Paroles d'introduction de la deuxiième conférence du livre
« Science du Ciel - Science de l'Homme »,
Rudolf Steiner - Stuttgart, le 2 janvier 1921
Éditions Anthroposophiques Romandes 1993, GA323
Le titre mentionné ci-dessus est un ajout de la rédaction de soi-esprit.info
J’ai présenté hier, dans une sorte de relation mutuelle, deux branches de la science qui, selon nos conceptions actuelles, apparaissent au départ fort éloignées l’une de l’autre. J’ai tâché de montrer en effet que la science astronomique doit nous donner certaines connaissances qui doivent être exploitées dans une tout autre branche de la science, de laquelle, en fait, on exclut aujourd’hui complètement une telle considération se rapportant à des faits astronomiques ; j’ai tâché de montrer, en d’autres termes, que l’astronomie doit être reliée à l’embryologie, que l’on ne peut comprendre les phénomènes du développement de la cellule, et tout particulièrement des gamètes, sans faire appel aux faits de l’astronomie, apparemment si éloignés de l’embryologie.
J’ai indiqué comment une véritable redistribution devra intervenir au sein de notre vie scientifique, étant donné que l’on se trouve aujourd’hui devant le fait que tout simplement la personne qui passe par une certaine formation se familiarise seulement avec les catégories scientifiques actuelles strictement délimitées et qu’elle n’a pas ensuite la possibilité d’appliquer ce qui est ainsi traité uniquement en catégories scientifiques strictement délimitées à des domaines qui sont proches quant au fond, mais qu’il n’apprend à connaître que selon des points de vue d’après lesquels ils ne montrent pas leur aspect complet.
Si tout simplement il est vrai – ainsi que cela apparaîtra au cours de ces conférences – que nous ne pouvons comprendre les stades successifs du développement embryologique de l’être humain que si nous comprenons leur image polaire, les phénomènes célestes, si cela est vrai – et il apparaîtra justement que cela est vrai –, alors nous ne pouvons pas cultiver l’embryologie sans cultiver l’astronomie.
Et nous ne pouvons pas, de l’autre côté, cultiver l’astronomie sans opérer certaines ouvertures sur les faits embryologiques. Avec l’astronomie, nous étudions alors bien quelque chose qui montre vraiment son action la plus significative dans le développement de l’embryon humain. Et comment pouvons-nous donc nous expliquer sur le sens et la logique des faits astronomiques, si nous ne mettons pas du tout en rapport avec eux ce dans quoi précisément ils témoignent de ce sens et de cette logique ?
Vous voyez qu’il y a beaucoup à faire pour aboutir à une vision du monde logique en sortant du chaos dans lequel justement nous sommes dans la vie scientifique. Mais si l’on ne prend que ce qui est aujourd’hui courant, il devient extrêmement difficile de saisir, ne serait-ce que dans une idée générale, quelque chose comme ce que j’ai caractérisé hier.
Car c’est l’évolution même au cours des temps qui a eu pour conséquence que l’on n’appréhende les faits astronomiques que par les mathématiques et la mécanique et que l’on comprenne les faits embryologiques d’une manière telle que, pour eux, on fasse totalement abstraction de tout ce qui est mathématique-mécanique, ou bien que, tout au plus, lorsqu’on met en rapport le mathématique-mécanique avec eux d’une certaine manière, on le fasse d’une façon tout à fait extérieure, sans prendre en compte où est l’origine de ce qui pourrait s’exprimer aussi en tant qu’élément mathématique-mécanique dans le développement embryologique.
Maintenant il suffit d’indiquer une parole que Gœthe a exprimée à partir d’un certain sentiment, j’aimerais l’appeler un « sentiment connaissant », mais qui, dans le fond, signale quelque chose d’extrêmement important. Vous pouvez lire à ce sujet dans les « Dits en prose » de Gœthe[1] et dans le commentaire que j’ai ajouté dans l’édition de la « Deutsche National-Litteratur », où je parle en détail de ce passage. Là, Gœthe dit que l’on observe les phénomènes naturels de façon tellement coupée de l’homme que l’on est de plus en plus poussé à ne regarder les phénomènes naturels que de façon à ne plus prendre du tout en compte l’être humain.
Il croyait, par contre, que les phénomènes naturels ne montrent leur véritable signification que lorsqu’on les envisage sans cesse en rapport avec l’homme, avec l’organisme humain tout entier. Par là Gœthe a indiqué une forme de recherche qui est aujourd’hui fondamentalement réprouvée. On est censé aujourd’hui parvenir à l’objectivité en faisant des recherches sur la nature dans une complète dissociation d’avec l’être humain. Or, cela apparaît de fait tout particulièrement dans des branches de la science telles que l’astronomie.
Là, c’est un fait que, déjà aujourd’hui, on ne tient absolument plus aucun compte de l’être humain. On est, au contraire, devenu fier de ce que les faits apparemment objectifs aient mis au jour ce résultat, que l’homme n’est qu’un grain de poussière sur la Terre, laquelle s’est concentrée en une planète, laquelle Terre se meut dans l’espace, tout d’abord autour du Soleil, et ensuite avec le Soleil, ou autrement, dans l’espace.
Et l’on n’aurait pas besoin de tenir compte de ce grain de poussière, qui circule là sur la Terre ; et l’on n’aurait à prendre en compte que ce qui est « extra-humain », lorsqu’on considère avant tout les grands phénomènes célestes. Seulement, la question se pose de savoir si, de cette manière, peuvent vraiment être atteints de réels résultats.
Je voudrais rendre attentif encore une fois à ce que doit être le déroulement de nos considérations pour ces conférences précisément : ce que vous ressentirez comme des preuves n’apparaîtra qu’au fur et à mesure des conférences. Beaucoup de choses doivent aujourd’hui être tirées de l’observation afin d’élaborer tout d’abord certains concepts. Nous devrons commencer par élaborer certains concepts qu’il nous faut avoir au départ et ensuite nous pourrons progresser dans la vérification de ces concepts.
[1] Il s’agit sans doute de la phrase : « L'homme ne saisit jamais à quel point il est anthropomorphique » (J.-W. Goethe, Naturwissenschaftliche Schriften, Band V, Dornach, Rudolf Steiner Verlag, 1982, p. 353)
Rudolf Steiner