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S’agirait-il d’un cas symptomatique d’une forme de décrépitude du « mouvement anthroposophique », ou plutôt du cas d’institutions s’en réclamant ?
 
 
Sur le site anthromedia.net est parue le 14 mai 2013 l’annonce de « l’ouverture d’une école Steiner secondaire en Wallonie »[1] : « le 1 septembre 2013 une classe au premier degré s’inspirant de la pédagogie Steiner s’ouvrira à l’Institut d’enseignement des Arts Techniques Sciences et Artisanats (IATA) à Namur. C’est le résultat de la collaboration fructueuse entre l’asbl EVIE[2] et l’IATA[3] » (l’IATA est un établissement d’enseignement faisant partie du réseau des écoles catholiques en Belgique).
 
Le Président de l’association sans but lucratif EVIE (Éduquer à la Vie et à l’Individualité Éthique) y affirme que :
« Les programmes scolaires de la Fédération de l’Enseignement Secondaire Catholique pour le premier degré s’adaptent et intègrent sans difficulté[4]les attentes de l’asbl EVIE quant aux contenus des cours suivants la pédagogie Steiner ».
 
Or, deux mois auparavant, dans le journal belge lavenir.net, Marylène Mathias, sous-directrice pédagogique de l’IATA déclarait[5] :
« Nous précisions bien que nous n’adhérons pas à la philosophie de Steiner. Nous ne prenons dans sa pédagogie que ce qui nous semble intéressant et positif pour des jeunes de 2013, à l’exclusion bien sûr de tous les aspects ésotériques ou à tendance sectaire. C’est pourquoi on utilise la formule “librement inspiré de la pédagogie Steiner“ ».
 

Une école librement inspirée de la pédagogie Steiner ?

 

Il existe un livre de Rudolf Steiner, accessible même aux personnes les plus occupées (car il est de tout petit format, ne comporte que 61 pages (20 pages au format A4) et est écrit dans un style accessible à tout un chacun), dans lequel l’auteur expose quelques-unes des idées qui constituent le fondement même de sa pédagogie : « L’éducation de l’enfant à la lumière de la science spirituelle[6] » (par science spirituelle il est entendu ici la science de l’esprit d’orientation anthroposophique – celle-ci étant notamment fondée sur une théorie de la connaissance précise - voir entre autres un des ouvrages fondateurs de la science de l’esprit : « La Philosophie de la Liberté »[7]).
 
Parmi les idées exposées dans ce livre de Rudolf Steiner, on trouve :
 
Pg 6 : (…) « Notre temps essaie avec des moyens insuffisants de faire face aux exigences auxquelles l’homme est confronté. Beaucoup voudraient réformer la vie sans en connaître les véritables fondements. Quand on veut faire des propositions sur ce qu’il y aurait lieu d’entreprendre dans l’avenir, il ne faut pas se contenter d’une connaissance superficielle de la vie. Il faut en explorer les profondeurs ».
 
En faisant l’analogie entre le développement humain et celui d’une plante qui contient non seulement ce qu’elle offre à nos yeux, mais encore un état futur qu’elle recèle en germe et qui est accessible par la connaissance même de la nature de la plante, Rudolf Steiner ajoute :
Pg 7 : (…) « pour pouvoir dire quelque chose de cet avenir, il faut pénétrer dans la nature cachée de l’être humain ». (…) « il existe une possibilité de dire quelque chose de cet avenir : c’est de pénétrer sous la surface de la nature humaine pour atteindre jusqu’à son essence ».
 
La mission même de la science de l’esprit doit être, compte tenu de sa conception d’ensemble qui englobe la nature profonde de la vie humaine, de procurer une vue du monde qui se traduise dans la pratique par des moyens les plus féconds pour résoudre les problèmes essentiels de la vie.
 
Le propos de l’auteur (pg 9 et 10) « est de le montrer, en prenant comme exemple l’une de ces questions, la question de l’éducation. Ce n’est pas de revendications ni de programmes qu’il s’agira, mais simplement de la description de la nature de l’enfant. C’est de la nature de l’être humain en devenir que se dégageront comme d’eux-mêmes les points de vue à partir desquels on peut éduquer.
Si l’on veut connaître cette nature essentielle de l’être humain en devenir, il faut prendre comme point de départ ce qui en l’homme en général n’est pas accessible à la perception sensorielle.
Ce que nos sens sont à même d’observer, et ce qu’une conception matérialiste présente comme le tout de l’être humain, n’est pour l’investigation spirituelle qu’une partie, un élément de la nature humaine, son corps physique. »
 
Rudolf Steiner décrit ensuite un constituant de l’être humain autre que le corps physique, non accessibles à la perception sensorielle et présent chez tous les organismes vivants, mais pas au sein du règne minéral. Ce constituant suprasensible, appelé selon le contexte « corps des forces formatrices » ou « corps éthérique » est potentiellement observable par tout être humain, pour peu qu’il développe les facultés de connaissance suprasensible appropriées.
 
Pg 12 : « La science de l’esprit montre en effet que l’homme est susceptible de développement et qu’il peut conquérir des mondes nouveaux en développant de nouveaux organes [de perception suprasensible ; c’est nous qui ajoutons]. Les couleurs et la lumière entourent de toutes parts l’aveugle ; s’il ne les perçoit pas, c’est que les organes nécessaires lui font défaut. Dans le même ordre d’idées, la science spirituelle déclare que des mondes nombreux existent autour de l’homme et que celui-ci peut les percevoir, à condition de développer les organes requis.
A l’aveugle s’ouvre aussitôt après son opération un monde nouveau. Par le développement d’organes supérieurs, l’être humain peut de même accéder à la connaissance de mondes tout autres que les mondes perceptibles aux sens ordinaires ».
 
Enfin, il mentionne encore deux autres constituants suprasensibles de l’être humain, notamment un constituant qui est à la base de toute impression sensorielle, de tout désir, sensation, joie et peine… ainsi qu’un élément à la base de la conscience de soi et de l’activité pensante.
 
Pg 22 : « Ces quatre éléments sont le champ d’activité de l’éducateur. Si l’on veut travailler de manière juste, il faut explorer la nature de ceux-ci. Mais il ne faut en aucune façon se représenter que ces éléments se développent en l’homme de telle sorte qu’à un moment quelconque de sa vie, disons à sa naissance, ils auraient atteint le même niveau de développement. Celui-ci, au contraire, s’opère de façon différente aux divers âges de la vie. Et c’est sur la connaissance des lois qui régissent le développement de la nature humaine que repose la base réelle de l’éducation, et aussi de l’enseignement. »
 
Qu’on soit d’accord ou pas avec la conception de Rudolf Steiner, un fait indiscutable se dégage de ses propos, de ce petit livre (et de toutes ses autres contributions relatives à l’éducation de l’être humain en développement) : toute la pédagogie de Rudolf Steiner et sa conception de l’enseignement, repose à la racine, sur des connaissances précises de la nature suprasensible de l’être humain, qui relèvent du domaine de l’ésotérisme, au sens étymologique du terme.
 
Ce terme, qui n’a rien d’un gros mot, provient du grec ancien ἐσώτερoς / esôteros, qui signifie « intérieur » par opposition au terme « exotérique » qui provient du grec "exö" : (extérieur, au dehors). Des connaissances exotériques sont celles qui sont aisément accessibles par un chemin d’observation extérieur (et plus superficiel) ; les connaissances ésotériques concernent des réalités cachées à la simple observation superficielle qui n’atteint pas les profondeurs. Une des particularités de l’ésotérisme de Rudolf Steiner est qu’il est physiquement très largement accessible au public (la quasi totalité de son œuvre est d’ailleurs publiée à ce jour) à la différence de maints ésotérismes, par exemple ceux qui sont pratiqués dans des confréries occultes. Par contre, l’étude de son œuvre est extrêmement exigeante et requiert des efforts et une énergie considérables, très difficilement conciliables avec une forme de paresse à peu près partout omniprésente (y compris au sein des milieux académiques) dès lors qu’il faut s’extraire de ses habitudes de pensée.
 
Les connaissances ésotériques propres à la science de l’esprit de Rudolf Steiner jouent un rôle tout à fait déterminant dans l’attitude qui peut être développée lorsqu’on s’adresse à un enfant en âge d’école primaire, par exemple.
 
Pg 40 : « C’est que lorsqu’on parle à quelqu’un en images, ce qui agit, ce n’est pas ce qu’on dit ou ce qu’on montre ; de celui qui parle passe à celui qui écoute un courant d’esprit subtil » (…).
 
Pg 41 : « C’est une onde de vie qui va et vient sans intermédiaire entre l’éducateur et son élève. Mais pour que cette vie soit présente, il faut justement que l’éducateur puise à la source vive de la science de l’esprit et que sa parole, ainsi que tout ce qui émane de lui, reçoive d’une attitude intérieure authentiquement conforme à la science de l’esprit, sensibilité, chaleur et coloration du sentiment. Ceci ouvre une magnifique perspective sur toute l’éducation. Si celle-ci se laisse un jour féconder par la source de vie de la science de l’esprit, elle s’emplira elle-même d’une vie ouverte à la compréhension des êtres. Alors cesseront les tâtonnements qui sont monnaie courante dans ce domaine. Tout art de l’éducation, toute pédagogie qui ne reçoivent pas de cette racine une sève toujours renouvelée, sont morts et desséchés. »
 
Pg 38 : « Il faudra toujours se souvenir que ce ne sont pas des représentations abstraites qui agissent sur le corps éthérique en développement, mais des images chargées de vie, qui agissent sur l’esprit par leur caractère concret. Certes, il faut ici énormément de doigté, faute de quoi on aboutirait au résultat inverse[8]. Tout dépend ici de l’art du conteur. »
 
Pg 42 : « Aussi faut-il que la science de l’esprit soit le soubassement vivant de tout art de l’éducation ».
 
Précisons bien ici, que l’ésotérisme anthroposophique n’est pas à enseigner aux jeunes et aux enfants, ce n’est évidemment pas ainsi qu’il faut comprendre les propos exprimés ci-dessus. Mais il est considéré par Rudolf Steiner comme formant un socle de connaissances nécessaires pour que les éducateurs puissent comprendre l’être humain en développement et déployer un art de l’éducation sensé, car fondé non pas sur des abstractions mais sur des réalités (suprasensibles notamment).
 
Ce contexte d’ensemble montre indiscutablement que dissocier pédagogie de Rudolf Steiner et connaissances ésotériques issues de sa recherche n’a tout simplement aucun sens et que ce qui fait la spécificité et le cœur même de cette pédagogie ne se caractérise absolument pas seulement par des aspects méthodologiques ou techniques de surface, tels que « le rythme de la journée et celui des saisons, l'enseignement par périodes, l’expression corporelle sous forme d’eurythmie » par exemple[9] comme le croient par ailleurs de nombreux « anthroposophes[10] » eux-mêmes, ou des enseignants pratiquant de ce fait soi-disant la pédagogie de Rudolf Steiner.
 
Lorsque la sous-directrice pédagogique de l’IATA déclare que la nouvelle classe créée au sein de l’IATA « s’inspire librement de la pédagogie Steiner » à « l’exclusion bien sûr de tous les aspects ésotériques », elle tient un propos à peu près aussi brillant que celui que tiendrait le membre d’une communauté qui se dirait « librement inspirée du christianisme, à l’exclusion bien sûr de tous les aspects Mystériaux (notamment l’incarnation du Logos dans le corps d’un homme, la mort d’un dieu sur la croix puis sa résurrection, la conversion du pain et du vin en corps et en sang du Christ, la communion en Esprit lors de l’événement de la Pentecôte, etc.) ».
Lorsque ces éléments sont supprimés du « Christianisme », il n’en reste plus rien évidemment, à part des mots, éventuellement utilisés pour racoler en vue de constituer un fond de commerce. C’est pareil avec la pédagogie Steiner lorsqu’elle est dissociée de la science de l’esprit au contenu ésotérique, issue des recherches menées par son fondateur.
 
 

Origines possibles d’une position aussi farfelue

 
À ce stade, trois hypothèses au minimum, peuvent être formulées pour expliquer la position de la sous-directrice de l’IATA :
 
1) Soit l’hypothèse du « piège » tendu par un journaliste. Un coup classique est celui de l’appel téléphonique reçu alors que vous êtes très occupé(e) à telle ou telle affaire. Plutôt que vous proposer un moment de rendez-vous au cours duquel il sera possible de prendre le temps de répondre de manière mûrement réfléchie, le (ou la) journaliste vous pose quelques questions à la va vite par téléphone en vous faisant comprendre qu’un rendez-vous n’est pas nécessaire, il ne s’agit que de quelques « petites » questions : vous voilà pris au dépourvu sans avoir la présence d’esprit d’exiger une prise de rendez-vous en bonne et due forme, où à tout le moins, un vrai temps de réflexion.
Sauf cas exceptionnel, l’objectif premier du journaliste (ou de la ligne hiérarchique à laquelle il est obligé de se soumettre) est de vendre son papier : pas le temps ou la volonté d’approfondir quelque peu pour cerner de manière plus véridique de quoi il en retourne (dans le cas de la science de l’esprit d’orientation anthroposophique, il s’agirait d’ailleurs d’y consacrer au moins quelques mois de travail assidu pour en avoir un premier aperçu encore assez superficiel, tant le sujet est vaste et complexe ; pour ne pas en rester à une telle superficialité, plusieurs années de travail au moins sont nécessaires). Très souvent, il faut que le papier soit accrocheur, qu’il surfe sur des thèmes qui font sensation, idéalement qui peuvent susciter un parfum de scandale. Le public est avide de tels contenus peu ragoûtants, il faut lui en donner, car c’est cela qui se vend. Donc les questions et la méthodologie de l’interview sont souvent (plus ou moins inconsciemment) construits pour atteindre de tels objectifs.
Absolument rien ne permet de penser à ce stade, que la sous-directrice de l’IATA a exprimé son point de vue sous le coup de la précipitation, dans le contexte d’une interview « piège ». Si cela eut été le cas, et si son point de vue mûrement réfléchi, authentique et intime eut été différent de ce qu’elle a exprimé à la presse, d’une façon ou d’une autre elle aurait rectifié ses dires. Il s’agit dès lors d’envisager les deux hypothèses suivantes.
 
2) Seconde hypothèse : la direction pédagogique de l’IATA est consciente, jusqu’à un certain degré du moins, du caractère ésotérique et spirituel de la pédagogie Steiner, et estime que ces connaissances ont de l’importance pour éduquer l’être humain en développement. Mais elle ne peut pas l’exprimer officiellement, tant règne aujourd’hui un ostracisme, un obscurantisme et une intolérance sectaire extrêmes à l’égard de toute conception du monde non matérialiste[11], en particulier celle de Rudolf Steiner qui est méconnue du public et/ou déformée de multiples façons.
 
Ce faisant, la sous-directrice ne se contenterait toutefois pas seulement de ne pas exprimer ce qu’elle pense vraiment, mais à voir la formulation qu’elle utilise, elle jetterait aussi activement le discrédit sur la dimension ésotérique de cette pédagogie… elle aurait donc utilisé une formulation pour le moins bizarre et maladroite si elle estimait sincèrement que ces connaissances ont tout de même de la valeur.
Cette hypothèse paraît d’emblée très peu plausible : il y a si peu de personnes qui se donnent la peine d’étudier un tant soit peu et sérieusement Rudolf Steiner dans le texte, que cela serait vraiment extraordinairement étonnant qu’au sein de la direction pédagogique d’une école d’enseignement secondaire qui, a priori, n’a rien à avoir avec lui, ses principaux responsables soient en mesure d’apprécier la pédagogie de Rudolf Steiner sur base d’un jugement de connaissance clair de ses fondements (spirituels notamment).
Le constat suivant peut être dressé en regard des 25 dernières années en Belgique francophone : le nombre de personnes qui étudient sérieusement l’œuvre de Rudolf Steiner est limité à l’extrême, y compris dans les institutions et initiatives dont l’appellation se réfère à son nom ou à son œuvre. Qu’il y ait soudainement un cercle de gens à l’IATA qui puisse sérieusement s’en réclamer, voire même simplement comprendre sa pensée pour l’avoir étudiée et porter un jugement suffisamment fondé à son sujet, paraît insensé.
 
3) La troisième hypothèse est dès lors de loin la plus plausible : la sous-directrice de l’IATA, et probablement avec elle les principaux responsables pédagogiques de l’établissement, utilise des expressions et des mots dont elle ne comprend pas vraiment le sens, pour prendre toutefois position publiquement.
 
Comme déjà montré ci-dessus, il est simplement farfelu de dissocier la science de l’esprit de Rudolf Steiner, dont le contenu est ésotérique par nature, des applications pratiques qui sont nées de ces connaissances ésotériques, non seulement la pédagogie qu’il a fondée et qui relève du domaine de l’éducation, mais aussi dans toutes sortes d’autres domaines liés à la vie pratique : médecine, alimentation, agriculture, économie, etc.
 
En d’autres termes, la sous-directrice de l’IATA et sans doute avec elle les responsables pédagogiques de cet établissement, ne connaissent à peu de choses près absolument rien des fondements de la pédagogie de Rudolf Steiner, ni de la nature des recherches menées par ce dernier, ce qui ne les empêche pas de se réclamer de cette pédagogie pour créer une section d’enseignement qui est sensée « librement s’en inspirer », tout en en rejetant la philosophie. Il n’est pas si facile de tenir une position plus…[12]
 
 
L’omniprésence de courants ésotériques – Un enjeu majeur lié : devenir capable de discerner la nature de ces courants – Le cas de l’asbl EVIE
 
Sous l’angle de cette troisième hypothèse, ce que manifeste ainsi aussi l’expression de la sous-directrice, de manière générale et remarquablement symptomatique, c’est l’état d’ignorance, omniprésent dans le grand public, relatif à la signification et à l’influence de l’ésotérisme : car pourtant, en un certain sens, l’ésotérisme imprègne partout les bases de notre société, jusqu’à saturation dirais-je même, qu’il s’agisse de l’ésotérisme qui fonde telle ou telle conception du monde influençant diverses théories scientifiques ou pratique religieuse, ou de l’ésotérisme qui fonde telle ou telle courant politique, notamment ceux qui déterminent la géopolitique de vastes régions du monde, etc. Ce n’est pas parce que nous ne sommes pas conscients de l’existence d’une chose, que celle-ci n’existe pas et ne provoque pas divers effets.
 
Un enjeu fondamental pour la vie sociale et culturelle, y compris dans ses aspects pratiques (dans le domaine consistant à organiser l’éducation et l’enseignement par exemple), ne consiste pas à exclure a priori tout élément ésotérique, ce qui relève d’un positionnement intellectuel purement dogmatique (impossible d’ailleurs à tenir dans la pratique puisque l’ésotérisme est présent dans le monde, qu’on le veuille ou non), mais à connaître et discerner toujours plus exactement la nature de l’ésotérisme sur lequel se fonde tel ou tel courant scientifique, philosophique, religieux, culturel, politique…
 
Seule une connaissance éclairée permet de se positionner individuellement et librement par rapport aux divers types d’ésotérismes qui façonnent la vie sociale et la pensée humaine.
 
Une question peut par exemple se poser quotidiennement à tout un chacun : en collaborant avec tel ou tel groupe social, politique, philosophique, communauté religieuse ou institution, est-ce que j’opte (probablement sans le savoir), pour le soutien à une organisation fondée sur telle ou telle forme d’ésotérisme, plutôt un ésotérisme que nous pourrions appeler « d’aliénation », c’est-à-dire un ésotérisme qui enchaîne l’être humain à des puissances (confréries, gourous, « divinités », organisations, etc.) qui font (inconsciemment) de lui une simple marionnette de diverses manières, ou est-ce que j’opte au contraire pour un « ésotérisme d’émancipation », c’est-à-dire dont l’intention profonde et l’action effective est de conférer à l’être humain des moyens lui permettant de développer de plus en plus complètement son activité spirituelle individuelle la plus libre, lui permettant de cheminer de manière autonome dans l’existence (auto-détermination de l’activité de l’esprit individuel) ?
 
Prenons un exemple très concret, pour illustrer notre questionnement : le cas de l’association sans but lucratif « Éduquer à la Vie et à l’Individualité Éthique », en abrégé « EVIE ». Cette asbl a été créée en octobre 2009 en vue de soutenir notamment le développement de la pédagogie « Steiner », et en particulier la création d’une section d’enseignement secondaire à orientation générale selon la pédagogie Steiner à Namur[13]. Un des membres fondateurs de cette asbl enseigne à l’IATA.
 
Un regard sur la liste des fondateurs (qui ne sont très probablement plus tous membres effectifs au sein de cette asbl au moment d’écrire ces lignes), me permit de reconnaître deux personnalités qui sont membres du Grand Orient[14] ainsi aussi que frères maçons de « haut grade ». Une de ces personnalités joue actuellement un rôle essentiel dans la formation des futurs enseignants en « pédagogie Steiner ».
 
Une autre personne fondatrice de cette asbl, a débuté son cheminement « spirituel » dans sa jeunesse par la consommation champignons hallucinogènes. Ensuite, lorsque plus tard, elle rencontra la science de l’esprit de Rudolf Steiner, elle s’y lia et s’en fit une défenderesse, non sans en déformer grossièrement et régulièrement le propos, et ce de multiples manières (comme j’ai pu l’observer des dizaines de fois, pendant plus de dix ans - je précise que cette personne ne consomme plus de champignons hallucinogènes depuis longtemps) pour répandre des concepts ésotériques qui, selon moi, sont à la limite du délire.
 
Enfin, on trouve aussi parmi les fondateurs, une personnalité qui a joué un rôle central dans cette association. Il s’agit d’un astrologue, qui tenta de créer à la fin des années 1990 un centre de consultation astrologique à proximité d’une école Steiner, avec notamment pour espoir d’aider sur base de cette conception, ceux et celles qui feraient appel à ses services (dont principalement des parents de cette école venant le consulter au sujet de leurs enfants, notamment).
 
L’exemple de l’asbl EVIE montre pour le moins, qu’il s’agit d’une organisation qui a fortement à faire avec des « courants » qui traitent « d’ésotérisme ». Ainsi que mentionné plus haut, toute la question est de savoir de quels types d’ésotérismes il s’agit. Pour faire simple : ésotérismes d’aliénation ou ésotérismes d’émancipation ? Il va de soi que toutes ces personnes se réclameront d’un ésotérisme d’émancipation. Mais est-ce authentiquement le cas ? Comment cerner et discerner de quoi il s’agit ?
 
Enfin, pourquoi la sous-directrice de l’IATA, insiste-t-elle sur sa volonté d’exclure tous les aspects à caractère ésotérique de la pédagogie de Rudolf Steiner (ce qui est en soi, nous l’avons montré ci-dessus, une position simplement farfelue), et d’autre part s’appuie-t-elle, pour créer une classe de première secondaire « librement inspirée de la pédagogie Steiner » sur une asbl aussi fortement liée à toutes sortes courants ésotériques ?
N’est-ce pas une incohérence supplémentaire ?
 
Nous verrons ci-dessous, pourquoi par rapport à cette dernière question, la position de la sous-directrice pourrait pourtant être cohérente d’une certaine manière ! Il suffit de lire très attentivement ses propos parus dans la presse, pour en prendre conscience[15]. Nous y reviendrons bientôt ici bas (voir sous-titre suivant).
 
Il nous faut avant tout encore ajouter à titre d’exemple un autre élément étrange pour compléter ce tableau : l’IATA est une école  qui fait partie en Belgique du réseau d’enseignement des écoles catholiques. Le catholicisme, est une confession chrétienne bien précise, parmi d’autres, et parmi ses spécificités, remarquons que cette confession a été influencée depuis plusieurs siècles par ce courant important en son sein que constitue le jésuitisme. Actuellement, et pour la première fois, elle est dirigée par un pape jésuite, le pape François.
 
Or, selon Rudolf Steiner, « s’il importe de ne pas prendre le jésuitisme à la légère – pas seulement sur le plan exotérique, mais aussi sur le plan ésotérique – c’est parce qu’il s’ancre dans l’ésotérique[16] ». (…) « Nous allons le voir en examinant ce qu’il faut appeler l’aspect ésotérique du jésuitisme, c’est-à-dire ses différents exercices spirituels[17]. Ces exercices, en quoi consistent-ils ? Nous touchons là à ce qu’ils ont de significatif, précisément : c’est que chaque novice de l’ordre des jésuites doit faire des exercices qui l’introduisent dans la vie occulte, mais dans le champ de la volonté, et qui imposent à la volonté dans la sphère de l’occulte une discipline sévère, un dressage, pour ainsi dire ». Ensuite Rudolf Steiner décrit certains exercices et comment ils agissent profondément sur la constitution psychique de l’être humain qui les pratique.
 
 

L’existence de courants ésotériques radicalement antagonistes

 
Revenons-en aux propos de la sous-directrice tels qu’ils ont été relatés dans la presse. Rappelons que celle-ci y affirme que « Nous précisions bien que nous n’adhérons pas à la philosophie de Steiner. Nous ne prenons dans sa pédagogie que ce qui nous semble intéressant et positif pour des jeunes de 2013, à l’exclusion bien sûr de tous les aspects ésotériques ou à tendance sectaire. »
Dans le fond, ces propos pourraient être interprétés de la manière suivante : la directrice exclut l’ésotérisme de Rudolf Steiner, mais pas nécessairement d’autres formes d’ésotérismes.
Interprété dans ce sens et sur ce point précis, il pourrait donc être tout à fait cohérent que l’IATA accepte le partenariat avec l’asbl EVIE très imprégnée de divers courants ésotériques, tout comme elle accepte aussi l’autorité spirituelle d’un pape jésuite. La cohérence de l’IATA sur ce point précis est même d’autant plus grande, que les différents courants ou pratiques ésotériques que j’ai mentionnés ci-dessus sont tous des adversaires objectifs et radicaux de la science de l’esprit de Rudolf Steiner, quant à la méthode, aux buts qu’ils poursuivent ou aux effets qu’ils provoquent.
 
Ceci mériterait de nombreux et vastes développements complexes et très nuancés, qui ne sont pas possibles dans le cadre du présent article. J’invite le lecteur à s’informer par lui-même sur base des notes bibliographiques ci-dessous.
 
Notons par exemple, en ce qui concerne l’astrologie, que le 31 octobre 1910 Rudolf Steiner exprime que « Dans la mesure où l’homme doit s’efforcer de s’élever au-dessus de son égoïsme, la pratique de l’astrologie est le moyen le plus puissant qui soit de renforcer cet égoïsme, et en cela son action est nocive. Quelque raison que l’on puisse invoquer pour corroborer la nécessité ou l’utilité de l’astrologie, on aboutira cependant toujours à un égocentrisme raffiné, qui, du fait qu’il agit de façon plus intime, n’en est que plus dangereux[18]»
 
En ce qui concerne le jésuitisme : « Le mouvement jésuite veut tout transformer en un royaume temporel. L’autre courant voudrait considérer le royaume temporel comme quelque chose qui doit, à la rigueur, être présent sur le plan physique, mais qui surtout unit les hommes entre eux afin que dans leur âme ils puissent s’élever vers les mondes supérieurs. Ce contraste direct, ce pôle à l’opposé du courant jésuite, c’est le goetheanisme.
Il veut exactement l’inverse de ce à quoi vise le mouvement jésuite. Et lorsqu’on l’envisage dans cette orientation, on comprend le goetheanisme dans une perspective nouvelle. C’est pourquoi le mouvement jésuite a juré et jurera de plus en plus être l’ennemi éternel du goetheanisme. Ils ne peuvent subsister ensemble. Chacun sait fort bien ce qu’est l’autre.[19] »
 
Ou encore « Sans doute n’existe-t-il pas dans toute l’histoire culturelle de ces derniers siècles de contraste plus grand que celui qui oppose le jésuitisme et le chemin rose-croix ; en effet, le jésuitisme ne contient pas la moindre trace de ce que le courant rose-croix considère comme le critère idéal le plus élevé de tout ce qui fait la valeur et la dignité de l’homme ; de son côté, le courant rose-croix a toujours voulu se préserver de toute infiltration de quelque élément jésuite que ce soit, même à dose infime [20]».
 
Précisons ici pour les néophytes, que le goetheanisme est une démarche de connaissance constituant le fondement épistémologique de la science de l’esprit de Rudolf Steiner, et que cette dernière constitue aussi la forme moderne du « courant rose-croix » ésotérique (ce courant rose-croix n’a strictement rien à avoir avec ces innombrables fraternités, structures traditionnelles et organismes qui se donnent extérieurement et formellement le nom de « rose-croix »).
 
Le regard porté sur la maçonnerie par Rudolf Steiner est complexe. Ici encore, de très longs développements seraient requis pour exprimer de manière complète et nuancée son propos. Je relèverai parmi ces apports, avec tout ce que mes expressions ont d’insatisfaisant, que la maçonnerie dans son essence et à son origine est une institution ésotérique qui est comme une réplique des mondes supérieurs[21]. Mais au cours des périodes plus récentes, celle-ci a perdu quasi complètement sa substance spirituelle et est devenue peu à peu comparable à une coquille vide. Au début du XXième siècle, Steiner travaillera à jeter les bases d’une toute nouvelle maçonnerie, ou d’une toute nouvelle phase de celle-ci, en quelque sorte une « maçonnerie du vivant » selon les termes de Christian Lazaridès[22].
 
Parallèlement, Steiner mettra en exergue ce que la maçonnerie moderne a de décadent[23] ainsi que l’implication de certaines confréries occultes, dans le déclenchement de la Guerre 14-18 et leur emprise croissante sur la politique mondiale. Ces confréries cultivent une certaine image dogmatique de la forme future que doit prendre le monde, en particulier l’Europe au cours des prochaines décennies et même des prochains siècles.
« L’image qu’on a ainsi de l’Europe est que la vie de l’esprit qui émane de l’Europe centrale doit être opprimée en tant qu’impulsion ne devant pas se déverser dans l’humanité de l’avenir. Il faut l’éluder comme un fait insignifiant.
Ce dogme règne dans presque tous les ordres secrets anglo-saxons et dans tous ceux qui, en Occident, en sont dérivés ou qui y sont liés, comme le Grand Orient de France. Le dogme fondamental qui règne est que le savoir de l’Europe du centre n’entre pas, et en aucun cas ne doit entrer, en ligne de compte dans la mission de la cinquième période postatlantéenne. Tout soit être entrepris pour que la physionomie de la cinquième période postatlantéenne soit anglo-saxonne[24]»
 
La vie de l’esprit de l’Europe du centre à laquelle il est fait allusion ici, est conçue comme celle qui est manifestée notamment à travers le courant culturel que représentent les œuvres de Goethe, Schiller, Lessing, Hegel, etc. et ensuite se développe, se métamorphose et se manifeste en tant que science de l’esprit d’orientation anthroposophique.
Il s’agit pour les confréries occultes (plus précisément pour leurs cercles dirigeants) d’empêcher de multiples manières, que se répande de manière significative pour la période de civilisation actuelle, cette vie de l’esprit et ce, en particulier par le biais de la géopolitique et de la constitution de blocs de populations sous la forte influence de courants culturels bien précis.
 
Enfin, malgré les antagonismes apparents ou réels entre divers courants ésotériques, certains d’entre eux convergent notablement quant à leur façon essentielle de penser. « C’est ainsi que l’on observe un fait étrange : en ce qui concerne la manière de se représenter les choses, l’activité de l’âme, ce principe des loges (dont la franc-maçonnerie est une caricature simiesque) est dans sa nature profonde apparenté au mouvement jésuite. Si foncièrement hostile que ce dernier soit aux loges, il lui ressemble énormément quant à la faculté de représentation qu’il cultive[25] ».
 
Une fois encore, chacun(e) a le droit d’être en complet désaccord avec la pensée de Rudolf Steiner. Il n’en reste pas moins vrai qu’il ressort clairement de l’œuvre et de la pensée de Rudolf Steiner lui-même, ce que montrent les quelques exemples esquissés ci-dessus et qui mériteraient des développements beaucoup plus longs et nuancés, qu’il existe un antagonisme extrêmement profond entre, par exemple, l’astrologie, le jésuitisme, ou la maçonnerie décadente, d’une part, et la science de l’esprit d’orientation anthroposophique, d’autre part. Il s’agit de formes d’ésotérisme et/ou de chemins d’Initiation, divergents et définitivement inconciliables dans leur nature profonde avec l’anthroposophie de Rudolf Steiner[26]. Que tout un chacun ait bien sûr le droit non seulement de s’y intéresser ou de les pratiquer, ne change rien au constat objectif de leur caractère irrémédiablement divergent et inconciliable quant à leurs buts profonds, leurs méthodes et leurs effets sur l’être humain.
 
Ceci montre que non seulement l’IATA est en rapport (ne serait-ce qu’inconsciemment par sa collaboration de fait avec l’asbl EVIE et par son appartenance au catholicisme romain) avec divers courants ésotériques, mais aussi que les courants en question sont objectivement adversaires de la science de l’esprit de Rudolf Steiner. Remarquons aussi que l’IATA récupère le nom de Rudolf Steiner pour annoncer qu’elle s’en inspire, et à la fois elle calomnie et diffame son individualité et le courant spirituel qu’il représente (l’ésotérisme de Steiner est présenté péjorativement et celui-ci est aussi associé à l’idée de sectarisme).
 

L’anthroposophie de façade et ses épigones : pédagogie Steiner de façade, médecine anthroposophique de façade, etc.

 
Au sujet de la perte du lien vivant avec la science de l’esprit de Rudolf Steiner, j’ai déjà montré ci-dessus qu’au sein de l’asbl EVIE, on trouvait des représentants de courants ésotériques divers, qui non seulement n’ont strictement rien à avoir avec l’ésotérisme de Rudolf Steiner, mais qui en sont même antagonistes (ce qui est leur droit… mais pourquoi prétendent-ils y représenter l’impulsion de la pédagogie Steiner ?). Il suffit de lire ce que Rudolf Steiner en dit pour en faire le constat.
 
L’appartenance factice à l’impulsion de Rudolf Steiner semble déjà se manifester dans le nom que les fondateurs ont choisi de donner à leur association EVIE, puisqu’EVIE est l’abréviation « d’Éduquer à la Vie et à l’Individualité Éthique ». Il n’est nulle part question dans l’œuvre de Rudolf Steiner de la notion « d’individualité éthique »… mais bien de celle « d’individualisme éthique ». Il s’agit d’un concept extrêmement exigeant, qui requiert pour sa formation claire au sein de la conscience, de commencer tout d’abord par un processus d’observation très précise du processus pensant, qu’il s’agit aussi de penser lui-même avec rigueur (penser le penser), y compris dans ses rapports avec les autres processus manifestés au sein de la vie animique (perceptions sensibles, sentiments, représentations…). Ce n’est qu’après ces observations empiriques et après avoir pensé avec pénétration les lois qui sont inhérentes aux phénomènes psychiques-spirituels observés, dont principalement le penser lui-même, qu’il devient ensuite possible de former un concept de liberté absolument clair, concept qui n’a absolument rien à avoir avec les fantasmes que les gens mettent d’habitudes derrière le mot « liberté », utilisé à tort et à travers. Ce n’est qu’après ce long processus de recherche et d’approfondissement, par lequel le chercheur peut se montrer capable de concevoir clairement le concept de liberté, ainsi que d’en faire l’expérience concrète et intime, que Rudolf Steiner aborde dans son œuvre majeure, fondement de la science de l’esprit d’orientation anthroposophique, « La Philosophie de la Liberté[27] », la dimension morale, éthique, de l’action humaine, et sa relation avec le penser libre. La notion d’individualisme éthique est développée dans la dernière partie de ce livre, qu’il ne faut surtout pas lire comme un livre philosophique ou scientifique ordinaire, mais dont tout l’enjeu est surtout de parvenir à faire une expérience vivante de son contenu (j’irais jusqu’à dire « en faire aussi une expérience initiatique authentique ». Ceci requerrait de longs développements).
 
À ma connaissance, parmi les fondateurs de l’asbl EVIE, seule une très petite minorité a complètement lu « La Philosophie de la Liberté » dont est tiré le concept d’individualisme éthique ! Et parmi celle-ci, sauf très grosse erreur d’appréciation de ma part, il n’y a pas une seule personne qui ait jamais travaillé sérieusement cette notion et qui soit capable un tant soit peu d’en formuler clairement les concepts sous-jacents (pas même le concept de liberté tel qu’il lui est donné naissance dans la recherche menée par Rudolf Steiner) ainsi que le fondement épistémologique. Ceci apparaît déjà du fait de l’expression choisie, à savoir « individualité éthique » plutôt « qu’individualisme éthique », qui fait penser à une faute d’expression provenant d’une personne qui maîtrise mal son sujet.
Pourquoi diable faire usage d’une expression à laquelle on ne comprend pas grand chose, qu’on ne fait guère que rêvasser à la limite, et en faire pourtant la dénomination même de son association ? Cela ressemble à des mots utilisés en vue de faire du racolage ou de s’autosuggestionner sur la qualité de son produit. N’importe quel vendeur de bas étage ferait pareil.
Je puis me tromper : il y aurait-il tout de même parmi les fondateurs de cette association, ne serait-ce qu’une personne qui ait déjà mené le chemin de connaissance mentionné ci-dessus pour se montrer en mesure de concevoir clairement ce qu’est l’individualisme éthique ? Débattons-en publiquement pour tirer cette affaire au clair.
 
Bref, tous ces faits et phénomènes donnent l’impression d’une espèce de bric à brac ésotérico-spiritualiste, tel qu’on peut en rencontrer aujourd’hui pour ainsi dire quasiment à chaque coin de rue, dès que se crée quelque part une initiative à visée pratique voulant s’inspirer de connaissances spirituelles : on voit affluer autour de la table toutes sortes de gens liés à divers courants et prônant l’ouverture d’esprit, l’amour, la liberté, la spiritualité, la fraternité, le lien avec le divin, l’unité dans le tout, etc. etc. en ne comprenant pas grand chose à ce que signifient tous ces mots qu’ils utilisent, plaqués à l’emporte pièce. Il s’agit vraiment du niveau zéro de la pensée (pensée qui est très souvent haïe d’ailleurs chez certains tenants de « spiritualités » s’affichant comme orientalisantes).
 
À ceci vient s’ajouter une seconde tendance : l’adjonction d’une couche bien épaisse de nominalisme matérialiste, une habitude qui fait rage en Occident : il suffit d’une simple déclaration, idéalement écrite (des statuts, une charte, un projet éducatif ou pédagogique, une conférence de presse, un livre…) et voici que par miracle celle-ci informe de l’existence d’une réalité substantielle. Il était déjà bien connu depuis des décennies, qu’il suffisait d’une institution qu’elle déclare qu’elle respecte la liberté de conscience d’autrui, qu’elle promeut la libre pensée, qu’elle favorise le développement de l’autonomie de l’enfant, qu’elle préconise l’éthique et cherche le bien commun dans toute action entreprise, qu’elle est fondamentalement tolérante, qu’elle poursuive des buts à finalité sociale, etc. etc. pour que le public considère que toutes ces incantations produisent magiquement la réalité qu’elles dénomment et qu’elles la garantissent. D’aucun, depuis des siècles déjà, ne déclarèrent-ils pas que leur Église était chrétienne et que dès lors c’était donc bien le cas, puisqu’ils le déclaraient !
Ce système déclaratif constitue la base essentielle du fonctionnent de la plupart des institutions, qu’elles soient publiques, culturelles, associatives… il en est de même aussi pour les tribunaux. Il est d’ailleurs inhérent à toute pensée juridique, mais celle-ci n'est pas à confondre avec une quelconque réalité spirituelle substantielle.
Ce qui n’empêche qu’à cette longue liste de déclarations, le nominalisme matérialiste permet aussi d’ajouter les mots « pédagogie Steiner », « médecin anthroposophe », etc. Il suffit dans la pratique tout simplement qu’une institution quelconque déclare qu’elle pratique la pédagogie Waldorf-Steiner ou qu’elle s’en inspire pour que le public pense que c’est bien automatiquement le cas. Lorsqu’il est question de spiritualité, le public est davantage encore tenté de raisonner sur bases d’incantations magiques archi-simplistes.
 
 

La décadence des institutions dites « anthroposophiques »

 
Tous ces faits sont loin d’être anodins. Il sont au contraire symptomatiques d’une évolution de fond qui se développe toujours davantage, et à large échelle, au sein de nombreuses institutions et initiatives se réclamant ou « s’inspirant » soi-disant de Rudolf Steiner et de l’anthroposophie, et ce y compris au sein de diverses sociétés anthroposophiques nationales : à savoir le rejet (non pas nécessairement formel mais factuel, d’un point de vue spirituel), par ces institutions et personnes de la science de l’esprit de Rudolf Steiner ainsi que de son individualité, la récupération du nom de Rudolf Steiner et de la dénomination de diverses pratiques issues à l’origine de ses recherches (telle que la pédagogie Steiner par exemple), et enfin la substitution de la science de l’esprit par de l’astrologie, du new age, de la maçonnerie, de la théosophie, du catholicisme etc. ou toutes sortes d’autres courants de pensée ou spirituels, souvent plus problématiques les uns que les autres (ainsi que j’ai pu l’observer des dizaines de fois au cours de ces 25 dernières années). La décadence croissante des institutions anthroposophiques ne date pas d’aujourd’hui ; au contraire Steiner la combattait de son vivant déjà (il affirme d’ailleurs explicitement que les plus grands adversaires de l’anthroposophie ne se situent pas en dehors de la société anthroposophiques, mais qu’ils en sont membres !). Cette tendance à la décadence connaît ensuite des développements très amples après sa mort (en particulier en 1935 lors de l’exclusion de très nombreux proches collaborateurs de Rudolf Steiner de la société anthroposophique[28]), et poursuit son amplification catastrophique au cours de ces 15 dernières années, en Belgique francophone en tous les cas, selon mon expérience (la situation de la Belgique néerlandophone est assez différente).
 
 

Sur qui ou sur quoi s’appuyer pour identifier le caractère « anthroposophique » ou « steinérien » d’une démarche de recherche ou d’une pratique donnée ?

 
En tous les cas pas sur la société anthroposophique ou sur les institutions émanant directement de celle-ci, et ce pour diverses raisons complexes.
 
Certaines de ces raisons tiennent à la nature profonde de l’anthroposophie et des intentions de Rudolf Steiner. Ainsi, la société anthroposophique n’est pas fondée, à la base, sur le modèle du «catholicisme romain», contrairement à l’Église catholique ou aux partis politiques par exemple (dans un certain sens, on peut en effet affirmer que tous les partis politiques, sans exception, sont imprégnés « jusqu’à la moelle » de l’esprit du catholicisme romain, le lecteur comprendra pourquoi ci-dessous).
 
Pour rappel, beaucoup trop brièvement et grossièrement présenté ici, une des caractéristiques essentielles du catholicisme romain, consiste à décréter ce qui doit être le contenu universel de la vie de l’esprit qui s’impose à tous («catholique» provient du grec καθολικός signifiant «universel»), depuis une entité centrale, soutenue par une organisation bureaucratique et administrative d’État (d’où l’adjectif « romain »). Pour les premiers chrétiens, Rome et le principe romain visant à tout organiser depuis l’État, constituent l’ennemi éternel du christianisme authentique. Il ne peut être question pour le chrétien de laisser décréter ou organiser son lien avec le Christ par un César, par l’empire romain ou une autorité administrative[29]. Ce christianisme authentique, notamment le christianisme des catacombes, est contraint de se cacher pour ne pas être réduit en cendres.
Au IVe siècle après Jésus-Christ, l’empereur romain Constantin rend la religion chrétienne licite, ensuite ses successeurs feront de celle-ci la religion de l’empire et contribueront ainsi à jeter les bases pour de nombreux siècles du développement d’un certain « christianisme ». Deux principes totalement antinomiques sont comme réunis et coexistent au sein même de ce que devient l’Église catholique romaine : le principe romain caractérisé par une institution temporelle efficace et centralisée comme celle de l’empire romain, organisant la vie de l’esprit à coups de décrets, et le principe « christique », fondé sur un lien spirituel individuel intime et vivant avec l’entité du Christ, imprégnant l’âme de forces vives, spirituelles-divines. Au cours des premiers siècles après Jésus Christ, le « principe christique » est de moins en moins compris et peu à peu éradiqué de diverses manières au sein même de la chrétienté. L’Église catholique romaine (et son clergé centralisé à Rome) constitue dorénavant l’intermédiaire obligé entre le chrétien et le Christ et la seule et unique garante légitime de la foi. La religion s’institutionnalisant pendant plus de 15 siècles au sein d’une structure, l’Église catholique, dont le fonctionnement est analogue à celui de l’État romain, cette pensée s’inscrit très profondément et durablement dans la culture occidentale, selon laquelle toute vie de l’esprit, toute vie culturelle même, doit être fondamentalement organisée et décrétée à sa base, par une autorité centrale hiérarchisée, s’appuyant sur une structure administrative et bureaucratique qui en constituent les organes à la fois opérationnel et de contrôle.
 
L’espritde l’Église catholique romaine (à ne pas confondre comme esquissé ci-dessus avec l’esprit de l’impulsion « christique », dont il est à vrai dire devenu une des antithèses !) imprègne peu à peu à tel point pendant tous ces siècles la civilisation occidentale, qu’il est devenu bien difficile pour la quasi totalité de nos contemporains de prendre conscience combien ils ne cessent de penser à tout instant selon cet esprit. Par exemple, quand bien même les lois de la République française séparent Église et État depuis le début du XXe siècle, il est devenu quasi impensable pour un citoyen français, d’imaginer un tant soit peu que l’éducation et l’enseignement puissent être organisés et institués autrement que par l’État central lui-même, déterminant leur contenu « à coups de décrets » précisément. Penser autrement serait aussitôt ressenti comme étant antirépublicain (sous-entendez « ennemi de la nation », mettant en péril la cohésion de la société). De ce point de vue il est fondé d’affirmer que quand bien même l’Église catholique romaine disparaîtrait complètement en tant qu’institution extérieure, son esprit lui ne disparaîtra pas de sitôt, puisqu’il imprègne de toutes parts et très vigoureusement les mentalités dans toutes les organisations et institutions dont il détermine le fonctionnement, en ce, y compris, les partis politiques (y compris les partis à dominante laïque, voire agnostique ou athée). Ces derniers sont très loin de vouloir abandonner leurs prérogatives et pouvoirs portants sur l’organisation de la vie culturelle, l’éducation, la santé, la formation… bref tout ce qui constitue la vie de l’esprit. Au contraire, la volonté dominante est de les contrôler autant que possible.
 
Cette longue digression permet de mettre en évidence notamment ce que Rudolf Steiner ne voulait pas au sujet de la société anthroposophique : contrairement à la quasi totalité des institutions et organisations soutenant ou promouvant telle ou telle spiritualité, conception ou impulsion culturelle, il ne saurait être question pour la société anthroposophique, telle que la concevait Rudolf Steiner, de déterminer et de décréter à la manière de l’Église catholique romaine et de ses innombrables épigones, à partir d’une structure centralisée, le contenu de la vie de l’esprit de ses membres. On ne devient pas membre de la société anthroposophique, en souscrivant à tel ou tel dogme et en s’y soumettant, ou en adhérant formellement (et extérieurement) à tel ou tel principe abstrait, et on ne le demeure pas en se pliant aux injonctions ou suggestions d’une quelconque autorité centrale (ou organisation secrète ; cf. l’organisation pyramidale des loges et des confréries occultes et leur système de « suggestion »).
Le contenu de la vie spirituelle trouve fondamentalement sa source dans l’activité pensante autodéterminée de chaque individualité. Sur base d’une telle activité spirituelle libre (préalable), les individualités qui reconnaissent (donc en toute clarté et liberté) le bien-fondé de la démarche de la science de l’esprit de Rudolf Steiner, peuvent décider de devenir membres de la société anthroposophique ou non. Cette dernière est d’ailleurs conçue par lui comme étant au service de leurs besoins (besoin de connaissance) plutôt que l’inverse. L’adhésion à la société anthroposophique résulte donc essentiellement d’un libre acte individuel de (re)connaissance relatif à la science de l’esprit initiée par Rudolf Steiner, ayant pour finalité essentielle d’apprendre à connaître l’anthroposophie, ceci au travers d’une relation vivante avec diverses personnes en cultivant et en approfondissant le contenu.
 
De ce fait, et c’est là un fait d’une importance extrême, il n’existe pas non plus une structure ou institution, centralisée ou non, qui décrète ou reconnaît quelle est la « bonne » ou la « mauvaise » anthroposophie, ni dans quelle mesure une initiative, association ou entreprise se réclamant, « s’inspirant » ou portant carrément le nom de Rudolf Steiner ou de l’anthroposophie, œuvre bel et bien dans l’esprit de l’anthroposophie de Rudolf Steiner[30].
Il n’existe pas à l’origine « d’imprimatur anthroposophique », de processus de reconnaissance formel ou de « diplôme en anthroposophie » (ou en médecine anthroposophique, en pédagogie Waldorf-Steiner, ou en agriculture inspirée par l’anthroposophie…) ou quoi que cela soit d’analogue en tant que processus « juridique-formel » de reconnaissance[31]. Ceci n’interdit toutefois pas non plus à des personnes responsables d’institutions anthroposophiques, de refuser de collaborer avec tel ou tel groupe, personne ou institution, dont elles ne reconnaissent pas la valeur de la démarche (la collaboration avec des institutions ou personnes se réclamant de Rudolf Steiner n’a donc pas non plus un caractère obligatoire !).
 
Ceci crée d’un certain point de vue une situation extrêmement inconfortable tant pour les personnes qui manifestent un véritable intérêt pour l’anthroposophie que pour le public et les institutions extérieurs :
·      Le public, les autorités publiques et les institutions extérieures ne disposent pas non plus de points d’appuis institutionnels bien confortables leur permettant de coller aisément des étiquettes «anthroposophiques» ou «non anthroposophiques» sur des personnalités, institutions, pratiques, etc. ce qui est l’usage simpliste habituel.
·      Les personnes qui veulent approfondir l’anthroposophie, s’y lier (y compris les membres de la société anthroposophique), ne peuvent pas douillettement s’appuyer sur les positions d’une quelconque autorité, centrale ou non, sur lesquelles il suffirait de s’aligner pour « être dans le vrai »[32]. Seul le travail de recherche, d’observation et de penser individuel (quoiqu’il puisse évidemment aussi se manifester et être stimulé au sein de groupes de travail) constitue le véritable point d’appui pour le développement des facultés de connaissance et de discernement spirituel. Ceci implique un travail d’étude personnel assidu de l’anthroposophie.


 

N’importe qui est donc susceptible de se réclamer de Rudolf Steiner et/ou de l’anthroposophie – Le cas des médias « anthroposophiques »

 
Outre le nominalisme auquel j’ai déjà fait allusion plus haut, cette spécificité inconfortable propre à la société anthroposophique (que je ne remets pas en question ici), a pour autre conséquence singulière que n’importe qui et n’importe quelle institution peut se réclamer de l’œuvre de Rudolf Steiner, de l’anthroposophie ou d’un de ses domaines d’application pratique (pédagogie[33], médecine, agriculture…), quand bien même ces personnes ne comprennent que peu, ou pas du tout des aspects essentiels de celle-ci, voire ne s’y intéressent pas du tout, ou sont même parmi ses pires adversaires. À ma connaissance, de telles « usurpations d’identité » surviennent de manière relativement fréquente et ample, y compris au sein des diverses sociétés « anthroposophiques » nationales, ou même au sein du siège central de la société anthroposophique universelle à Dornach[34].
 
Dans la mesure où les personnalités responsables des institutions se réclamant de l’anthroposophie ne la cultivent pas énergiquement et authentiquement, ces institutions sont vouées à fonctionner de plus en plus telles des éponges qui absorbent sans discernement tout ce qui les traverse pour s’en imprégner (même les pires dérives), et ensuite pour en diffuser le contenu dans les alentours. La pratique de la « tolérance » est poussée à un tel paroxysme au sein de certaines institutions dites anthroposophiques, qu’on y trouve de plus en plus de tout, sauf de l’anthroposophie précisément. C’est ce que d’aucun appellent une démarche « inclusive » (le moins que l’on puisse dire, c’est qu’une telle démarche n’est pas sectaire – sauf évidemment si elle consiste à intégrer une ou plusieurs sectes en son sein !).
 
Ainsi, à parcourir le bulletin de la société anthroposophique en Belgique francophone depuis des années, je constate que jusqu’à près de 40 à 50% d’annonces d’événements qui y sont publiés et des institutions qui y sont mentionnées (établissement d’enseignement, formation en art thérapie, formation en pédagogie Steiner, etc.) relèvent (pour rester poli) plutôt du fond du panier (par exemple activités menées par des personnalités plutôt dogmatiques, tendances new age, contenus plus ou moins « délirants », voyants dévoyés, infiltrations par l’astrologie, etc.). Des êtres humains à la recherche d’une approche sérieuse de l’œuvre de Rudolf Steiner ne peuvent qu’être déroutés (pour ne pas dire dégoutés) par ce qui y est présenté en tant que soi-disant « anthroposophie », pas à la lecture de ces annonces évidemment, mais à la rencontre des personnes qui s’en réclament, de leurs attitudes diamétralement opposées à celle-ci, voire de ce qu’elles enseignent.   "Les occultistes d'une certaine sorte savent parfaitement que nul moyen n'est meilleur pour abêtir le monde - permettez-moi de le dire - qu'enseigner un occultisme d'une certaine manière particulière. Si ne prévaut pas, derrière les enseignements de l'occultisme, une recherche sincère de la vérité, on peut mener par le bout du nez les gens abêtis par l'occultisme.[35]"

Un autre exemple qui étaye notre constat : le site http://www.anthromedia.net relaye sur Internet en plusieurs langues des informations sur des actualités anthroposophiques. Ceci se passe sans le moindre discernement ou quelconque recherche relative à la véracité des sources, apparemment. Ainsi, dans un email daté du 12 octobre 2013, j’apprends par un responsable de la partie francophone du site, qu’en principe, la partie française du site anthromedia ne fait que traduire les annonces du site en langue allemande. Ceci montre qu’il est très aisé de faire parvenir à peu près n’importe quelle annonce sur le site en langue allemande relative à une région francophone, annonce qui ne sera sans doute pas vérifiée, pour que celle-ci soit ensuite automatiquement relayée en langue française.
Les déclarations de la sous-directrice de l’IATA ne posent pas de problème pour ce responsable. Voici ce qu’il me répond :
« Au niveau du contenu, je trouve que votre remarque est intéressante. Selon moi, cela ne justifierait pas que cette école soit bannie du site anthromedia, mais simplement que l'information diffusée soit plus précise à son sujet. La démarche du site anthromedia, dans la mesure du possible, est une démarche inclusive. Bien sûr s'il s'avérait qu'un tel projet ait des implications néfastes, il faudrait en tenir compte et réagir. Mais le fait qu'une école s'intéresse et tente d'appliquer certains aspects de la pédagogie Steiner même si c'est de manière partielle est en soit valable. Il ne semble pas que nous ayons là affaire à des "ennemis". Il est compréhensible qu'ils prennent leur distance par rapport à l'ésotérisme anthroposophique s'il ne le comprennent pas ou ne le maîtrisent pas assez. C'est une question délicate, même pour les anthroposophes aguerris, lorsqu'il s'agit de faire face au monde public et médiatique.
Le plus important est la précision des informations, qui étaient peut-être lacunaire dans ce cas. »
 
La réponse du responsable du site anthromedia est très intéressante et confirme nos propos ci-dessus :
1.    La démarche d’anthromedia est principalement inclusive, dit-il : ce qui correspond en effet tout à fait au « fonctionnement de l’éponge » décrit ci-dessus : dans divers médias anthroposophique, la tendance est très nettement à accepter tout et surtout n’importe quoi, a priori sans aucune réserve[36]. Ceci est à la base non seulement de l’extrême médiocrité de certaines publications diffusées par ces médias « anthroposophiques », mais aussi source de confusions et amalgames les plus divers, à l’antipode d’une démarche de pensée claire et rigoureuse, sans laquelle il ne saurait être question de science de l’esprit. Malgré les bonnes intentions initiales, ce type de média n’apporte rien à l’anthroposophie ; au contraire, il la détruit.
2.    L’école rejette radicalement le fondement même de la pédagogie Steiner, c’est-à-dire son fondement ésotérique. C’est parfaitement son droit. Mais à la fois elle dit s’inspirer de cette pédagogie… ce qui est précisément impossible pour la raison même qu’elle en rejette radicalement le fondement. Il n’y a pas de « pédagogie Steiner « (ou de pratique « inspirée de la pédagogie Steiner ») là où son fondement ésotérique est ignoré, et encore moins où il est sciemment ignoré. Que le responsable d’un média anthroposophique ne saisisse pas ce fait, élémentaire pour toute personne étudiant un tant soit peu les ouvrages de base de Rudolf Steiner (et même élémentaire pour toute personne qui pense un tant soi peu), montre à quel point la pensée de maints soi-disant « représentants de l’anthroposophie » peut être à l’antipode de l’anthroposophie et même de tout bon sens élémentaire. N’importe qui peut donc affirmer dans ce type de médias « anthroposophiques » s’inspirer de Rudolf Steiner, faire de la publicité pour ses activités, et tout à la fois rejeter radicalement ce qui fait la substance de la recherche de Steiner.
3.    Sans vouloir  « bannir » cette école du site anthromedia, le responsable du site estime qu’une information plus précise devrait toutefois être publiée. Depuis notre échange d’email en octobre 2013, aucune information plus précise ne sera toutefois diffusée sur le site anthromedia (notamment la déclaration de la sous-directrice de l’IATA). Donc l’information incomplète, volontairement racoleuse et mensongère initiale demeure publiée sous sa forme originelle, malgré nos communications étayées par des faits et documents probants. Ce qui fait craindre qu’on puisse dès lors faire davantage confiance en ce type de média anthroposophique lorsqu’il s’agit de relayer des mensonges que diffuser la vérité.
 
Tout ceci ne pourrait constituer qu’un malheureux malentendu. Après tout, l’erreur est humaine. Cet exemple ne constitue cependant pas l’exception, mais bien quasiment une règle que je vois confirmée par d’innombrables événements qui se sont déroulés au cours de ces dernières années au sein d’organisations « anthroposophiques » que j’ai fréquentées[37] et dont j’épargnerai ici au lecteur la lecture de la longue et fastidieuse liste.
 
 

Un tableau d’ensemble : décadence et… renaissance

 
Sur base de ces expériences de terrain, maintes et maintes fois répétées, une espèce de tableau d’ensemble se dégage actuellement peu à peu pour moi : l’image de la décadence croissante d’institutions se réclamant de Rudolf Steiner et de l’anthroposophie, y compris celle de sociétés anthroposophiques nationales[38]. D’un point de vue purement externe, certaines institutions semblent pourtant en plein essor… je pense à certaines écoles Waldorf-Steiner par exemple, dont les méthodes pédagogiques sont de plus en plus appréciées par le public et se répandent à travers le monde. Du point de vue intérieur cependant, nombre d’institutions que je connais, sont déjà décadentes et mourantes, dans la mesure où les individualités qui portent la responsabilité de les diriger, perdent ou ont depuis longtemps perdu le lien vivant avec les connaissances spirituelles et initiatiques, et la démarche de connaissance émancipatrice liée, qui en constituaient pourtant la raison d’être, ainsi qu’une source infiniment revigorante pour l’âme et l’esprit et pour la pratique de la vie.
 
C’est exactement ce que recherchent aujourd’hui activement bien des adversaires (plus ou moins conscients, mais objectifs) de l’anthroposophie de Rudolf Steiner : pouvoir en récupérer ce qui les arrange et qu’ils auraient été totalement incapables de produire eux-mêmes, vu la stérilité de leur façon de penser (je parle ici encore d’expérience), leur ignorance du sujet et leur rejet factuel de toute science initiatique et ésotérisme d’émancipation. C’est-à-dire, par exemple, récupérer les aspects pratiques extérieurement visibles (et séduisants) de la pédagogie Steiner-Waldorf, en prenant grand soin de très activement dénier toute valeur à la science de l’esprit d’orientation anthroposophique qui en constitue la source, voire d’en barrer d’une façon ou d’une autre l’accès. Cette instrumentalisation de la pédagogie Steiner (et des personnes qui s’y dévouent, sincèrement convaincues de son bien fondé, qu’il s’agisse d’enseignants, de parents ou de formateurs) trouve typiquement dans ce genre de situation, sa motivation principale non plus dans une connaissance de la nature (suprasensible) de l’être humain en développement et de ses besoins spécifiques, mais… dans l’appât d’un gain. La motivation d’une direction d’école peut devenir essentiellement économique : il s’agit de trouver les moyens de séduire des parents afin qu’ils décident de scolariser leur enfant dans telle ou telle école, en écartant aussi tout ce qui pourrait faire peur : des connaissances qui remettent fondamentalement en cause les habitudes de pensée.
 
Après avoir esquissé ce tableau d’ensemble, je laisse le soin aux lecteurs de déterminer eux-mêmes si, selon eux, l’ouverture de la section de pédagogie Steiner au sein de l’IATA constitue ou non, une illustration typique de ce type de récupération à visée, avant tout mercantile, de la part d’une direction d’école.
 
Il est en tous les cas très clair à mes yeux, compte tenu du contexte d’ensemble que j’ai esquissé ici, qu’à l’avenir, on verra de plus en plus fleurir des institutions qui inscriront leur stratégie de développement économique dans la récupération d’un certain héritage issu des recherches de Rudolf Steiner, en vue de séduire de nouvelles catégories de public, tout en niant toute valeur aux connaissances initiatiques[39].
 
Or, nous vivons à une époque où un nombre croissant de personnes deviennent conscientes de ce que les institutions sont de moins en moins dignes de confiance. Par « nature », elles œuvrent essentiellement en vue de réaliser des objectifs qui sont bien éloignés de la pure recherche de la vérité voire même des besoins de leurs usagers, et surtout proches de la défense de leurs propres intérêts immédiats (argent, pouvoir, marché, existence…). Seul l’éveil d’une conscience individuelle libre, indéfectiblement dévouée à la recherche de la vérité, peut contrebalancer les effets délétères inévitablement produits par le fonctionnement institutionnel.
 
Et nous pouvons peut-être entrevoir ainsi un sens plus profond à ce qui se manifeste gravement devant nos yeux à large échelle, avec toujours plus d’évidence, en tant que phénomènes décadents (non seulement la décadence de maintes institutions se réclamant de Rudolf Steiner, mais aussi celle de la vie institutionnelle de manière générale (institutions politiques, économiques, financières, culturelles…)) : ces phénomènes quasi tonitruants constituent en quelque sorte une espèce d’appel vibrant adressé à la conscience humaine : « lutte sans relâche et exerce intensivement l’éveil de tes facultés individuelles de discernement et de connaissance, pour percer à jour, par ton regard éveillé, le monde des apparences sensibles et saisir l’esprit qui vit et agit dans les choses et dans le monde ». Ces événements, ces « appels », nous invitent à donner ainsi naissance à une vie spirituelle réellement libre, fondée dans chaque individualité « observante » et pensante. Tandis que le fonctionnement institutionnel traditionnel tend à renforcer de simples mécanismes de pensée (c’est-à-dire les habitudes de pensées et des pensées apparentes mais non réellement fondées et vécues…) ce qui provoque constamment une tendance à la ruine des institutions elles-mêmes, cette vie spirituelle individuelle autonome, autocréatrice et auto-libératrice, dans la mesure où elle se comprend elle-même, est le fondement de la vie sociale de l’avenir et sa véritable source de jouvence, y compris une source de jouvence et de renouvellement pour le fonctionnement des institutions elles-mêmes ! L’amour de la vérité[40], sa recherche indéfectible[41], constituent le cœur même de toute vie spirituelle individuelle autocréatrice et auto-émancipatrice[42]. Cette quête trouve de la force dans la conviction intime que la vérité finit, tôt ou tard, toujours par triompher.
 
 

La qualité de l’enseignement dispensé au sein de la section s’inspirant la pédagogie Steiner de l’IATA

 
À moins de dormir en lisant, ce qui est en soi un véritable défi (!), il apparaîtra clairement au lecteur que nous ne nous sommes pas prononcé un seul instant quant à la qualité de l’enseignement prodigué au sein de la section s’inspirant la pédagogie Steiner de l’IATA. Nous ne nous permettrions d’ailleurs pas de prononcer un tel jugement. Il est tout à fait plausible, à nos yeux, qu’au sein de cette section ouverte à l’IATA les élèves puissent bénéficier d’un enseignement de qualité exceptionnelle dans la région de Namur, ce dont nous ne pourrions que nous réjouir.
 
Par contre, sur base du tableau que nous avons dressé, le lecteur pourra se représenter à quel point la mission des personnes chargées d’enseigner dans une telle section, est rendue plus difficile (voire quasi impossible ?) : il leur est demandé tout à la fois de « s’inspirer librement de la pédagogie Steiner », et aussi de ne surtout pas s’en inspirer librement, puisque ce qui en fait le caractère plus essentiel, à savoir le fondement ésotérique, doit en être exclu.
 
Il s’agit de la part de la direction de l’école d’une communication paradoxale (le fameux « double bind » bien connu des psychologues) qui en soi est extrêmement pathogène ; la communication paradoxale peut provoquer jusqu’à des états de folie. Les formateurs en « pédagogie Steiner » qui sont en lien ave l’IATA, sont soumis eux aussi à une communication de ce type.
 
Celle-ci ne devrait toutefois pas produire ses effets délétères sur ces personnes dans la mesure où, par exemple, elles n’en n’auraient de toutes façons que faire des fondements de cette pédagogie dont elles prétendent publiquement s’inspirer…, c’est-à-dire dans la mesure où elles s’inscriraient activement dans un système de mensonges et de manipulations.
 
Paradoxalement, dans une situation de ce type (c’est-à-dire le double bind imposé par l’institution), c’est en déployant soi-même un comportement malsain (hypocrisie et/ou absence de pensée véritable) que l’individu subit le moins les effets pathogènes du double bind. Tandis qu’à l’inverse, s’il est honnête, profond et sérieux dans sa quête, ce qui est haut plus haut point souhaitable pour les élèves, s’il s’agit d’un enseignant, il subira probablement le contrecoup de positions impossibles à tenir.
 
Bien au delà du cas spécifique de la pédagogie Steiner à l’IATA, nous avons ainsi du coup résumé d’un certain point de vue et de manière générale la situation du monde de l’enseignement (enseignants et formateurs), dans sa relation avec des autorités (l’éducation nationale en France, le Ministère de la Communauté française en Belgique francophone, parfois les autorités communales et provinciales, ainsi que des directions d’écoles…) pathogènes à un haut degré. Il y aurait à ce sujet de nombreuses de pages à écrire, non seulement relatives à d’innombrables constats de maladie que l’on peut faire dans le monde de l’enseignement mais surtout aussi quant à des remèdes de cheval qu’il faudra bien un jour se décider à appliquer pour sortir de ces ornières. Ceci constitue cependant encore une autre histoire !
 
 



[4]C’est nous qui soulignons.
 
[5]Voir l’article du 21/03/2013 : http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=DMF20130321_00285491, repris également sur le site du ciaosn, le Centre d’avis et d’information sur les organisations sectaires nuisibles (http://www.ciaosn.be/presse130321-1a.htm)
 
[6]Steiner, Rudolf (1982) ; L’éducation de l’enfant à la lumière de la science spirituelle ; 5e édition ; Éditions Triades. On trouve une édition plus ancienne téléchargeable sur Internet aux éditions Alice Sauerwein (traduction d’Elsa Prozor) (28 pages) sur la page internet suivante: http://anthroposophie.doc.pagesperso-orange.fr/  au format PDF ou au format epub (lisible sur les lecteurs électroniques).
 
[7]La philosophie de la liberté (Observations de l’âme conduites selon la méthode scientifique) ; Éditions Novalis (Paris) ; 272 pages.
 
[8]C’est nous qui soulignons. Ce passage montre que si l’usage de l’image vivante constitue un puissant moyen d’action (non seulement dans le domaine éducatif d’ailleurs mais aussi dans le champ de la psychothérapie, par exemple), maladroitement utilisé, ce moyen peut s’avérer très destructeur.
 
[9]  Voir la présentation réalisée sur le site de l’IATA : http://www.iata.be/?action=news&id=39
 
[10]La science de l’esprit de Rudolf Steiner est désignée par lui-même aux environs de l’année 1913 par le mot « anthroposophie ». Les personnes qui se réclament de l’anthroposophie sont appelées anthroposophes, ce qui ne signifie évidemment nullement qu’elles œuvrent réellement dans les faits dans l’esprit de recherche initié par Rudolf Steiner ; penser ainsi reviendrait sinon à adopter une conception nominaliste, conception qui appliquée unilatéralement, est à l’antipode de la science de l’esprit d’orientation anthroposophique. Nous y reviendrons plus bas dans le texte.
 
[11]Il est à noter par exemple, qu’en francophonie, beaucoup de personnes ne savent pas faire une différence aussi élémentaire que celle qui concerne la spiritualité d’une part, et la religion d’autre part… dès que l’on formule le mot « spirituel » y est associé le mot « religion », alors que tous deux peuvent très bien n’avoir rien à faire l’un avec l’autre, voire être relativement antinomiques dans telle ou telle situation concrète.
 
[12]Avis a lecteur/lectrice : prière de compléter vous-même.
 
[13]Statuts de l’asbl EVIE parus au Moniteur belge : http://www.ejustice.just.fgov.be/tsv_pdf/2009/10/30/09154002.pdf
 
[14]Pour la petite histoire : une de ces personnalités avait communiqué au début des années 2000 à l’auteur du présent article, divers noms de francs maçons, y compris de « hauts grades » maçonniques, occupant des postes à responsabilité au sein de la Communauté française, de la Région wallonne, de syndicats, de partis politiques, de journaux, au sein du CIAOSN lui-même ainsi que dans la magistrature. Dans le milieu de la maçonnerie, on appelle « frère bavard » un membre de ces confréries secrètes qui révèle des noms de membres (sans leur aval). C’est notamment grâce à ces communications qu’il me fut possible de reconstituer le cheminement qui consista pour des personnalités appartenant à ces milieux (un journaliste et un médecin membres d’une même loge maçonnique) à construire de toute pièce un bobard au sujet de l’implication d’un médecin soi-disant anthroposophe dans le décès tragique d’un enfant (décédé d’un cancer et qui n’avait pas été soigné correctement). Ensuite la Commission d’enquête parlementaire belge sur les sectes, elle-même présidée par un frère maçon, répandit le bobard en question (toutefois en publiant aussi le témoignage de deux membres de la Société anthroposophiques qui démentaient formellement tout lien existant entre ce médecin et l’anthroposophie). Après large diffusion par les médias de ces calomnies dont l’effet était de traîner l’anthroposophie dans la boue, la Communauté française répandit à son tour le bobard dans sa brochure « Gourou gare à toi » en 1999 : « Une enfant, la petite Anaëlle, est décédée après avoir été traitée du cancer selon les préceptes de la secte. Celle-ci nie cependant l’appartenance du soignant à son groupe ». Plusieurs personnes, dont la Société anthroposophique en Belgique, intentèrent une action en justice à l’encontre de la Communauté française. Celle-ci fut condamnée en 2006, mais en appel seulement, après dans un premier temps avoir bénéficié en sa faveur du jugement du tribunal de première instance (détail croustillant : selon le « frère bavard », la magistrate ayant posé le jugement en première instance était elle aussi membre d’une loge maçonnique !).
On comprend évidemment toute de suite aussi pourquoi le Grand Orient ne figure pas sur la liste des organismes ayant fait l’objet d’une quelconque investigation par la Commission d’enquête parlementaire belge sur les sectes, alors que cette organisation présente pourtant toutes les caractéristiques qui justifieraient tout autant, sinon davantage que d’autres, par le noyautage systématique qu’elle opère dans toutes les institutions étatiques, une telle investigation.
 
[15]Pour rappel, ses propos peuvent être consultés sur http://www.ciaosn.be/presse130321-1a.htm
 
[16]Steiner, Rudolf (1997) ; De Jésus au Christ ; Éditions Triades, Paris ; pg 49 ; première conférence, Karlsruhe, 5 octobre 1911.
 
[17]Outre la description des exercices spirituels pratiqués par les novices jésuites dans la conférence citée à la note précédente, le lecteur trouvera aussi sous un autre angle d’approche encore une description de ces exercices et de leurs effets, dans une conférence donnée le 2 novembre 1918 (Dornach) : voir Steiner, Rudolf, (1981), Symptômes dans l’histoire, Éditions Triades ; 8ième conférence.
 
[18]Conférence du 31 octobre 1910 à Berlin. Source sur Internet et explications complémentaires accessibles via  le document de Christian Lazarides intitulé « Des problèmes de fond que pose la pratique astrologique à quiconque se réclame de l’anthroposophie » téléchargeable ici : http://lazarides.pagesperso-orange.fr/, sous le titre « Steiner sur l’astrologie – PDF ».
 
[19]Steiner, Rudolf (1981) ; Symptômes dans l’histoire ; (GA 185) Editions Triades ; 8ème conférence (le 2 novembre 1918) ; pg 154.
 
[20]Steiner, Rudolf (1997) ; De Jésus au Christ ; (GA 131) Editions Triades ; Première conférence (le 5 octobre 1911) ; pg 53.
 
[21]Ce point de vue est développé et approfondi dans l’ouvrage « La Légende du Temple et l’essence de la Franc-Maçonnerie » qui réunit des conférences de Rudolf Steiner données entre 1904 et 1906. Voir Steiner, Rudolf (1999) ; La Légende du Temple et l’essence de la Franc-Maçonnerie ; (GA 93) Editions Novalis ; 403 pages.
 
[22]Op. cit. Voir le chapitre « Repères (Christian Lazaridès) » dans l’ouvrage précité.
 
[23]Notamment dans « Symptômes dans l’histoire », op. cit., ainsi que dans certaines conférences contenues dans les cycles (de conférences) suivants de Rudolf Steiner : « Les arrières-plans spirituels de la Première Guerre mondiale » ; (GA 174b) Editions anthroposophiques romandes ; 431 pages et « L’Europe du Centre entre l’Est et l’Ouest » ; (GA 174a) Editions anthroposophiques romandes ; 366 pages.
 
[24]Steiner, Rudolf (2010) ; L’Europe du Centre entre l’Est et l’Ouest  ; (GA 174a) Editions anthroposophiques romandes ; Cinquième conférence, 18 mars 116 ; pg 133.
 
[25]« Symptômes dans l’histoire », op. cit, pg 164 (neuvième conférence).
 
[26]Il en est de même pour une kyrielle d’autres courants « ésotériques » ou « politiques » qui sont irréductiblement irréconciliables avec l’anthroposophie, tel que le new age et ses innombrables écoles et variantes, diverses formes d’orientalismes, le nazisme, le bolchévisme, etc. Il n’entre pas dans nos possibilités ici de développer davantage ces propos.
 
[27]Op. cité.
 
[28]Nous invitons le lecteur à prendre connaissance à ce sujet du livre très éclairant d’Irène Diet « Jules et Alice Sauerwein et l’anthroposophie en France avec des esquisses biographiques sur Édouard Schuré, Mabel Collins, Simonne Rihouët-Corroze et Elsa Prozor-Auzimour » (1999) téléchargeable sur Internet à l’adresse suivante : http://anthroposophie.doc.pagesperso-orange.fr/
 
[29]Selon les paroles attribuées au Christ lui-même : « Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu.”. Le Nouveau Testament - Marc, XII, 13-17; Matthieu, XXII,21; Luc, XX, 25.
“Ma royauté n'est pas de ce monde.” Jean XVIII, 36 – La royauté dont il est question dans les Évangiles concerne un royaume non pas temporel-matériel, mais un royaume spirituel – suprasensible, auquel l’âme humaine accède consciemment par un chemin de connaissance et d’initiation.
 
[30]Souvent j’ajoute derrière le mot « anthroposophie » les mots « de Rudolf Steiner », car comme nous le verrons ci-dessous et l’avons déjà mentionné plus haut, il existe aussi des « anthroposophies » antagonistes à Rudolf Steiner.
 
[31]« Songez combien on s’efforce ces derniers temps de réprimer l’autonomie des formations en ce sens qu’à toutes les choses qui en dépendent on superpose le principe de l’État. Tout médecin doit aujourd’hui déjà, pour être médecin, passer un examen d’État, ce qui lui donne automatiquement comme une sorte de décoration, le titre de docteur. L’autonomie de l’institution de l’esprit en tant que telle est ainsi totalement réprimée. Il y a de nombreux exemple où règne un véritable enthousiasme dans cette direction. Les gens n’en n’ont jamais assez de l’étatisation de tous les titres possibles. Autrefois, un ingénieur avait quelque chose de commun avec « ingenium ». Or, ce n’est plus cela que l’on recherche aujourd’hui, on recherche les diplômes. Il suffit que soit écrit sur son diplôme « ingénieur », et on se prend tout de suite pour un ingénieur. L’ « ingenium » sans le diplôme, ça ne sert plus à rien. Cette façon de voir fait disparaître de la terre toute conception spirituelle du monde. Les gens ne pensent pas à cela. Ils s’enthousiasment au contraire, dans tous les domaines, pour l’éradication de l’esprit ». Rudolf Steiner (Munich, le 20 mai 1917 – « L’Europe du Centre entre l’Est et l’Ouest » - 8e conférence – GA17Aa).
 
[32]J’ajoute toutefois, et je ne puis que le déplorer, que de trop nombreuses personnes encore se comportent, au sein de sociétés anthroposophiques nationales, en se soumettant pour ainsi dire à l’autorité centrale (concrètement : les dires d’une personnalité deviennent importants selon la fonction que celle-ci occupe au sein de la société anthroposophique, ou selon ses titres). Il s’agit d’une attitude moyenâgeuse qui devrait être considérée comme absurde de la part de personnes qui affirment s’intéresser à l’anthroposophie. Cette attitude qui demeure toutefois encore relativement répandue et en un certain sens entretenue par certaines « autorités » me semble très peu présente en Flandre, et bien davantage en francophonie (Belgique francophone ou France), où la vie sociale et culturelle est encore de manière générale fortement déterminée sur base de titres, positions sociales et fonctions attribuées aux personnes.
 
[33]Ceci par contre n’est pas propre à la pédagogie Steiner : on trouve ainsi aussi toutes sortes d’institutions qui se réclament de la pédagogie Montessori ou Freinet, par exemple, et dont les responsables ou les enseignants ne comprennent pas grand chose au fondement de ces pédagogies. Nous vivons à une époque où l’emballage (la « communication ») compte beaucoup plus que le contenu ; c’est-à-dire une époque caractérisée par la quasi omniprésence de la désinvolture et du mensonge.
 
[34]Par exemple, le siège central de la société anthroposophique à Dornach fait l’objet depuis plusieurs années maintenant d’une tentative de récupération/substitution par un groupe de personnes constitué autour d’une personnalité qui est une voyante stigmatisée, présentée par certains comme œuvrant directement dans la continuité des recherches menées par Rudolf Steiner.
 
[35]Munich, 18 mars 1916 - GA174a – L’Europe du centre entre l’Est et l’Ouest. Editions anthroposophiques romandes (2010).
 
[36]Excepté bien sûr s’il s’agit de publier une annonce portant sur un congrès qui pourrait faire la lumière sur des excès ou des dysfonctionnements internes à des institutions ou au mouvement anthroposophique. Dans un tel cas, la censure peut être d’application (je puis communiquer à titre d’exemple, sur demande, le courrier adressé le 24 mars 2010 par le Président de la Société anthroposophique en France, à l’asbl Institut Rudolf Steiner, organisatrice d’un congrès portant sur le thème « 1910 - 2010 Steiner et l'annonce de la parousie éthérique du Christ ». Il est vrai que lors de ce congrès y étaient identifiées et dénoncées, et sans y mettre des gants, des dérives internes qui guettaient le mouvement anthroposophique).
Un autre exemple concerne la mise en place au début des années 1990 au sein de la Société anthroposophique en Belgique francophone, par le responsable, à l’époque, du Bulletin de la Société, d’un système excluant toute possibilité de débat ou de controverse. Cette personnalité, elle-même membre de la franc-maçonneire, écartait systématiquement toute proposition d’article risquant d’ouvrir une polémique, voire un débat (ne s’agit-il pas d’une attitude plutôt curieuse pour un adepte du libre examen ?).
(note : il est aussi extrêmement symptomatique que cette personnalité fut à la fois membre d’une loge maçonnique et « lecteur de classe » ; pour être plus précis : le seul lecteur pour toute la francophonie belge d’ailleurs à la fin  des années 1990. La seule et unique fois que cette personnalité s’est montrée proactive à mon égard, ce fut lors d’une fête organisée au sein d’une école Steiner, lorsqu’elle me proposa d’entrer… en maçonnerie !).
Les effets à court terme de cette décision consistèrent évidemment à rendre impossible tout débat (débat écrit du moins), pendant plusieurs années. Par la suite, ce dispositif ne s’avéra même plus nécessaire, car le contenu du bulletin, côté francophone, atteignit de tels niveaux de médiocrité (intellectuelle, notamment), et de « vide spirituel », que nulle personne sérieuse ne songerait à publier régulièrement quelque chose dans ce média).
 
[37]J’ai été membre du conseil d’administration de la Société anthroposophique (Vice-Président pendant quelques années), administrateur et Président faisant fonction d’une école « Steiner » pendant près de dix ans, ainsi que très impliqué dans de nombreuses initiatives s’inspirant de l’anthroposophie. Ce qui a motivé ma démission à la Société anthroposophique, n’a rien à avoir avec une prise de distance par rapport à l’anthroposophie dans son esprit originel, mais concerne ma prise de distance à l’égard d’une société et même en grande partie d’un « mouvement » qui eux, se sont avérés de plus en plus distants voire opposés à l’esprit de l’anthroposophie, selon de nombreuses observations qu’il m’a été donné de faire en Belgique francophone, notamment, pendant plus d’une vingtaine d’années. 
 
[38]Relevons ici au passage, la confusion constamment entretenue, entre d’une part, ces structures juridiques que constituent les diverses sociétés anthroposophiques nationales et la société anthroposophique universelle dont le siège social est situé à Dornach, en Suisse, et d’autre part, la « société du congrès de Noël » qui est une autre entité, réelle (mais ésotériquement – son existence est spirituelle). Cette dernière n’a pas ou plus à être confondue avec les entités ou institutions juridiques qui portent extérieurement le nom de sociétés anthroposophiques. Lorsque je fait état ici de la décadence de sociétés anthroposophiques, je parle des structures juridiques et des institutions qui portent extérieurement ce nom, et non pas de la « société du congrès de Noël », qui n’a actuellement plus de pendant juridique (et qui n’a par ailleurs non plus rien d’une société secrète : sa constitution est rendue publique dans les cycles de conférences consacrées au « Congrès de Noël »). Ici encore de nombreuses explications seraient nécessaires.
 
[39]Des récupérations accompagnées de plagiat existaient du temps de Rudolf Steiner. Dans le cas par exemple de Max Heindel, l’ésotérisme de Steiner n’est toutefois pas rejeté, il est simplement récupéré puis défiguré. « Mais tous ce que vous trouvez dans ses livres [de Max Heindel] provient directement de mes conférences entendues ou lues dans les résumés ! Il intitula son livre « Conceptions rosicruciennes ». Ce livre eut un grand succès en Amérique (…) » - (Rudolf Steiner, conférence du 11 mai 1917 – Les arrière-plans spirituels de la première guerre mondiale – GA 174b – Éditions anthroposophiques romandes). Tout semble montrer que l’on va sans doute dans les années à venir vers une amplification du processus de récupération des acquis de surface liés à l’œuvre de Rudolf Steiner, en en rejetant les aspects plus profonds.
 
[40]Il y aurait ici beaucoup à dire sur le scepticisme philosophique, le relativisme et diverses conceptions philosophiques qui, d’une façon ou d’une autre dénient tout fondement à la quête de la vérité. Bien des conceptions de ce type se réfutent aisément. Ce n’est toutefois pas l’objet du présent article de développer cette étude.
 
[41]Tandis qu’au sein de la vie des institutions qui gèrent la vie culturelle actuelle (par exemple) les êtres humains sont tous plus ou moins contraints d’être des « hypocrites », de vivre dans un système de mensonges  et de peurs à tous niveaux (du moins pour peu qu’ils pensent ; les êtres humains qui pensent peu, ne peuvent que difficilement se trouver dans une position hypocrite, puisqu’ils ne font que répéter les poncifs habituels institutionnellement admis) : en effet, celui ou celle qui affiche avec sincérité et franchise le contenu de ses pensées, surtout si elles sont issues d’une recherche créative, active et profonde, doit généralement s’attendre, au sein de la plupart des institutions (écoles, associations, recherche universitaire, institutions de soin, etc.), à en subir des conséquences plus ou moins terribles, notamment d’ordre financier (perte d’emploi ; réduction de sources de financement (subventions…), etc.).
Si les êtres humains veulent se donner la possibilité de vivre en accord avec ce qu’ils reconnaissent individuellement comme étant la vérité, alors ils doivent pouvoir donner forme à des institutions culturelles au sein desquelles ils peuvent manifester pleinement leur penser libre, c’est-à-dire dès lors, ne plus devoir dépendre pour le financement de ces institutions culturelles (dans le sens large de ce terme) de la volonté de tiers extérieurs (par exemple l’État, les partis politiques, le pouvoir académique, etc.). Ceci implique à son tour, de pouvoir trouver les voies qui permettront de donner forme à un circuit de financement de la vie culturelle (et donc de financement des institutions culturelles) fondé sur des choix opérés par les individus eux-mêmes (et non plus opérés par une tutelle infantilisante, celle d’instances extérieures, principalement l’Etat actuellement, comme ceci est quasi généralisé). L’autonomisation croissante de la vie culturelle constitue un des combats majeurs de Rudolf Steiner, d’où est née la « pédagogie Steiner » (pour une explication relative à ces concepts de base, voir notamment www.tri-articulation.info). À ma connaissance, la majorité des enseignants ou responsables d’écoles Steiner connaissent peu ou pas du tout ces fondements, sans quoi on verrait encore émerger bien d’autres attitudes dans ces établissements d’enseignement !
 
[42]« Vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres » - Le Nouveau Testament - Jean – VIII, 32.