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Extrait de la 1ère conférence du cycle « L'Univers, la Terre et l'Homme » (4/08/1908) - Rudolf Steiner – GA 105
Éditions Triades - Traduction Raymond Burlotte

 

(...) En quoi consiste le matérialisme de notre époque?

Essayons d'en saisir le caractère essentiel. Dans la plupart des milieux, les hommes ont perdu cette harmonie qui permet de concilier le savoir et la foi. Que trouvent-ils lorsqu'ils cherchent une réalité spirituelle? Rien! Ils ne voient plus que la matière physique. C'est elle qu'ils appel­lent la réalité et ils en arrivent à nier toute existence spiri­tuelle, à croire que la vie humaine est finie lorsque le cadavre tombe en poussière. Ils ne voient rien s'élever et entrer dans les mondes spirituels. Comment cet état d'es­prit peut-il se rattacher à des idées qui auraient été semées à une époque où, comme dans l'Égypte antique, on croyait fermement à la survie de l'âme? Les grandes périodes de civilisation ne ressemblent pas aux plantes, qui reproduisent toujours des plantes identiques. Dans l'évo­lution, un certain caractère doit faire place à un autre qui ne lui ressemble apparemment pas, bien que d'étroites et profondes parentés existent entre eux.

Le regard de l'homme moderne ne s'attache qu'aux réa­lités physiques, et ne peut s'élever du corps vers l'esprit. Les âmes, dont le regard ne voit aujourd'hui que les corps physiques, ont jadis été incarnées dans des corps de Grecs, de Romains, d'anciens Égyptiens. Et tout ce qui vit en nous actuellement est le résultat de ce que nous avons amassé dans des vies antérieures.

Imaginez que votre âme soit incarnée dans un corps de l'époque égyptienne. À la mort, votre âme repasserait par le dédale des pyramides jusqu'aux sphères supérieures, mais votre corps serait conservé à l'état de momie. Cela avait une conséquence occulte. L'âme devait sans cesse regarder vers ce corps momifié qu'elle avait laissé sur terre; et par là ses pensées prenaient un aspect ossifié, elles se sclérosaient. Elles étaient comme ensorcelées dans le monde physique. Parce que l'âme égyptienne a été ainsi contrainte à baisser son regard, depuis les régions de l'es­prit, vers le corps momifié, l'idée s'est enracinée en elle que ce corps physique est une réalité plus grande que ce qu'il est vraiment. Si vous vous plongez ainsi dans votre âme de jadis, contemplant la momie laissée sur terre, vous sentirez comment la pensée que vous aviez de votre forme phy­sique a pu se durcir. Cette pensée, après s'être transmise au cours des incarnations, réapparaît aujourd'hui par ce fait que les hommes ne peuvent plus se détacher de leur forme physique corporelle. La forme de pensée matérialiste est bien souvent le résultat de la momification des corps à l'époque égyptienne.

Vous voyez ainsi comment, d'incarnation en incarna­tion, agissent pensées et sentiments. C'est ce qui vous amènera à pressentir de quelle manière, au moyen de la réincarnation, des civilisations se survivent, mais sous des formes toutes différentes; vous sentirez les innombrables liens occultes qui agissent sans qu'on les remarque. (...)

Rudolf Steiner

 

 

Ndlr : Un extrait isolé issu d'une conférence, d'un article ou d'un livre de Rudolf Steiner ne peut que donner un aperçu très incomplet des apports de la science de l'esprit d'orientation anthroposophique sur une question donnée. De nombreux liens et points de vue requièrent encore des éclairages, soit par l'étude de toute la conférence, voire par celle de tout un cycle de conférence (ou livre) et souvent même par l'étude de plusieurs ouvrages pour se faire une image suffisamment complète ! Le présent extrait n'est dès lors communiqué qu'à titre indicatif et constitue une invitation à approfondir le sujet.