Sources

ONZIÈME CONFÉRENCE, Dornach, 20 décembre 1918
De nouvelles révélations percent le voile de la connaissance. Le Mystère du Golgotha. L'action des Esprits de la personnalité - l'action des Esprits des ténèbres dans les machines. Disharmonie dans la vie sociale de notre époque. De la compréhension du monde à celle de l'être humain et à une nouvelle compréhension de l'univers.
Points de repères
| NDLR : Les quelques points de repères mentionnés ci-dessous ne constituent en rien une appréhension « pénétrante » du contenu de cette conférence. Ils ne sont pas conçus dans l’idée d’en faire un résumé permettant de s’abstenir de la lire ou de l’écouter, le public croyant que l’essentiel en aurait été ainsi déjà saisi. Ces quelques points de repères constituent au contraire une invitation à la lire ou à l’écouter effectivement et activement ; à en faire une expérience intérieure vivante (et vivifiante pour l’âme). Ils ne pourront jamais remplacer l’étendue de son contenu, ses subtilités, sa complexité, sa dynamique interne, « l’organisme » qu’elle forme. Inversement, ils peuvent utilement rappeler sur quoi elle porte aux personnes qui l’ont déjà étudiée, et ainsi contribuer à faire ressurgir son contenu dans la conscience, invitant à y revenir, encore et toujours, le cas échéant. |
Points de repères - 11ème conférence - GA 186
Cette conférence s’inscrit dans une réflexion de longue haleine sur les « exigences sociales fondamentales » de notre époque et sur la nécessité de l’aborder à partir d’une science de l’esprit adaptée à la conscience moderne. Notre temps traverse une crise profonde non seulement sociale et politique, mais surtout intérieure et spirituelle. Les événements extérieurs, aussi chaotiques soient-ils, ne sont que l’expression visible de tensions qui traversent et travaillent l’âme humaine en profondeur. Pour comprendre et transformer cette situation, il ne suffit pas de s’appuyer sur des traditions héritées : il faut reconnaître que quelque chose de radicalement nouveau est en train d’émerger dans l’évolution humaine.
L’humanité a longtemps vécu de perceptions purement sensibles, complétées par des restes d’anciennes révélations issues d’une clairvoyance atavique. Les religions, y compris le christianisme tel qu’il s’est transmis, se sont exprimées dans un langage issu de cette ancienne sagesse. Le Mystère du Golgotha, événement central de l’histoire terrestre, a certes donné son sens à l’évolution de la Terre, mais il a été compris et formulé à l’aide de concepts appartenant à une époque révolue. Aujourd’hui, ces formes ne suffisent plus. De nouvelles révélations spirituelles percent le voile des apparences et exigent un langage nouveau, conforme à la conscience scientifique et critique de l’être humain moderne. Si le christianisme ne se renouvelle pas intérieurement, il risque de devenir un ensemble de traditions figées, incapables de nourrir les besoins réels de l’âme contemporaine.
Ces nouvelles révélations sont liées à l’action créatrice des Esprits de la personnalité, qui commencent à intervenir directement dans l’évolution humaine. Alors que les forces créatrices anciennes, issues des Esprits de la forme, s’épuisent peu à peu, quelque chose « meurt » en l’homme, possible une conscience plus claire, mais aussi plus fragile. Cette perte de vitalité intérieure est le prix de l’éveil de la conscience. Pour que l’humanité ne se vide pas spirituellement, de nouvelles forces créatrices doivent affluer depuis le monde spirituel, et la science de l’esprit d’orientation anthroposophique se donne précisément pour tâche de les comprendre et de les rendre accessibles à la pensée moderne.
Mais cette avancée rencontre une opposition puissante. À côté des forces de lumière apparaissent des forces obscures qui cherchent à entraver l’éveil de la personnalité humaine. La mécanisation croissante du monde constitue un terrain privilégié pour ces forces adverses. Les machines, en remplaçant le travail humain, introduisent une présence non humaine dans la vie sociale et favorisent une pensée mécaniste, efficace pour comprendre les dispositifs techniques, mais stérile dès qu’il s’agit de saisir la vie, l’âme ou l’esprit. Pourtant, cette pensée mécaniste n’est pas à rejeter : elle a appris à l’homme à penser avec clarté et précision. Le véritable enjeu est de mettre cette rigueur du penser au service de la compréhension du spirituel, et non de le laisser enfermer l’être humain dans une vision morte du monde.
Le drame de l’époque tient aussi à la séparation radicale entre vie spirituelle et vie quotidienne. D’un côté, des discours religieux ou moraux qui parlent du divin et de l’au-delà ; de l’autre, des réflexions purement techniques ou économiques sur le travail, le capital, l’argent et la société. Ces deux sphères ne se rencontrent pas. Or, aucune guérison sociale n’est possible tant que la pensée spirituelle ne descend pas jusque dans les réalités concrètes de la vie, et tant que la vie quotidienne n’est pas comprise comme un domaine où le spirituel est également à l’œuvre.
Rudolf Steiner insiste alors sur la nécessité d’un combat intérieur. Les conflits qui ravagent le monde sont la projection extérieure de luttes que l’être humain refuse de mener en lui-même. La nouvelle étape de l’évolution exige que cette bataille entre sagesse et amour, longtemps inconsciente, devienne consciente et soit vécue intérieurement. Ce combat est inconfortable, exigeant, et beaucoup cherchent à l’éviter en se réfugiant dans des consolations religieuses faciles ou dans des idéaux abstraits. Pourtant, seule cette lutte intérieure peut rendre l’être humain assez fort pour affronter l’avenir.
Enfin, la science de l’esprit anthroposophique ne veut ni restaurer les anciennes formes, ni se constituer en doctrine dogmatique ou en société secrète. Elle s’adresse à la pleine conscience de l’homme moderne, refuse les symboles agissant inconsciemment et cherche à conduire vers une perception directe de la réalité spirituelle. Elle propose non seulement de nouvelles idées, mais surtout une nouvelle manière de penser, vivante, mobile, fidèle à la réalité. Ce chemin, inconfortable mais nécessaire, vise un idéal central : que l’être humain ne parle plus à partir de concepts abstraits, mais laisse s’exprimer en lui une pensée incarnée, capable de relier l’intérieur et l’extérieur, l’esprit et la vie sociale, dans l’esprit de la parole : « Non pas moi, mais le Christ en moi. »
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