
Stephan Eisenhut
Article originel publié sur la page web dreigliederung.de/essays/2000-10-001[i]
Traduction : Daniel Kmiecik
Source : Les traductions de Daniel Kmiecik − www.triarticulation.fr/AtelierTrad
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NDLR : Bien que cet article présuppose une familiarité certaine avec les concepts de base de la triarticulation sociale et de la nature (triarticulée) de l’être humain, ainsi que certaines connaissances relatives à la fondation de la société anthroposophique et à l’université de la science de l’esprit lors du Congrès de Noël 1923, et dès lors qu’il est de ce fait d’autant plus difficilement accessible, nous ne pouvons qu’encourager tout un chacun à faire l’effort de le lire et de l’étudier, car il renferme, selon nous, des clés absolument essentielles pour comprendre bien plus en profondeur encore, une des intentions de Rudolf Steiner des plus novatrices et capitales qui prévalu pour regénérer la vie sociale et les (nouveaux) Mystères à l’ère de la liberté de l’être humain. En particulier, toute personne qui se sent concernée par le rôle qui était dévolu au « Vorstand » au sein de la Société anthroposophique, pourrait y découvrir des points de vue absolument nouveaux, qui sont autant de germes pour la vie sociale à venir, non seulement au sein des milieux anthroposophiques eux-mêmes, mais aussi largement au-delà, dans « le monde ». En quelques sortes dans la suite de cet article, Stephan Eisenhut a aussi écrit, entre autres, les articles suivants, particulièrement inspirants :
Notons aussi que les numéros de page mentionnées dans la bibliographie, correspondent aux éditions en langue allemande. |
Environ un an après s’être adressé, avec son mémorandum, aux représentants du gouvernement de l’Autriche et de l’Allemagne, pour présenter l’idée de la Dreigliederung de l’organisme social[ii] pour la première fois, on rencontre dans une conférence de Rudolf Steiner devant les membres de la Société anthroposophique à Berlin ce passage remarquable :
« Les gens croient déjà avoir quelque chose d’important lorsqu’ils affirment que l’on ne doit pas appréhender la vie d’ensemble de la société comme un mécanisme, mais au contraire comme un organisme. Or, c’est là le pire willsonisme[iii] au milieu de nous ! Je l’ai déjà dit souvent, que la nature du willsonisme consiste précisément à ne pas pouvoir apporter d’autres concepts pour la vie d’ensemble de la société que celui d’organisme. Mais ce qui importe là-dessus, c’est d’apprendre à comprendre que les êtres humains doivent encore en arriver à des concepts bien supérieurs à celui d’organisme s’ils veulent comprendre la structure sociale. Or, on ne peut jamais comprendre la structure sociale comme un organisme ; elle doit être appréhendée comme psychisme, comme pneumatisme, car c’est l’esprit qui opère en toute vie sociétale des êtres humains ensemble. Notre époque est devenue pauvre en concepts. Nous ne pouvons pas fonder une économie politique sans nous plonger dans la connaissance de l'esprit, car c'est là seulement que nous trouvons le méta-organisme ; c'est là que nous trouvons ce qui va au-delà du simple organisme. »[1]
Rudolf Steiner voulait-il alors remettre en question sa propre théorie de l’organisme social ? Ce serait naturellement totalement insensé d’admettre cela. Mais pourquoi a-t-il donc suggéré aux membres de la société anthroposophique de s'occuper du méta-organisme, qu'il appelle ici « psychisme, pneumatisme » ? Dans les conférences ouvertes au public il n’a jamais attiré l’attention directement sur l’importance d’un tel méta-organisme. Il semble qu’il voulût ici s’adresser ici à un cercle de personnes qui se confrontaient intimement et sérieusement à la science de l’esprit et aux conditions de son cheminement. La question suivante est donc justifiée : Qu’attendait ici Rudolf Steiner de la part des anthroposophes, à une époque où ils commençaient justement à se familiariser à l’idée de la Dreigliederung de l’organisme social ? Pensez-y : les « Kernpunkte [Points essentiels][iv] » n’étaient pas encore rédigés et le mouvement de la Dreigliederung n’était pas encore formé. Par le choix des mots de Rudolf Steiner dans le passage ci-dessus, il est clair qu’il voulait diriger le regard sur le niveau de la vie de l’âme et de l’esprit de la vie sociale. On peut supposer que c'est à ce niveau que quelque chose devrait être saisi, ce qui rendrait d’abord possible une action fructueuse pour l'organisme social. Il a chaudement recommandé aux anthroposophes de s'occuper de ce qu'il appelle le psychisme, le pneumatisme. Mais que faut-il entendre par là ? Ces mots n'apparaîtront plus ensuite chez Steiner. Il serait imprudent de croire que l'affaire s'est arrêtée là. On peut plutôt partir du principe que si, en tant qu'anthroposophe, on réfléchit à l'organisme social, cette invitation à réfléchir également au méta-organisme demeure. Mais comment est-il possible, sans avoir déjà développé la capacité d'observation suprasensible, de se faire une idée de ce que Rudolf Steiner appelle ici « psychisme, pneumatisme » ?
Deux approches se sont avérées fructueuses pour l'auteur. D'une part, on peut examiner les présentations de Rudolf Steiner sur l'idée de la Dreigliederung de l'organisme social pour voir si quelque chose dans leur conception renvoie à ce méta-organisme. D'autre part, on peut examiner dans quels domaines de la vie Rudolf Steiner lui-même a agi ou a suggéré des activités qui pourraient avoir un rapport avec l'organisation de ce méta-organisme. Les deux approches se condenseront alors en une image de plus en plus claire dans le cadre d'une confrontation sérieuse.
Plus récemment, Bernhard Steiner a entrepris, dans Das Goetheanum 4/1998 et 15/2000, une tentative d'interprétation d'une esquisse que Rudolf Steiner avait conçue, en janvier 1919, en réponse à une question de Roman Boos. Il y fait correspondre les concepts Sal-Mercurius-Sulfur — connus de l'alchimie médiévale — à l'organisme humain et à l'organisme social de la manière suivante : chez l’être humain Sal correspondrait à la tête, Mercurius à la poitrine et Sulfur, à l’être humain inférieur, dans l’organisme social cependant Sulfur, à la vie de l’esprit, Mercurius à la vie juridique et Sal à l’économie. Pour notre discussion cette esquisse est intéressante particulièrement du fait que Rudolf Steiner considère cela étant aussi la relation de l’être humain individuel et du corps sociétal à chaque fois l’un à l’autre et il attire encore l’attention sur un domaine qui ne concerne ni un corps sociétal ni l’être humain individuel. À l’articulation de l’individu humain, dans son ensemble, Rudolf Steiner attribue le caractère Sulfur, à l’articulation de l’organisme social, dans son ensemble le caractère Sal. La relation de l’individu humain à l’organisme social, Rudolf Steiner la détermine par Mercurius.
Or, où peut-on découvrir cet élément mercuriel dans la vie sociale ? Bernhard Steiner tente de résoudre ce problème en renvoyant aux affaires d’argent, aux finances (Geldwesen). Cela n’est pas satisfaisant dans la mesure où les affaires d’argent sont quelque chose qui sont à imputer à l’organisme social lui-même. Or l’élément mercuriel sur lequel Rudolf Steiner veut attirer l’attention ici, on ne doit le rechercher ni à l’intérieur de l’organisme social ni à l’intérieur de l’être humain individuel. On va montrer que cet élément mercuriel se laisse comprendre comme ce que Rudolf Steiner, un semestre auparavant, avait caractérisé comme psychisme ou selon le cas pneumatisme. Mais avant d'aborder la question du psychisme, il convient d'indiquer brièvement, pour des raisons de délimitation, comment celui-ci peut être distingué de l'organisme social.
L’organisme social apparaît et se manifeste dans ses institutions. Il se maintient en bonne santé dans la mesure où l'on parvient à maintenir ces institutions en relation correcte avec les activités humaines. Vers la vie économique, les institutions prennent de plus en plus un caractère sal ; elles se laissent relayer [dégager, déposer, aussi ndt] par l'individu. Vers la vie spirituelle, elles acquièrent un caractère sulfur, c'est-à-dire qu'elles sont étroitement liées à l'efficacité de l'individualité humaine qui les produit. Le psychisme par contre, s’organise au pur niveau de la vie d’âme entre les individus. Il agit certes indirectement dans les institutions, mais celles-ci ne sont pas sa manifestation. Un psychisme peut se former à partir de forces anciennes ; dans ce cas, il vit de ce qui provient de l'ancien karma d'un groupe humain. Mais un psychisme peut aussi être formé à partir de forces d'avenir. Il s'élève au pneumatisme à mesure qu'une communauté humaine s'imprègne davantage de forces spirituelles individualisées.
Si l'on cherche à savoir, maintenant si, dans le cadre des activités de Rudolf Steiner, il y eut des tentatives de former un tel psychisme ou selon le cas, un tel pneumatisme, on se voit rapidement conduit à l'ensemble du contexte des formations autour du Congrès de Noël 1923. Ce congrès de Noël a été précédé par des circonstances tragiques : la fragmentation toujours plus grande de la Société anthroposophique depuis 1919, due à des initiatives unilatérales vers l'extérieur, et la dissolution de l'enveloppe protectrice spirituelle pour la construction du Goethéanum qui en a résulté ; puis l'incendie du Goethéanum en 1922 ; enfin l'année de crise 1923, avec les tentatives toujours insuffisantes de formation d'une communauté anthroposophique. On peut dire que les principaux représentants de la société anthroposophique de l'époque n'ont pas réussi à former le méta-organisme de manière adéquate. A la fin de ce processus, Rudolf Steiner prit les choses en main lui-même. Ce faisant, il a extériorisé la vérité amère que même les plus grands représentants de l'anthroposophie n'étaient pas encore en mesure de mener à bien la « ... tâche générale exigée par la vie, de réunir les êtres humains avec ceux des hauteurs divines et spirituelles pour pouvoir clairement reconnaître et saisir, selon l'évolution humaine d’aujourd'hui, des rayonnements spirituels qui veulent descendre sur nous... ».[2] Il n'y a que dans un tout petit noyau de personnes — dont une partie formera plus tard le Vorstand d'initiatives — qu'il vit un point d'ancrage germinal. En osant se raccrocher à la moindre branche, il a donné aux générations futures la possibilité d'étudier, à travers son action, comment une structure sociale purement psychique et spirituelle — un psychisme ou un pneumatisme — peut voir le jour. La tâche commune de la Société anthroposophique n’était pas, comme il est fréquemment suggéré aujourd’hui, de devenir active sur tous les domaines possibles, mais plutôt, comme ce qui vient d’être cité ci-dessus : « de réunir les gens avec ceux des hauteurs divines et spirituelles pour pouvoir clairement reconnaître et saisir, selon l'évolution humaine d’aujourd'hui, des rayonnements spirituels qui veulent descendre sur nous... ». Cela présuppose un renversement de la volonté, que chaque personne doit accomplir elle-même par sa libre volonté. L’évolution habituelle c’est celle qui la fait grandir dans les circonstances extérieures de la vie pour cette occasion, après avoir éveillé plus ou moins de facultés en elle, des facultés qu’elle disposait d’une incarnation antérieure. On peut caractériser ceci comme un « mouvement descendant ». Mais dans ce « mouvement descendant », seules les capacités sont généralement développées et non des dispositions réellement nouvelles. Il s'agit d'un courant que l’être humain n'a pas voulu considérer comme provenant de ses propres mérites acquis par un véritable travail individuel, mais dont la majeure partie est encore à considérer comme un « cadeau des dieux » car provenant des incarnations passées. Cadeau divin pour la raison que l’être humain ne pouvait pas encore consciemment saisir toute sa destinée dans ces temps antérieurs, mais il fut pour l’essentiel imprégné de ce que des entités supérieurs ont disposé en lui tout au long des éons. Or ce type de courant se tarit de plus en plus à présent. Au lieu de cela il importe que l’être humain développe d’authentiques facultés individuelles qui soient formées à partir de ses propres impulsions, ce sont des facultés formées à partir d’une instigation propre. Ce n’est qu’avec l’époque du développement de l’âme de conscience que cette possibilité est apparue. À cela se rajoute que par l’alliance avec la technique, l’humanité est entrée dans un nouveau stade du développement de l’âme de conscience au 20ème siècle. Les forces de la sous-nature se sont faites de plus en plus prévaloir au travers de cette alliance. L’être humain ne se transposera en situation de compenser les forces de la sous-nature qu’en s’élevant aussi haut dans la région de la sur-nature, qu’il s’est enfoncé dans celle de la sous-nature.[3] Avec cela la nécessité surgit d’une nouvelle essence des Mystères. Car nombre d’êtres humains ne sont guère en situation d’accomplir un telle évolution sans une authentique école des Mystères. Le besoin d’une telle nouvelle essence des Mystères s’agite aux tréfonds des âmes. Il ne pourrait s’articuler correctement que pour un très petit nombre de gens à notre époque.[4] Un problème surgit de ce fait. Une authentique essence des Mystères ne peut être dirigée sur Terre que par des initiés incarnés. Ceux-ci se doivent, en tant qu’initiés modernes, de tenir compte de la sphère de liberté de l’être humain. Ils sont donc renvoyés à ce qu’un tel besoin s’articule comme il faut avec cette liberté. Or, l’initié moderne ne peut donner quelque chose que si des êtres humains sont là qui peuvent librement le recevoir. Mais il semble par contre qu’une sorte de résistance instinctive se fasse prévaloir dans les âmes. La relation entre la liberté humaine et la science initiatique moderne a été mise au plus clairement en exergue en divers endroits de l’œuvre de Rudolf Steiner. Dans le cycle Geisteswissenschaft als Erkenntnis der Grundimpulse der sozialen Gestaltung [La science de l'esprit comme connaissance des impulsions fondamentales de l'organisation sociale], il aborde aussi ce sujet et développe un aspect central pour notre discussion :
« Et ces deux choses — cette aspiration de l'humanité et cette création d'une sagesse initiatique, éclairées par la lumière de la liberté — ces deux choses doivent se rejoindre. Elles doivent être réunies dans tous les domaines. C'est pourquoi il ne faut pas parler aujourd'hui de la question sociale à partir de toutes sortes de vieilles bases. C'est justement ce qui devient si difficile pour l'humanité actuelle. Pourquoi ? — Oui, les gens aspirent à la liberté, à la liberté de chaque individualité, et ils ont raison d'y aspirer. Les êtres humains ne peuvent plus agir dans le sens de l'ancien système de groupe avec les âmes-groupe. Les êtres humains doivent former des individualités. Mais cette aspiration à former des individualités semble aller à l'encontre de l'écoute de ce qui vient de la science initiatique et qui doit naturellement venir d'abord des individus. L'ancien initié avait les moyens de choisir ses disciples, de transmettre la sagesse initiatique à ses disciples et de créer une reconnaissance pour eux et pour lui-même et son lieu de mystère. L'initié moderne ne peut pas avoir cela, car cela nécessiterait que l'on agisse à partir de certaines forces et impulsions de l'âme-groupe, et cela ne va plus aujourd'hui. C'est ainsi que se trouve l'humanité aujourd'hui ; chacun veut devenir une individualité du point de vue où il se trouve. Il ne veut évidemment pas écouter ce qui vient de l’être humain comme une science initiatique. Mais tant que les hommes ne comprendront pas qu'ils ne peuvent devenir des individualités que si, à leur tour, ils s'approprient le contenu de la science initiatique à travers d'autres individualités humaines, les choses ne pourront guère s'améliorer avant longtemps.[5]
Au Congrès de Noël 1923, pour la refondation de la Société anthroposophique, il s’agissait de créer les conditions afin que les êtres humains pussent accueillir le contenu de la science initiatique au travers des individualités humaines, qui eussent développé les facultés correspondantes par leur karma (Il faut tout d’abord penser ici, naturellement, à Rudolf Steiner lui-même, mais ensuite aussi aux autres personnalités qu’il avait investies des fonctions correspondantes). Le point de départ de cette refondation était une polarité pour laquelle il fallait façonner un juste milieu : d’un côté, il y avait une communauté humaine qui avait développé selon des manières des plus variées, voire des plus divergentes, le besoin de l'esprit qui devait apparaître dans le monde à travers l'anthroposophie. De l'autre côté, se trouvait l'initié Rudolf Steiner, qui avait développé au plus haut point la capacité d'explorer les contenus de l'anthroposophie dans le monde spirituel et qui pouvait les configurer sous une forme correspondant aux véritables besoins des gens [et à leur demande, ndt]. Mais Rudolf Steiner était dans la situation qui n’était pas simple, de trouver des moyens « ... pour que les gens vous expriment justement leur désir. ».[6] Ici il se voyait renvoyé aux personnalités qui pouvaient assumer justement une médiation entre lui et des membres qui avaient développé le besoin selon l’anthroposophie sous une forme quelconque. Il attendait de ces « médiateurs » qu'ils apprissent à percevoir ce qui vivait dans le cœur des membres et qu'ils l'articulassent — au nom de ces derniers — à son égard. Le Vorstand-initiateur, formé au Congrès de Noël 1923, était censé assumer essentiellement cette fonction de médiateur. Il devait déployer des « initiatives pour la cause anthroposophique ». Cela ne signifie rien d’autre que de travailler aux conditions pour que l’anthroposophie aussi, en tant que réalité vécue et non pas savoir abstrait, pût avoir un lieu terrestre. Or, l’anthroposophie devient une réalité vécue lorsque, à partir d’elle-même, elle peut fournir des réponses aux questions de vie concrètes, {réponses} qui ont été directement contemplées intuitivement et directement dans le monde spirituel. Pour cela elle a besoin d’individualités qui, en pleine conscience, entrent dans le monde spirituel au-delà du seuil et sont capables d’y faire des recherches c’est-à-dire qu’il faut un(e) initié(e). Mais la condition pour l’activité de l’initié(e) moderne parmi des non-initié(e)s, c’est que ces besoins spirituels soient articulés en questionnements. Il ne peut que créer quelque chose dans un courant qui vienne à sa rencontre d'en bas, de manière libre. Si donc l'homme lui-même accomplit le premier pas vers un « mouvement ascendant », alors l'initié peut aussi le mettre en contact « avec les rayons spirituels qui, selon l'évolution de l'humanité, veulent aujourd'hui descendre vers nous depuis les hauteurs spirituelles divines ». En œuvrant de sorte que les besoins selon l’esprit deviennent conscients au sein de la communauté humaine que forme la Société anthroposophique, le Vorstand d’initiatives s’acquitte de la mission générale de cette société, que Rudolf Steiner avait presque implorée après l'incendie du Goethéanum. Si l’on éclaire cette fonction médiatrice du Vorstand d’initiatives, alors apparaît nettement le caractère mercuriel, au travers duquel la cohésion de cette communauté humaine est amenée. Cette qualité mercurielle n’est à découvrir ni chez l’individu humain (sulfur), ni non plus dans le corps social en tant que tel (Sal). Elle présuppose la formation des organes du corps social, dans lequel au niveau purement de la vie de l’âme et de l’esprit entre les êtres humains quelque chose est réalisé. C'est exactement ce dont il s'agissait lors de la réorganisation de la Société anthroposophique à l'occasion du Congrès de Noël. Dans le principe : « Menschen gliedern sich um Menschen {Les gens s'articulent autour des gens}, le principe archétype est décrit en vue d’une formation de communautés humaines. Les personnes qui avaient besoin de l'esprit de l'anthroposophie se sont regroupées autour de personnes capables de reconnaître ce besoin dans sa configuration concrète et qui voulaient prendre l'initiative de telle sorte que les besoins correspondants puissent être satisfaits. En partant de cet élément mercuriel, on peut à présent comprendre les mouvements qui agissent sur les forces constructives de l’organisme social. Le point de départ étant de devenir conscients des besoins de développement concernant la vie de l’âme et de l’esprit qui ne peuvent plus être satisfaits par des initiatives extérieures — ce qui fut caractérisée plus haut par le « mouvement descendant », mais beaucoup plus comme la condition qu’une telle initiative de l’extérieur soit éprouvée comme féconde. Pour la satisfaction de tels besoins une institution doit être organisée au travers de laquelle un « mouvement ascendant » pût être dirigé de manière féconde. Lors du Congrès de Noël il s’agissait de celui des Klassen) et des départements (Sektionen [en français, le terme « section » est inapproprié et inacceptable pour une science qui veut apporter un complément universel à toutes les autres sciences : à savoir, l’Esprit !, ndt]) de l’université libre pour la science spirituelle. Mais l’organisation et la direction d’une telle institution ne peuvent cependant être menées à bien que par l’individualité qui a développé les facultés correspondantes. Le mouvement mercuriel (Vorstand d’initiatives) va donc d'abord vers le pôle Sulfur ; il s'adresse à une individualité capable. De là le mouvement va au pôle Sal : on forme une institution correspondante [qui se « dépose » et devient visible, ndt]. Et c’est seulement à cet endroit qu’apparaît un organisme social ; or, avant cela, tout se jouait encore dans la région du méta-organisme. Nous en arrivons ici au secret central de l’organisation de la Société du Congrès de Noël, qui est effectivement sortie du Vorstand d’initiatives formé alors. Elle devait créer des institutions si elle voulait agir pour la cause anthroposophique. La relation dans laquelle elle entre avec les êtres humains ne devait en aucun cas adopter une forme institutionnalisée. Car le sang qui irriguait son cœur était censé ressentir la multiplicité des besoins spirituels individuels et être capable de les mettre en relation avec la mission générale de la Société.
En plus de ce que nous venons d'exposer, considérons à titre d'exemple une brève description de l'activité du Vorstand d'initiatives pour l'Université libre des sciences spirituelles, que Rudolf Steiner publia le 6 avril 1924 dans le Nachrichtenblatt.[7] On verra que les mouvements imagés présentés ici y sont exactement réalisés. Dans le titre il était tout d’abord précisé : « Dans l’université libre pour la science spirituelle c’est ce qui est immédiatement humain qui doit prévaloir. »
Ensuite Rudolf Steiner développe des phrases chiches :
« Cette institution ne peut pas être le fruit de réflexions abstraites venant « d'en haut ». Elle doit naître « d'en bas », des besoins de nos membres. »
Nous avons évoqué plus haut cette condition centrale d'une nouvelle essence de Mystère.
« Le Vorstand de la Société anthroposophique a conçu le plan de former un département de la jeunesse, parce que cela correspond à ce que les jeunes de notre société recherchent dans les profondeurs de leur être. Et il sera conçu de manière à répondre à ces besoins au fur et à mesure qu'ils apparaissent ».
Le département de la jeunesse naquit donc parce que quelque chose d’immédiatement humain était apparu : le besoin envers une forme d’école spirituelle. Que l’on remarque bien : le Vorstand avait conçu le plan de former le département de la jeunesse et non pas — comme on eût pu s’y attendre — l’université elle-même. Le Vorstand crée une institution de l'Université libre, afin qu'un vécu directement humain puisse entrer dans une relation correcte avec les personnes qui travaillent dans l'Université libre en tant qu'enseignants.
« Il doit en être aussi de même pour les autres départements. Mais pour cela il est indispensable que les besoins se fassent jour au sein de la communauté des membres et affluent réellement au travers de la Société dans sa totalité et s’unissent enfin, à ce qui est attendu de la part du Vorstand. »
Ici surgit, cela étant, un aspect central du positionnement de tâche du Vorstand : la réunion des divers besoins spirituels. À cet égard, les choses semblent ne pas avoir été saisies correctement de la part du Vorstand de 1912/13, car il est dit un peu plus loin :
« Il faut donc être de plus en plus conscient que le sens du Congrès de Noël n'était pas de former un simple Vorstand "comité de gestion". Certes, l'administration doit être là, et il ne faut pas oublier qu'elle est nécessaire et qu'elle a à développer du soin et de la rigueur. Mais l'essentiel sera que, grâce à l'état d'esprit des membres, le Vorstand du Goethéanum soit vraiment placé au centre des intérêts sociaux de la Société. C'est en lui que doivent converger tous les intérêts spirituels de ce genre qui existent. »
Un Vorstand, qui est simplement un « comité de gestion », insiste unilatéralement sur le pôle Sal ; or, la vie spirituelle ne vient dans la Société qu’au moyen de l’individualité humaine (développée en correspondance). La crise de l'ancienne Société anthroposophique a été provoquée par le fait que, dans des conditions extérieures changeantes, ses représentants dirigeants n'étaient pas en mesure de s'adresser de manière adéquate aux initiés. Il fut de ce fait empêché que les personnes pussent être conduites aux « ...rayons spirituels qui aujourd'hui descendent vers nous depuis les hauteurs spirituelles divines... » (ce qui s'est traduit, entre autres, par le fait que l'école ésotérique, qui avait dû être fermée en 1914, au début de la guerre, n'a pu renaître qu'en 1924, avec la création de la première Klasse). Le Vorstand d’initiatives devrait, il est vrai aussi, être un « comité administratif » ; mais cela n’est pourtant pas sa détermination centrale. Celle-ci se trouve dans l’élément mercuriel et donc là où l’humain immédiat se fait prévaloir. Et comme cet aspect humain se manifeste d'abord dans les intérêts et les besoins spirituels, qui sont justement différents pour les différents groupes humains, il est nécessaire d'agir de manière équilibrée. Il semble que certains membres aient vécu cette fonction du comité comme une contrainte. Car il est dit plus loin :
« Ce Vorstand doit être éloigné de toute volonté de restreindre d'une manière ou d'une autre l'initiative dans les différentes parties de la société concernant telle ou telle chose. Mais on devrait toujours considérer comme une nécessité que tout ce qui surgit dans la société soit porté à la connaissance de ce Vorstand. Il peut alors faire coïncider ce qui est voulu par un groupe de personnes avec ce qui se présente dans l'intention d'un autre groupe. Ce Vorstand ne voudra pas agir de manière unilatérale comme une autorité « d'en haut » ; il se donnera pour tâche d'avoir un cœur ouvert et un esprit pleinement compréhensif pour tout ce qui, parmi les membres, aspire à se réaliser. Il souhaiterait seulement pouvoir compter sur la compréhension dans le sens où l'on vienne à sa rencontre, où l'on vienne activement à sa rencontre, là où il souhaiterait réaliser quelque chose à partir de son initiative, à partir des objectifs du mouvement anthroposophique. C'est dans ce sens que j'ai dit lors du congrès de Noël : ce Vorstand doit être un Vorstand de l'initiative ».
On touche ici au problème central de la fausse compréhension de l’individualité. Ce problème consiste à prendre des initiatives extérieures pour une cause, sans se placer dans un rapport correct avec elle. On vit dans la croyance subjective de servir la cause, alors qu'en réalité on lui nuit. Sans s'en rendre compte, on vit ses impulsions personnelles, que l'on a apportées à l’instar d’une prédisposition prénatale. On crée des « institutions anthroposophiques », mais on n'a pas encore gagné en anthroposophie la vertu d'imprégner ces institutions de manière vivante et durable. Pour Rudolf Steiner, il s'agissait tout d'abord de transformer ces dispositions prénatales avant qu'elles ne soient rendues fécondes pour la cause anthroposophique, dans un mouvement descendant. Quiconque voulait prendre des initiatives pour la cause anthroposophique devait d'abord « venir activement à la rencontre » du Vorstand d'initiatives, « par le bas », afin que celui-ci puisse lui transmettre ce dont il a besoin de l'anthroposophie pour son initiative. Ici aussi, le début est une "activité ascendante". On se souvient de la déclaration de Rudolf Steiner de 1920, déjà citée plus haut : « Mais tant que les hommes ne comprendront pas qu'ils ne peuvent devenir des individualités qu'en s'appropriant à nouveau le contenu de la science initiatique par d'autres individualités humaines, les choses ne pourront guère s'améliorer ». Depuis 1919, les problèmes au sein de la Société anthroposophique n'avaient cessé de croître, car il y avait une forte tendance, chez les nouveaux membres en particulier, à porter l’anthroposophie vers l’extérieur, tandis que les anciens membres, d'autre part, s’intéressaient bien trop peu aux impulsions qui vivaient chez les plus jeunes. Le Vorstand d’initiatives devrait être un organe qui intervienne de sorte que mouvement ascendant et mouvement descendant, au travers de ses consultations, se concilient de manière correcte. On peut comparer cela avec l’organe du cœur, dans lequel pareillement un mouvement descendant et un mouvement ascendant se rencontrent.[8] En concluant, cette relation entre Vorstand et membres est caractérisée dans ce sens :
« Si l’on veut toujours plus considérer ce Vorstand de cette façon, alors il pourra devenir d’une manière correcte le conseiller dans toutes les affaires et intérêts de la Société. Or il souhaiterait être un tel « conseiller » : étant donné qu’il sait très bien qu’il contredirait fondamentalement l’anthroposophie s’il voulait « décréter » (wenn er ein « Verfüger » wollte [ou « disposer de », ndt]). Il n’en appellera, dans ses conseils, à rien d’autre qu’à la libre manière de voir des membres de la Société anthroposophique, mais il ne pourra être un conseiller juste que si les intentions et les aspirations des membres sont apportées à sa place dans un esprit juste. »
Wolfgang Schuchhardt rapporte dans son ouvrage : Schicksal in wiederholten Erdenleben [Destinée dans des vies terrestres répétées] au sujet de Woodrow Wilson : il est intéressant de noter que, dès son plus jeune âge, il a élaboré des statuts pour des associations d'étudiants ou des sociétés de débat, comme une sorte de hobby, et que cette activité a culminé plus tard avec la création du slogan « Droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. »[9] C'est une image de l'effort pour concevoir les institutions de l'organisme social à partir de la pensée abstraite. Or, celle-ci était aussi éloignée que possible de Rudolf Steiner. Pourtant, lors des assemblées des sociétés nationales de la Société anthroposophique qui devaient être fondées en 1923, il dut observer à plusieurs reprises que l'on consacrait beaucoup de temps et d'énergie à formuler des « statuts corrects » pour ces entités. On a alors oublié de s'occuper du « méta-organisme » à cette occasion. Là aussi, donc, le « pire willsonisme régnait parmi nous... ».[10] Il ne fut donc toujours pas jugulé ni surmonté. Il n’est donc pas surprenant que Rudolf Steiner, après le Congrès de Noël, n’eut de cesse de renvoyer aux statuts qui y avaient été élaborés et qui avaient un tout autre sens. Ils devraient être la description d’une réalité : notoirement la réalité de ce que fait ce Vorstand d’initiatives pour les membres, comment il est là pour les membres au sens de la cause anthroposophique. Il ne s'agit pas de rédiger des normes et des exigences abstraites auxquelles on souhaiterait que tout le monde adhère ou qu'elles soient réalisées. C'est dans ce contexte que l'on peut comprendre pourquoi Rudolf Steiner a rédigé son exposé sur l'activité du Vorstand d'initiatives pour l'université libre de Science de l'esprit de la manière suivante :
« Le Vorstand du Goethéanum aimerait qu'il soit aussi éloigné que possible de pratiquer l'instauration d'un lien entre les pratiques et les programmes et l'action dans la société ; il aimerait que l'aspect directement humain, qui puisse aussi librement que possible agir individuellement, soit mis en valeur de manière très générale au sein de la société. Et il aimerait y parvenir avant tout pour ce qui doit être fait pour l'Université libre des sciences humaines[v]. »
Par l’initiative juste du Vorstand, une université libre de la science spirituelle est donc rendue possible. Elle devient une institution de la vie de l’esprit dans l’organisme social. Il a ainsi pu faire apparaître pour la première fois une « nouvelle vie spirituelle » jusqu'au niveau de l'organisme : une vie spirituelle qui n'essaie pas de se réaliser elle-même à partir d'exigences abstraites, mais qui est « appelée » dans l'organisme social par les besoins articulés des hommes « d'en bas ». Nous avons vu que Rudolf Steiner caractérise aussi bien l'individualité humaine comme un tout, que la vie spirituelle en tant que membre de l'organisme social par la qualité de Sulfur. Il caractérise la vie de l'esprit en tant que telle par le fait qu'elle contient tout ce qui provient de l'individualité humaine. Cela jette une lumière importante sur la nature des institutions de cette vie spirituelle. Si celles-ci doivent avoir une qualité Sulfur, alors elles ne doivent jamais acquérir une signification détachée de l'individualité humaine (sinon le caractère Sal serait également dominant à ce pôle !). La qualité Sulfur est à voir en relation avec l’élément chaleur constamment changeable. Lorsque la direction d’une institution de la vie spirituelle passe aux mains d’une autre individualité, alors celle-ci doit accepter les organisations et façonnements qui reposent dans les possibilités de cette individualité. Tout le reste serait l'expression d'une vie spirituelle non libre. De ce point de vue, la manière dont Rudolf Steiner avait organisé les statuts du Congrès de Noël est aussi importante : ils décrivent purement et simplement la relation humaine toute concrète qui existait entre les individualités, qui formaient le Vorstand d’initiatives et les êtres humains qui voulaient se rattacher à ce groupe d’initiatives, parce qu’ils voyaient dans l’action de ces êtres humains quelque chose d’important. Nous avons reconnu en cela l’élément mercuriel que Rudolf Steiner montrait entre les êtres humains individuels et l’organisme social.
Cette relation mercurielle en devint une autre avec la mort de Rudolf Steiner simplement au travers du fait concret qu’il n’y eut aucun successeur nommé pour la direction de l’université libre. Et cette relation en devint seulement une autre, après que le groupe du Vorstand d’initiatives originel fut rompu dans son unicité [à savoir : le Vorstand de la Société refondée en 1923 et nommé par l’initié Rudolf Steiner, qui se scinda en 1935 en excluant Elizabeth Vreede et Ita Wegman ndt]. Ces « statuts » n’étaient donc pas pensés pour fonder une institution durable (quoiqu’ils fussent formulés ainsi pour des raisons déterminées, afin qu’ils fussent, par principe, propres et conformes à un enregistrement au Tribunal de commerce [étant donné que le Goethéanum, qui était et est toujours en « Suisse », menait et mènet toujours des activités commerciales et pas seulement spirituelles et là-dessus la loi et le fisc suisse veillait et veille toujours ! Ndt]) ; mais devaient donner purement et simplement une image pour le courant de vertu à partir duquel des institutions peuvent être à tout moment fondées ou renouvelées, si la relation décrite existe alors entre les gens concrètement désignés. Celui qui peut [encore, ndt] éprouver ces qualités sulfur et mercurius des statuts du Congrès de Noël, n’en viendra pas à la tentative de les réinterpréter comme un programme à réaliser. Avec le Congrès de Noël une formation sociale fut pré-vécue par l’humanité de la manière dont une communauté humaine, à partir de sa libre volonté, peut s’élever à la dimension d’un méta-organisme, celui dans lequel « l’école michaélique suprasensible »[11] peut
[darf (dürfen) = est autorisée moralement à… ndt] déployer son activité. Il fut montré comment des forces de guérison peuvent affluer dans l’organisme social à partir d’un renouveau dans la vie de l’esprit.
Or c’est le contraire que l’on peut observer aujourd’hui, lorsqu’on examine les relations sociales à l’intérieur de l’organisme. La vie économique, dynamisée d’une incroyable manière par la technique moderne, « claque » (Schlägt) la vie entière sous son emprise. L’organisation des flux financiers y développe impunément son action délétère par l’instauration d’institutions mal-appropriées à la légité de la vie économique [légité = conformité aux lois, d’après Geneviève Bideau, ndt] en la ferlant complètement à son service. Le capital, qui n’est plus du tout dirigé par un vouloir individuel, est dirigé au contraire par les convoitises des spéculateurs : les flux financiers guidés par les appétits de ces spéculateurs, dictent aujourd'hui où, combien de temps et à quelles conditions, quelque chose peut être produit. Aucun entrepreneur ne peut se soustraire à cette dictature. De leur côté, ils tentent, avec les agents du pur capital financier, d'exercer leur influence sur les gouvernements des différents États. Dans ce qu’on appelle aujourd’hui des démocraties, c’est tout juste si dans le domaine de la vie juridique des lois sont encore édictées à partir d’une réelle observation sensibilisée au droit des êtres humains qui se réunissent et en décident ensemble dans ce domaine. Ceux qui mettent au point les projets législatifs sont des Lobbyistes de la vie économique. Les votations effectuées sur ces projets de lois par des Représentants élus du peuple sont uniquement une farce, « étant donné que ceux-ci en général ne sont pas une fois en situation de travailler aux projets de lois de manière autonome, responsable, sereine et approfondie. »[12] Ces influences, qui passent à côté de l'individualité humaine, se font sentir jusque dans l'organisation de la vie spirituelle. On peut y reconnaître l’action de ce qui provient de la contre école ahrimanienne opposée à celle de Michaël. L’influence de la première commence dans la vie économique et donc au pôle Sal et de là, elle infecte l’ensemble de l’organisme social. Or, l’école de Michaël doit, par contre, apparaître au pôle individuel Sulfur de la volonté dans la sphère terrestre et elle ne le peut que si lui est apportée en contrepartie une chaleur du cœur correcte de la part des êtres humains. Rudolf Steiner évoquait une culmination du mouvement anthroposophique devant survenir à la fin du millénaire. De nombreuses gens ont attendu cela avec un grand espoir. Or, cette culmination semble bien ne pas s’être produite. Car pût elle survenir alors que si peu de gens s’intéressaient et se souciaient d’un méta-organisme ? Serait-ce là un domaine dans lequel il reste encore infiniment beaucoup à faire en matière d'anthroposophie ?
Notes
[1] GA 181, Berlin, 16 juillet 1918.
[2] GA 257, Stuttgart, 23 janvier 1923, p.28.
[3] Voir à ce propos : Rudolf Steiner : Von der natur zu Unternatur [De la nature à la sous-nature] dans GA 26, pp.255 et suiv.
[4] « On n'a (...) pas besoin de faire de l'agitation sur le terrain anthroposophique, car on n'a besoin que de donner aux hommes ce qu'ils demandent sans plus, si seulement on trouve les moyens pour que les gens vous expriment justement leur désir. » Rudolf Steiner , dans : GA 260a, p.123.
[5] GA 199, p.70
[6] Voir la note 4.
[7] Voir GA 260a, p.159.
[8] Voir GA 129, conférnec due 25.8.1911, p.169.
[9] Voir W. Schuchhardt : Schicksal in wiederholten Erdenleben [Destinée dans les vies terrestres répétées] Vol. 1, p.149.
[10] Voir la première citation dans ce texte. [note 1, ndt]
[11] De cette école michaélique, Steiner parle dans les conférences sur le Karma en particulier celle du 28 juillet GA 237), [quelques mois avant de tomber malade, ndt]
[12] Voir : Johann-Günther König, Alle Macht der Konzernen. Das neue Europa im Griff der Lobbyisten [Tout le pouvoir aux multinationales. La nouvelle Europe sous l'emprise des lobbyistes], Hambourg 1999.
Notes de la rédaction ou notes du traducteur
[i] [Note du traducteur : Voir {aussi} l’article de Stephan Eisenhut dans Die Drei 1/2023 : Le premier Goethéanum et le « méta-organisme social (en particulier la note 15). Traduit en français ici.]
[ii] Il s’agit de la triarticulation sociale (appelée aussi « trimembrement social » et plus anciennement « tripartition sociale », cette dernière appellation étant problématique, car elle donne une image particulièrement faussée de ce dont il est question, qui concerne trois domaines de la vie sociale, qui ne sont pas séparés les uns des autres, mais qui ont chacun leur propre centre de gravité).
[iii] Le wilsonisme est une doctrine de politique étrangère idéaliste, initiée par le président américain Woodrow Wilson (1912-1919), prônant l'internationalisme libéral, l'autodétermination des peuples et la sécurité collective. Formalisée par les Quatorze Points de 1918, elle marque la rupture avec l'isolationnisme américain pour forger un ordre mondial démocratique, notamment via la création de la Société des Nations (SDN). Voir aussi : « Idéalisme wilsonien ».
Voir aussi sur Soi-esprit, notamment les articles suivants qui font référence à Wilson et au « wilsonisme » ou « wilsonianisme » (qui promeut le concept de l'État-Nation, à la base de dizaine de millions de morts au XXe siècle et encore à la base de conflits majeurs en 2023) :
- Dépasser le nationalisme pour aller, au-delà de la nation, vers un humanisme universel
- L'humanité occidentale actuelle, à la traîne de l'Amérique, sombrera dans la barbarie si elle ne comprend plus le mystère du Golgotha
- Steiner contre l’antisémitisme et le nationalisme
- En réalité, la guerre se livre entre l’Ouest et l’Est. Ce qui se trouve entre les deux est écrasé et doit souffrir parce que l’Est et l’Ouest sont en désaccord
Remarquons, et ceci est important, que Wilson joua un rôle déterminant pour prôner et développer très concrètement la ségrégation raciale aux USA. L’autodétermination des peuples est tout à fait compatible, dans le fond, à une oppression des individus par les (soi-disant) représentants du peuple, oppression qui peut s’exercer entre autres selon la couleur de leur peau, leur culture, leur langue, leur religion… Un article éclairant à lire absolument : Dépasser le nationalisme pour aller, au-delà de la nation, vers un humanisme universel.
C’est ce « beau programme » wilsonien relatif à l’autodétermination des peuples, au plus haut point mortifère qui enthousiasmera pendant des décennies de très nombreuses personnes partout dans le monde et qui aura un impact majeur, jusqu’à nos jours, sur l’évolution de toute l’humanité.
[iv] Il s’agit du document : Rudolf (1991) ; Éléments fondamentaux pour la solution du problème social ; Éditions Anthroposophiques romandes ; 246 pages (GA023). Une traduction partielle (mais de la partie la plus essentielle) de cet ouvrage se trouve sur cette page web : https://www.tri-articulation.info/menu-triarticulation/texte-fondamental
[v] Nous présumons qu’il faut comprendre ici : « l’Université libre de science de l’esprit », Geistwissenschaft étant aussi traduit en français par « science humaine » (Nous ne disposons toutefois pas du texte original en langue allemande ; mais vu le contexte, c’est bien de cela qu’il s’agit).
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