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Citation
  • «Pour celui qui professe vraiment l’anthroposophie dans un esprit authentique, le nom d’Anthroposophie est tout à fait indifférent. C’est la cause qui lui importe. Et cette cause est celle de l’être humain en général. Et lorsqu’elle aborde un domaine déterminé, elle ne peut oeuvrer que dans un esprit d’humanité le plus général. Lorsqu’une secte ou un parti veut se manifester par la fondation d’une école, que cette secte soit appelée adventiste ou moniste, l’école qu’elle fondera sera l’école d’une secte. Anthroposophie, par nature, ne peut pas faire cela. Anthroposophie ne peut fonder qu’une chose foncièrement humaine.»
    Stuttgart, 23 janvier 1923 - GA257

    Rudolf Steiner
(Temps de lecture: 3 - 6 minutes)

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Dans son traité sur les Contes de fées, J. R. R. Tolkien (1892-1973) évoquait la Machine à explorer le temps de H. G. Wells (1866-1946) comme contenant des éléments féeriques, ce qui, pour lui, signifiait une manifestation imaginative, mise en récit, de vérités spirituelles; mais, dans le même temps, il dénonçait le moyen par lequel le personnsage de Wells pénétrait dans le monde symbolique, ou féerique, des Eloas et des Morlocks manifestant ces principes spirituels: la machine. À ses yeux, cela n'avait pas de logique, parce qu'il regardait la machine comme spirituellement vide, faisant écho, consciemment ou non, à ce que Rudolf Steiner en avait dit. Elle ne pouvait donc pas mener à un monde plus vrai, parce que plus intensément spirituel comme est celui du conte de fées.

Il n'en demeure pas moins que la science-fiction a souvent utilisé l'idée des machines merveilleuses pour en réalité faire entrer ses lecteurs dans le mythe. Il peut s'agir d'une simple stimulation intérieure: l'imagination, d'abord, physique, portant d'abord sur ce que peuvent réaliser des machines encore à construire, se prolonge ensuite dans l'intériorité humaine, et les deux plans se mêlent indistinctement. C'est sans doute pourquoi il a été souvent dit que la littérature populaire, largement fondée sur l'imagination, contenait des vérités spirituelles dont ne voulait pas la littérature bourgeoise, foncièrement rationaliste.

Sans doute, cette littérature populaire motive peu ses inventions, a une pensée, une philosophie souvent défaillante, et mêle l'imagination vraie à l'hallucination fausse: Tolkien le dénonçait chez Wells, et quelques anthroposophes extrêmes, notamment au Goetheanum, en jugent de même de Tolkien, à son tour. Tout est une question de degré. René Guénon (1886-1951), le grand occultiste français, jugeait, lui, que H. P. Blavatsky (1831-1891) et Steiner étaient aussi trop fantaisistes. Mais pour le coup il manquait d'imagination, je pense. Chacun voit l'équilibre où il peut, mais il est certain que l'imagination est un moyen nécessaire à l'entrée de l'âme dans le monde spirituel: François de Sales (1567-1622) l'a dit, et le bouddhisme l'a constamment confirmé. La rejeter est faire preuve de trop d'orgueil, assurément.

Et il se trouve que la littérature populaire anglaise et américaine, soutenue par un marché absolument libre, a souvent pénétré des mystères d'une façon inattendue, certes en les mêlant chaotiquement de fantaisies vides de sens, mais d'une beauté et d'une profondeur qui n'en sont pas moins frappantes en soi. Non surveillée par les instances académiques, universitaires ou étatiques, elle a accompli le programme de la triarticulation sociale en un de ses points majeurs: la libéralisation totale de la sphère culturelle. L'humanité en avait certainement besoin. On méconnaît qu'une grande partie de l'attrait qu'exerce l'Amérique sur le monde réside essentiellement en cela.

Qu'on ne dise pas que cela soumet la culture au capitalisme: le libre commerce des produits culturels n'empêche absolument pas les dons, bien au contraire. Pas même ceux des institutions publiques. On a vu, récemment, l'Opéra de New York commander pour trois cent mille dollars à Philip Glass un opéra sur Christophe Colomb (The Voyage, 1990), qui mêlait à l'histoire les considérations mystiques et était plein d'imagination: le récit s'ouvre sur la musique des sphères, des extraterrestres arrivent et fondent les grands courants de la Civilisation, et à la fin Colomb s'élance, affranchi de son corps, vers les étoiles. Ce spectacle résolument akashique n'a pas d'équivalent en Europe où, comme s'en est plaint Steiner, on n'ose pas la mythologie, ou même, on la combat. Tant que cela restera le cas, elle ne pourra pas rivaliser avec l'Amérique ou l'Asie, qu'elle parle allemand, français ou russe.

La série télévisée Star Trek, longtemps occultée en France, longtemps rejetée des écrans, contenait, sous des prétextes de divertissement et de glorification des machines, des éléments également akashiques, notamment le personnage fondamental et magistral de M. Spock, être étrange, ne raisonnant que mathématiquement, et fils d'une Terrienne et d'un homme de la mystérieuse planète Vulcain, que le créateur de la série, Gene Roddenberry (1921-1991), a évidemment prise de Blavatsky: en fait indirectement, puisque, les historiens du cinéma l'ont établi, cela venait de son contemporain Manly P. Hall (1901-1990), qu'il vénérait et dont il suivait les conférences, et qui, de son côté, admirait Blavatsky et piochait dans ses livres ce qu'il communiquait au public.

Les oreilles pointues de M. Spock ne laissent aucun doute sur l'assimilation de Vulcain à une planète d'elfes ou de démons, mais évidemment, dans la série, comme du reste chez Blavatsky, ils décident de communiquer des vérités utiles à l'humanité, destinées à l'aider dans son évolution. La production d'un être hybride, mi-Terrien, mi-Vulcanien, a ainsi quelque chose de providentiel, même si elle a été animée par le désir érotique de l'espèce d'ange tombé qu'était le père de M. Spock. Rappelons en effet que chez Blavatsky Vulcain était une planète immatérielle située entre la Lune et Vénus, et diffusant des messages, secrètement, aux inspirés, poètes ou théosophes, pour aider l'humanité à évoluer. H. P. Lovecraft (1890-1937) reprendra lui aussi de semblables thématiques, dans ses contes effrayants mais grandioses.

Les rationalistes qui aiment les imaginations de machines ne veulent pas qu'on parle de ces liens entre la culture populaire et la théosophie, mais ils sont réels, parce que toute forme culturelle, même mal contrôlée, même mal orientée philosophiquement, même vague dans ses pensées, tend à l'exploration imaginative du monde spirituel. C'est précisément pour cela qu'en son sein, comme au sein de toute la culture, la liberté apparaît comme absolument nécessaire. L'être humain tend naturellement à la Connaissance: il la désire spontanément. Il n'est pas vrai qu'il tend spontanément à la superstition, à l'obscurantisme, comme le disent ceux qui en général le disent pour justifier le contrôle qu'ils exercent sur la culture, contrôle qui n'empêche absolument pas l'obscurantisme et la superstition, dont personne n'est jamais complètement exempt, mais qui empêche évidemment la libre concurrence dans la recherche du vrai, ou du bien, ou du beau, ce qu'on voudra, et tend essentiellement à conserver aux mêmes la prééminence en la matière. Ce qu'en Amérique on accepte à cet égard de remettre constamment en question, en Europe, on entend le conserver dans des formes consacrées, susceptibles, pense-t-on, de sauver l'humanité. Mais le résultat n'est pas celui escompté: l'humanité n'est sauvée que par son évolution, qui comprend des risques. Et s'il faut rester prudent, rationnel et intelligent, il faut aussi, je crois, accepter le risque.

 

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