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Que se passe-t-il réellement derrière les murs des écoles privées à projet religieux ou spirituel? Quelles valeurs y sont véhiculées?

 

La chercheuse Stéphanie Tremblay dépasse les idées préconçues et braque les projecteurs sur trois écoles à projet religieux ou spirituel de Montréal : une école juive, une école musulmane et une école Steiner. Bien que celles-ci s’opposent a priori aux valeurs et aux normes dominantes de la société environnante, en assurant la transmission d’une foi religieuse et/ou la consolidation d’une identité communautaire distincte, elles attestent d’autres dimensions de la modernité, dont une citoyenneté «pluraliste», une universalisation de leur conception du religieux et la poursuite de l’excellence sur le plan scolaire. Plutôt que de contribuer à la fragmentation sociale et à l’endoctrinement religieux tant redoutés de l’opinion publique, les écoles privées religieuses semblent plutôt participer à une réinvention de la religion sur de nouvelles bases, en tenant compte du contexte social.

 

Stéphanie Tremblay a publié un livre issu de sa recherche doctorale sous le titre :  « L’école juive, musulmane et Steiner - Pluralité des voies éducatives » aux presses de l'Université du Québec.

Voir aussi l'interview qui est consacrée à cet ouvrage, ici : 

http://cjf.qc.ca/vivre-ensemble/webzine/article/entretien-avec-stephanie-tremblay-sur-son-livre-les-ecoles-juives-musulmanes-et-steiner/

 

Enfin, un article scientifique rédigée par le même auteur est accessible en ligne: https://www.erudit.org/fr/revues/du/2012-v12-n2-du01192/1022850ar.pdf

En conclusion de son article, la chercheuse écrit:

"L’une des principales critiques exprimées à l’égard des écoles religieuses indique que l’institution favoriserait la reproduction d’une lignée identitaire au détriment de la formation du citoyen. Or, notre exploration empirique de cette apparente contradiction a plutôt illustré que l’appartenance communautaire et l’appartenance citoyenne peuvent être conciliées de diverses manières, à tout le moins dans le discours des enseignants. Nos résultats illustrent en effet que les trois écoles étudiées développent des conceptions de la citoyenneté articulant dans un « particularisme universel » (Riedel 2008) une volonté de participation au reste de la société et l’attachement à un vecteur identitaire particulier, servant de dais sacré aux valeurs civiques. Sous cet éclairage, de tels contextes éducatifs apparaissent moins comme des « ghettos » que comme des lieux de réappropriation positive d’une identité collective et un levier d’intégration sociale en contexte minoritaire. Il faut toutefois noter que notre analyse n’a pas directement permis de mettre en perspective la dimension politique de la citoyenneté véhiculée à l’école, alors qu’il s’agit également d’un élément essentiel de l’apprentissage de la délibération démocratique.

Plusieurs enseignants interviewés ont certes manifesté la volonté de sensibiliser leurs élèves à la différence, notamment par le développement de « bonnes » valeurs et pratiques sociales, mais rien ne dit que le rapprochement avec les autres traditions ait effectivement lieu dans la sphère publique. Or, c’est justement là que réside le principal défi de la citoyenneté contemporaine, et il conviendra de l’explorer plus amplement dans d’éventuelles recherches empiriques.

Aussi, plusieurs autres pistes de recherche découlent de cette étude. On peut entre autres se demander ce qui en est des écoles publiques, auxquelles on appose souvent le préjugé inverse. Plusieurs spécialistes de l’éducation statuent en effet que l’école publique commune intègre par défaut les enfants en les formant de manière optimale à la diversité. Cependant, peut-on conclure que la connaissance de la différence, dans le secteur public, conduit forcément à l’émergence de la tolérance et de l’ouverture à l’autre? Après avoir exploré la conception du citoyen à l’intérieur d’écoles emblématiques d’une relative absence de pluralisme, il conviendrait ainsi d’aborder la facette inverse, à travers des écoles marquées par une forte diversité interne, ethnique et religieuse."