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Site dédié à la Science de l'Esprit de Rudolf Steiner

Questionnements, essais et considérations portant sur divers aspects liés à la science de l'esprit (science initiatique moderne) de Rudolf Steiner

Citation
  • « Les jugements conformes à la réalité ne se laissent pas formuler facilement, surtout pas lorsqu'ils touchent à la vie sociale, à la vie humaine ou politique, car dans ces domaines le contraire de ce que l'on pense est presque toujours tout aussi exact. Par contre, si l'on essaie de ne prononcer absolument aucun jugement, mais de se faire plutôt des images, c'est-à-dire si l'on commence à s'élever jusqu'à la vie imaginative, alors seulement on peut se rapprocher de la bonne voie. À notre époque, il est capital d'essayer de se faire des images, et non de porter des jugements qui à la vérité sont abstraits et définitifs. Ce sont aussi les images qui pousseront à la socialisation. Et puis, sachons encore qu'il n'y aura pas de socialisation tant que l'être humain ne cultivera pas la science de l'esprit. Deux choses lui sont donc nécessaires : d'un côté la liberté de la pensée, et de l'autre la science de l'esprit. »

    Dornach, 6 décembre 1918 – GA186

    Rudolf Steiner
(Temps de lecture: 5 - 9 minutes)

Vérité et mensonge

 

Extrait du reccueil de conférences « Les arrière-plans spirituels de la Première Guerre mondiale »
Stuttgart, le 23 avril 1918 - 14ème conférence
Rudolf Steiner – GA174b
Éditions anthroposophiques romandes (2010) -
Traduction : Jean-Marie Jenni

(…) Je disais que nous avons à prendre en compte les forces spirituelles qui interviennent dans le monde physique habituel. Nous avons toujours considéré que l’être humain, au cours de sa vie, est au cœur de trois courants de forces : les courants luciférien, ahrimanien, et le courant essentiellement propre à l’humanité. J’ai souvent indiqué également qu’on ne pouvait pas dire : « je veux éviter le courant luciférien ou le courant ahrimanien », car c’est en voulant cela qu’on s’y plonge davantage. Il faut au contraire être au clair là-dessus, étudier le fait que l’être humain est au cœur de ces trois courants. Il s’agit d’accueillirdans la vie le savoir de la présence de Lucifer et d’Ahriman.

Or l’impulsion luciférienne a inspiré au premier chef bien des éléments de la vie sociale et de la structure historique de l’humanité au cours des derniers siècles, voire des millénaires. On pourrait évoquer beaucoup, beaucoup d’éléments issus d’impulsions lucifériennes, mais je n’en mentionnerai qu’un seul où chacun reconnaîtra facilement l’action luciférienne.

L’orgueil et la vanité jouent un rôle immense dans l’attitude que l’homme prend dans tous les pôles et à tout point de vue de la vie. Combien de personnes occupent leur poste pour avoir été flattées ou piquées dans leur orgueil par la structure sociale ? Tous les titres, les rangs et les ordres ne reposent en définitive que sur l’élément luciférien. Demandez-vous, sans faire valoir quelque préjugé, quelle part il y a de réponse à l’hameçon de l’orgueil (cet appât de l’orgueil) dans la position qu’occupent les gens. Voyez comment la position des uns au-dessus ou au-dessous des autres, est l’effet d’une structure sociale qui calcule avec l’orgueil.

C’est un domaine où Lucifer a véritablement joué un rôle extrêmement important.

Considérons un autre phénomène que l’on commence à pratiquer et à admirer. Or c’est bien au sein de notre science de l’esprit qu’est le lieu où il faut observer ces choses d’un regard adéquat. Voyez ce qui apparaît de plus en plus et sous bien des formes en ce moment, je veux parler des examens d’aptitude (ou tests d’intelligence). Ces tests sont destinés à trier enfants et jeunes gens selon leurs aptitudes. Ces tests menacent de se développer en une vraie idolâtrie. Car comment procède-t-on ? On a des psychologues de formation, qui ne comprennent certes rien aux âmes, mais en revanche tout de la psychologie. Ces psychologues sont formés selon les méthodes actuelles et se croient ainsi capables de sélectionner enfants et jeunes gens afin, plus tard, de mettre les bonnes personnes aux bons endroits,... évidemment. Ainsi à l’avenir on comptera moins sur l’appât de l’orgueil et de la vanité, du moins le croit-on, et d’autant plus sur la vertu des tests d’intelligence. Ces tests d’intelligence sont fondés sur la rapidité de la compréhension et sur la faculté de mémorisation. On énumère par exemple une suite absurde de mots, et celui qui les mémorise le plus rapidement reçoit la meilleure note. On fait un test d’intelligence en donnant aux candidats une liste de mots sans rapport entre eux. On donne par exemple les mots « cambrioleur » et « miroir » et on invite l’élève à les mettre ensemble. Le premier dira : le cambrioleur s’est vu dans un miroir. L’autre dira : J’ai un miroir dans ma chambre, un cambrioleur s’approche et je le vois. Le deuxième, ayant fait une phrase plus compliquée, aura la meilleure note, il est plus doué que le premier. On ne manque pas non plus d’édifier des statistiques, et on va ainsi à la pêche des plus intelligents. Ils seront ensuite choisis pour occuper les bonnes places.

Et voyez-vous, si vous vous élevez contre ces pratiques sur la foi de présupposés tels que nous les faisons ici, si vous réfutez ces merveilleux acquis de la science moderne, vous passez pour un demeuré, un lourdaud qui n’y comprend rien.

Regardons cela selon nos connaissances ! Qu’examine-t-on ainsi chez l’être humain ? On n’examine rien qui soit en rapport avec l’âme. Il suffit de réfléchir à ceci : si on avait appliqué ces tests aux hommes qui ont apporté les choses les plus grandioses à l’humanité, on aurait dû conclure qu’il s’agissait des moins doués. Prenez le célèbre Helmholtz ; si on l’avait examiné avec ces nouveaux tests, il n’aurait pour sûr jamais atteint le poste qu’il a occupé. Ces tests d’intelligence n’ont absolument rien à voir avec le développement des facultés de l’âme individuelle humaine, mais bien davantage avec la somme des forces ahrimaniennes qui se cachent en l’être humain. On ne mesure pas ainsi l’être humain mais les forces ahrimaniennes qui sont en lui. Tandis que par le passé on a édifié une structure sociale en ne comptant que des forces lucifériennes maintenant on ne veut compter que sur les forces d’Ahriman. Évidemment, ces choses ne seront perçues que par ceux qui veulent approcher le monde par les connaissances de la science de l’esprit, car cette méthode des tests d’intelligence est portée aux nues dans les journaux comme étant une acquisition des plus éminentes de notre époque et comme étant appelée à structurer le futur ordre social. Le public qui ne croit plus en aucune autorité[1], ce pauvre public, il n’a aucun moyen de penser aux conséquences d’une telle pratique. Il n’a aucun moyen de s’en former des concepts clairs. Or c’est cela qui importe.

À la suite de tout ce que nous avons placé devant notre regard, vous aurez la bonne question si vous cherchez aujourd’hui des concepts sur ce qui doit se passer prochainement dans l’humanité au sens de la science de l’esprit. Vous vous emploierez alors à comprendre les individualités humaines, afin de leur apporter ce à quoi il faut qu’elles s’intéressent. Vous n’en viendrez pas à évaluer les aptitudes ahrimaniennes, car celles-ci ne conduiront qu’à traiter toute l’humanité comme un simple ensemble de machines. Par les tests d’intelligence on ne fait qu’examiner l’esprit à la surface de la corporéité, on n’évalue l’être humain qu’en ce qu’il y a en lui de mécaniqueOn établit ainsi un tri social qui ne cherche à mettre aux commandes que le meilleur genre de machine physique. On ne réfléchit pas à ce qui se trouve au fond de l’âme, et ce qui se trouve au fond de l’âme ne peut jamais faire surface par des tests de ce genre. 

Je ne reproche à personne d’idolâtrer ce genre de choses, car celui qui n’a jamais rencontré la science de l’esprit ne peut guère faire autre chose que de s’adonner à ce malheur : considérer cela comme la chose la plus intelligente à faire à notre époque ! Or cela conduit à éloigner totalement l’être humain de la réalité de la vie humaine. Cela conduit dans les régions de l’abstraction, dans un monde où ne règne que la spiritualité morte d’Ahriman. Ces évolutions sont extrêmement graves, et il s’agit de considérer très sérieusement cette façon d’abstraire l’humanité de la réalité. C’est ce qu’on fait très intensivement aujourd’hui : abstraire l’être humain de la réalité. Car celui qui perd le sens de la réalité de l’esprit perd peu à peu également le sens de la réalité extérieure qui l’entoure au quotidien, s’il n’est pas obligé de la prendre en compte par son métier ou autre. (...)

 

[1] Ndlr : Ici Rudolf Steiner est bien sûr ironique ! Il ne cesse de montrer maints exemples en d’innombrables conférences montrant à quel point le public croit en l’autorité (de la science principalement à notre époque ; auparavant il s’agissait de la croyance en l’autorité de l’Église)

[Caractères gras et italique S.L.]

Rudolf Steiner

 

Note de la rédaction
Un extrait isolé issu d'une conférence, d'un article ou d'un livre de Rudolf Steiner ne peut que donner un aperçu très incomplet des apports de la science de l'esprit d'orientation anthroposophique sur une question donnée.

De nombreux liens et points de vue requièrent encore des éclairages, soit par l'étude de toute la conférence, voire par celle de tout un cycle de conférence (ou livre) et souvent même par l'étude de plusieurs ouvrages pour se faire une image suffisamment complète !
En outre, il est important pour des débutants de commencer par le début, notamment par les ouvrages de base, pour éviter les risques de confusion dans les représentations.

Le présent extrait n'est dès lors communiqué qu'à titre indicatif et constitue une invitation à approfondir le sujet.
Le titre de cet extrait a été ajouté par la rédaction du site  www.soi-esprit.info  

 

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