
Depuis de nombreuses années, je m'efforce de créer des textes relevant du merveilleux en m'appuyant sur la mode des super-héros, que j'ai toujours aimée, depuis que je suis tout petit. J'adorais les séries de la compagnie Marvel. Mais en réalité je préférais les livres entièrement écrits aux bandes dessinées, et je m'efforçais de trouver de la mythologie équivalente en livre. La question était avant tout celle du merveilleux, mais aussi celle de l'héroïsme. Mon auteur préféré était J. R. R. Tolkien, qui avait bâti toute une mythologie qui faisait l'admiration de Jack Kirby lorsqu'il élaborait son Fourth World pour DC Comics puis The Eternals pour Marvel. Il y avait bien sûr un lien. Mais Marvel avait mis en bande dessinée Conan, et donc j'ai lu abondamment Robert E. Howard. Les autres héros qui avaient été adaptés en bande dessinée faisaient aussi mes délices, comme ceux d'Edgar Rice Burroughs, ou Doc Savage - mais également Thor, et Hercule: je me suis mis à dévorer la mythologie germanique traduite de l'islandais et la mythologie hellénique traduite du grec ou du latin, et j'ai appris le latin pour pouvoir lire Virgile et Ovide dans le texte. D'autres héros sont apparus, ceux notamment de Michael Moorcock, ou ceux de la mythologie égyptienne, ou ceux de la mythologie hindoue, ou ceux de la mythologie bretonne, ou encore irlandaise, et aussi carolingienne. J'aimais tout. Il y a eu un moment où je me suis dit que, sur des blogs, je pourrais créer des super-héros mythologiques, plutôt dégagés de l'obsession de la machine et rattachés aux grandes mythologies, même si je n'excluais pas la science-fiction comme courant particulier du merveilleux. Mais je ne voulais pas en faire une base. J'ai créé Captain Savoy, le bon génie de la Savoie, et le Génie doré de la liberté, protecteur de Paris, puis Captain Corsica, ange de la Corse, et enfin Captain France: pourquoi pas? me suis-je demandé. Dans l'esprit de Tolkien et le sillage du roi Arthur, j'ai également songé à faire de saint Louis le héros d'aventures merveilleuses.
Le directeur des éditions de la Force G a vu ces récits, et m'en a demandé des versions publiables. Il faut les finir. Elles restent en chantier. Mais parfois j'établissais des récits courts, dans des sortes de séries spéciales, et donc ils ont pu être achevés avant les autres. La Force G s'apprête à en faire paraître un recueil, rassemblant, donc, Captain France, saint Louis, Captain Corsica, le Génie d'or et Captain Savoy. S'y ajoute un récit de Voyage au pays des Génies d'Amérique, inspiré par un voyage que j'ai effectivement fait aux Etats-Unis. Mais je n'aime pas tellement raconter ma vie privée en public. J'aime la transposer sur un autre plan, et vivre extérieurement ce que je vis intérieurement. Il s'agit donc d'un voyage intérieur, onirique. En même temps, s'y réflètent, imaginativement, des forces morales qui m'ont paru habiter les Etats-Unis, et qui s'y manifestent, extérieurement, par des formes qu'on peut y voir avec ses yeux physiques, mais qui sont toujours, en tant que telles, restrictives et dénuées de sens. Je crois aux idées vivantes qui essaiment dans le réel physique, mais sous des formes diverses. Cependant, la multiplicité empêche de les saisir. Dans un récit onirique, on peut se centrer sur elles, comme évoluant au sein d'un monde de vivants symboles. Comme ils sont à plusieurs niveaux, selon l'importance des idées générales, on peut plonger toujours plus profond, rêver dans un rêve, en quelque sorte, et c'est ce que je fais dans ce récit sur le mode de l'enchâssement. J'aime ce texte, qui faisait pendant à une réflexion plus philosophique sur les Etats-Unis, s'appuyant davantage sur les formes sensibles, et qui attend son éditeur.
Mes super-héros doivent beaucoup au thème des génies tutélaires de l'antiquité mythologique, qui se recoupe sous ce rapport avec les asiatiques, et même les mythologies populaires régionales: celle de Savoie, en particulier, puisque je la connais très bien. Mon ami François Ploton-Nicollet, grand latiniste, me disait qu'à Rome à la fin le génie de la cité était assimilé à une sorte de Lare universel. Il était divinisé. En Savoie, le génie domestique s'appelle le Sarvant. On pourrait aussi en faire une divinité tutélaire générale. Ou un super-héros. Si on accepte de le mouvoir, et de le mêler à l'humanité, d'une façon ou d'une autre. Un mortel peut acquérir les qualités d'un génie tutélaire, comme cela arrive dans les Métamorphoses d'Ovide, et comme c'est en réalité le cas de Captain Marvel de DC Comics, apparaissant d'un mortel ordinaire après qu'il a dit Shazam, selon le don d'un mage immortel. Ou il peut être à demi immortel, soit qu'il vienne d'une autre planète comme Superman, ou qu'il soit né d'un être surnaturel comme un certain super-héros français de DC appelé Phantasmo, né d'un être élémentaire et d'une femme - à peu près, au fond, comme Merlin l'enchanteur, autrefois. Ou alors il est franchement immortel et il prend un corps d'être humain pour agir sur Terre, comme Wonder Woman, ou Thor. Cela dépend. Les mutations génétiques sont une manière très humaine, ou très terrestre de se métamorphoser, et Marvel s'en est fait le spécialiste. Mais la Providence se tient, quoique subtile, derrière: c'est difficile à nier. Un don d'une épée magique par un ange fait aussi de Roland une sorte de super-héros: une technologie extraterrestre ou futuriste a un effet semblable.
Mais il ne s'est pas agi pour moi de combiner des données intellectuelles. Il s'est agi de créer une logique interne à partir de ce que dégageait un personnage. Les références étaient des pistes, ou des rampes pour aider, sur ces chemins incertains entre le vide, le réalisme excessif, et la fantasmagorie incompréhensible. Mon éditeur m'a d'ailleurs aidé à rester sur un fil clair, souvent. Ce n'est pas si facile, quand on veut rester sur la tranche mince qui sépare ce monde de l'autre: la Corse réelle du monde des génies dont est issu son gardien éternel. Des récits ultérieurs seront publiés, qui donneront plus d'éclaircissements sur les origines de ces héros supérieurs, liés à des forces supérieures, radioactives, magnétiques, ou simplement divines. En attendant, je vous invite à précommander ce livre, Introduction aux super-héros révélés au monde, suivi de Voyage au pays des Génies américains, chez l'éditeur. La sortie mondiale est prévue pour le 6 avril à l'occasion du salon des éditeurs de Saint-Etienne, en Forez: la Force G est l'un d'eux.