ref=pf_vv_at_pdctrvw_srp.com   

[22] Voir : www.steinerkritischerausgabe.com

[23] Voir Verlag Rudolf Steiner / la maison d'édition Rudolf Steiner — Gesamtverzeichnis / Répertoire complet.

[24] Voir, entre autres, Christoph Hueck : Abschied von der Meister-Autorität [Prendre congé de l'autorité du maître] dans Die Drei, pp.60-62. [traduit en français : DDCH317.pdf -> Télécharger DDCH317-Hueck]

[25] Christian Clement : Einleitug zu Band 8 der SKA [Introduction au volume 8 de l'édition critique des œuvres écrites de Rudolf Steiner], Stuttgart-Bad Cannstatt, p.LVIII.

[26] Ibid.

[27] À l'endroit cité précédemment, p.XXX, voir aussi, pp.XVII et suiv.

[28] À l'endroit cité précédemment, p.XXV

[29] Voir, entre autres, les travaux de Hartmut Traub, qui a étudié de manière intensive la prétendue conceptualisation méthodologique de Rudolf Steiner et a écrit des milliers de pages sur le sujet. Dans une interview, Traub a résumé ses conclusions en décrivant Rudolf Steiner comme un « glouton littéraire et un mangeur rapide ». — https://waldorfblog.wordpress.com/2012/06/02/traub2/  ou encore : https://waldorfblog.wordpress.com/2012/06/ (ndt)

[30] Christian Clement : op. cit., p.LVIII.

[31] À l'endroit cité précédemment, p.XXXVIII.

[32] Voir, entre autres, le répertoire littéraire dans Christian Clement : A New Paradigm in the Academic study of Anthroposophy ? [Un nouveau paradigme dans l’étude académique de l’anthroposophie ?]https://steiner-studies.org/articles/10.12857/STS.951000140-5

[33] Voir la note 23.

[34] La citation provient d'un article du magazine Info3 et elle fut mise à profit pour une réclame en faveur du volume 7 de la SKA. —www.frommann-holzboog.de/editionen/127/127000710?lang=de

[35] Anna-Katharina Dehmelt : Zwischen Lotusblumen und anschauender Urteilskraft [Entre fleurs de lotus et vertu de jugement intuitive], dans Die Drei 1/2015, pp.59-62. [Traduit en français : DDAKD115.pdf, ndt -> Télécharger DDAKD115-Dehmelt]

[36] Ibid.

[37] Ce processus de traduction est très exactement décrit chez Judith von Halle comme Persönlich-Unpersönlich / personnel-impersonnel, pp.32 et suiv.

 

Notes du traducteur OU de la rédaction

[i] Ndlr : Dans la traduction originelle se trouvait ici le mot « conçu ». Nous l’avons remplacé par « capter » (cela pourrait aussi être « réceptionner », « recueillir », « accueillir »,… en tous les cas il s’agit ici de mettre l’accent sur le côté passif de l’auteur en relation avec le contenu, plutôt que le côté actif de l’auteur qui le concevrait par sa propre pensée). Le texte allemand originel est le suivant et le montre clairement : Nicht ihr selbst ist diese Fülle von Inhalten zu verdanken, sondern sie hat sie lediglich »empfangen«.

[ii] Ndt : Un phénomène analogue est paru avec la Cosmogonie d'Urantia — Urantia Fondation, 583 Diversey Parkway Chicah go 60.614 – U.S.A. Chez Dervy Livre 1962, traduction de Jacques Weiss et ses collaboratrices Lysie Guionic et Simone Leclère ; avec la grande différence que son ou ses auteurs ne sont aucunement désignés.

[iii] Ndlr : C’est une « méthodologie » ultra-classique utilisée par toutes sortes de soi-disant « initiés » ou autres « clairvoyants » ou soi-disant « disciples de Rudolf Steiner » : ils se prétendent non seulement être les continuateurs de Rudolf Steiner, mais aussi amener son œuvre à un degré supérieur encore de développement, l’anthroposophie de Rudolf Steiner n’étant en quelque sorte qu’une espèce d’étape préparatoire aux révélations nouvelles et plus avancées, voire sublimes, de ces prétendus continuateurs. J’ai personnellement rencontré plusieurs cas de ce type, ainsi qu’entendu le témoignage de personnes y ayant été confrontées directement.

Lorsqu’on creuse (un tout petit peu) on s’aperçoit que certaines de ces personnalités se prétendent par exemple être une incarnation de Christian Rose-Croix lui-même, ou encore la réincarnation de Rudolf Steiner, etc. (Dans le cas de Judith von Halle, je n’ai pas entendu de témoignages mentionnant qu’elle prétend être la réincarnation de telles individualités. Toutefois, la façon de se présenter et de présenter sa propre œuvre s’oriente globalement dans cette direction générale qui consiste à prétendre être l’oeuvre « qui va encore plus loin », et comme on l’a vu dans cet article, avec l’imprimatur du Christ ou de Dieu eux-mêmes).

À noter encore et ceci est très important : il est fréquent que de telles personnalités qui se prétendent être des continuateurs de l’œuvre de Rudolf Steiner, soient réellement douées de certaines facultés de perception suprasensible, et pour certaines d’entre elles (cas plus rares) douées de facultés d’agir non seulement dans le domaine suprasensible (par exemple dans la sphère psychique-animique d’autres êtres humains), mais aussi parfois aussi jusque dans la sphère matérielle physique (c’est-à-dire de certaines facultés s’apparentant à de la magie). Ceci rend leur personnalité, leurs actes et leurs paroles sources d’une grande fascination et séduction, pour le public qui les rencontre ou les lit, qui, perdant de ce fait tout sens critique avale crédulement tout ce qui est ainsi exprimé, et peut aller jusqu’à éveiller en lui un puissant désir de se soumettre, en quelque sorte, à la parole révélée par cette « autorité supérieure » ainsi qu’à de telles personnalités. Encore une fois, ici je parle d’expérience, ayant déjà observé de tels faits concrètement. Il s’agit souvent de situations aux conséquences graves et délétères.

Toutefois, il convient aussi de ne surtout pas mettre toutes les personnes douées de facultés de connaissance supérieures dans le même sac ! Entre autres, car certaines d’entre elles sont infiniment respectueuses de ce qu’elles chérissent au plus haut degré, à savoir la liberté de chaque être humain. J’ai pu ainsi aussi observer concrètement de tels cas et situations.

Ceci revient à dire : développons toujours davantage notre sens du discernement, jusqu’à devenir pleinement capables de faire clairement la différence entre telles ou telles personnalités et paroles qu’elles expriment, pour être en mesure par nous-mêmes de trier avec assurance le bon grain de l’ivraie. Il s’agit d’être capables d’aller au-delà des paroles lues ou entendues pour cerner clairement quelle est leur source : à qui et à quoi avons-nous à faire, au-delà de belles paroles ou d’un discours en apparence « rationnel » ?

Dans un sens éminent, c’est ce à quoi nous invite notamment ce brillant article d’Irène Diet, ainsi que la confrontation avec toutes sortes de mensonges et d’escroqueries, tant spirituelles que matérielles, que nous sommes inévitablement amenés à expérimenter ne serait-ce déjà au cours de notre existence terrestre. Le monde est empli de mensonges, l’exercice lié à cette confrontation est donc quotidien. Nous développerons ainsi des forces et des facultés pour nous rendre ensuite capables de discerner aussi dans des sphères supra-sensibles elles-mêmes (les tentations d’y succomber à des illusions, erreurs et « manipulations » y sont bien plus vastes, multiples et amples encore), ce qui est bien plus difficile à réaliser que dans le monde physique que nous côtoyons du matin au soir.

[iv] Ndlr : Nous avons remplacé dans la traduction originelle les mots « des médias », par « d’un guidage médiumnique ». En allemand, le texte originel est : « durch mediale Führung ». Sans doute que l’expression « d’un guidage médiatique » serait plus proche, littéralement, de l’allemand ; toutefois en langue française le mot « médiatique » contraint la pensée à s’orienter plutôt en direction des « mass médias » (télévision, radio, journaux, etc.). Ici il faut comprendre essentiellement que chez Clement il ne s’agit pas, contrairement à Judith von Halle, d’une modernisation de l’œuvre de Rudolf Steiner au travers d’un guide qui sert d’intermédiaire avec des puissances supérieures.

[v] Ndlr : Remarque similaire à la note précédente : nous avons remplacé « média » par « médium ».

[vi] Ndlr : Sur soi-esprit.info nous avons publié plusieurs articles critiques au sujet du travail de Clement. Ils sont à découvrir ici :

[vii] Ndlr : On trouve une façon de raisonner très similaire dans l’article de Louis Defèche « L’anthroposophie ne commence pas avec Rudolf Steiner » publié sur le site aether.news (https://www.aether.news/l-anthroposophie-ne-commence-pas-avec-rudolf-steiner/ ). Alors que Rudolf Steiner se démarque extrêmement nettement du kantisme (il réfute radicalement la théorie de la connaissance kantienne ainsi que la conception in fine liberticide de l’agir chez Kant (lorsqu’on l’étudie de manière suffisamment approfondie)) l’auteur, Louis Defèche, amalgame la pensée de Rudolf Steiner avec celle de Kant dans cet article. Or, Louis Defèche est directeur de l’hebdomadaire Das Goetheanum, édité au siège de la Société anthroposophique universelle à Dornach, en Suisse.

Au sujet des propos de Louis Defèche, Daniel Zink écrit :

« Venant de quelqu’un qui vit dans les visions qui dominent, qualifier la pensée de Kant de « philosophie de la liberté » n’est pas étonnant. Mais venant de quelqu’un qui, du fait de sa fonction, est supposé avoir une connaissance des aspects centraux, au moins, de l’œuvre la plus fondamentale de Steiner (La Philosophie de la liberté justement), les choses sont toutes différentes ; à une telle personne, dire que la pensée de Kant est une philosophie de la liberté, cela devrait paraître aussi sensé que de dire que la pensée de Schopenhauer (pessimiste radical) est une philosophie de la joie de vivre ; ou encore que l’œuvre de Marx est une mystique profonde ». (https://www.soi-esprit.info/a-propos-de-ce-site/courrier-des-lecteurs/tous-les-courriers-des-lecteurs/562-a-propos-de-linterview-sur-aether-news-lanthroposophie-ne-commence-pas-avec-rudolf-steiner ).

Daniel Zink caractérise la pensée de Kant et montre ses aspects problématiques dans la première partie de son article « [Version plus développée de] Une pensée « qui ronge et qui émiette » et une lumière solaire (1/2) » (https://www.tri-articulation.info/actualite/tous-les-articles/157-philosophie/357-version-dvlpee-de-une-pensee-qui-ronge-et-qui-emiette-et-une-lumiere-solaire-1-2 ).
Les amalgames que fait Louis Defèche entre la pensée de Kant et celle de Rudolf Steiner, sont l’expression, à notre sens (exprimons-le sans détours), d’une « incompétence » avérée relative à plusieurs aspects (parmi les plus essentiels et basiques) de l’œuvre de Rudolf Steiner.

Dans ce même article publié sur aether.news, Louis Defèche partage une vision réductrice des apports de Rudolf Steiner, qui sont ramenés à une simple continuité des apports de prédécesseurs, sans montrer en quoi Rudolf Steiner faits des apports qui non seulement diffèrent des prédécesseurs, mais constituent des éléments fondamentalement nouveaux (sur ce point, le point de vue adopté par Louis Defèche est très proche de ceux de Clement et de la SKA, auxquels Louis Defèche adhère par ailleurs), ainsi que montré notamment dans la deuxième partie de l’article de Daniel Zink (https://www.tri-articulation.info/actualite/tous-les-articles/157-philosophie/359-version-plus-developpee-de-une-pensee-qui-ronge-et-qui-emiette-et-une-lumiere-solaire-2-2 ).

Un courrier adressé par Daniel Zink à soi-esprit.info permet de se faire une image synthétique de cette problématique et renvoie aux articles plus détaillés permettant de jeter un vif éclairage sur cette problématique très importante : https://www.soi-esprit.info/a-propos-de-ce-site/courrier-des-lecteurs/tous-les-courriers-des-lecteurs/562-a-propos-de-linterview-sur-aether-news-lanthroposophie-ne-commence-pas-avec-rudolf-steiner

[viii] Ndt : [voir ici quand même ! s.v.p. les « questions qui demeurent sans réponses » énumérées et soulevées dans la très intéressante recension de Christoph Hueck (note 24), ndt]

[ix] Ndlr  : La traduction originelle était la suivante :
« sauf avec la différence que le contenu perceptif ne provient pas immédiatement de la contemplation sensorielle immédiate, mais qu'il est produit par la vertu d'imagination, d'illusion ou de chimère (à l'occasion de quoi, les éléments distincts de cette même imagination peuvent même provenir de l'expérience sensorielle même) » 

Nous l’avons remplacée par :
« à la seule différence que le contenu de perception ne provient pas immédiatement de la vision sensible, mais est produit par le pouvoir de l’imagination (dont certains éléments peuvent tout à fait provenir de l'expérience sensible) ».

Le texte originel en  allemand est le suivant :
»nur mit dem Unterschied, dass der Wahrnehmungsinhalt jetzt nicht unmittelbar aus der sinnlichen Anschauung kommt, sondern von der Einbildungskraft hervorgebracht wird (wobei einzelne Elemente derselben durchaus aus der sinnlichen Erfahrung stammen können«

Il est vrai que le « pouvoir de l’imagination » peut produire des illusions ou des chimères ! Dans ce sens, la traduction originelle est très éclairante et intéressante.

[x] Ndlr : Dans la traduction originelle : « à travers les médias ». Nous l’avons remplacée par « par voie médiumnique ». Le texte allemand originel est : « auf der einen Seite die angeblich »von Gott« medial übermittelte Fülle von sogenannten spirituellen Inhalten. »

[xi] Ndlr : Même concept que dans la note précédente : nous avons remplacé « transmission médiale » par « transmission médiumnique ». En allemand, on trouve : « Die »Inhalte« aber, die sie darstellt, sind tote Teile einer medialen Übermittlung”.

 

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