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"Les paysages cultivés européens sont l'oeuvre de l'ancienne culture paysanne provenant des peuples christianisés d'Europe. Mais ces populations traditionnelles sont en disparition et ceci a conduit l'agriculture dans une crise sans précédent. Chacun connaît des aspects de cette crise mais on en reste à la surface."

(L'article ci-dessous est tiré et remanié d'un article paru dans Lebendige Erde)

 

Toute personne née dans un peuple d'Europe a l'impression plus ou moins nette que le paysage dans lequel elle a passé son enfance et son adolescence est sa "patrie". Le terme de patrie n'exprime pas seulement le peuple dans lequel on est né, ou dans lequel on s'exprime dans la langue maternelle, mais en particulier l'environnement terrestre dans lequel on a grandi. Le Hollandais ressent peut-être cette impression de patrie devant le paysage dominé par un ciel dont les nuages s'entassent sur un horizon bas ; l'Anglais, quant à lui, ressent peut-être sa patrie dans la nature des arbres larges et amples et la multiplicité des nuances vertes de ses paysages; le Russe dans la terre sacrée insondable, "la petite mère" de Russie. Dans la jeunesse, notre environnement natal avec ses champs, ses collines et ses vallées est encore assez restreint. Avec l'âge, ce territoire peut s'élargir au territoire de toute une région. On se sent chez soi par exemple dans le Jura souabe, le Thuringe, l'Alsace ou dans une vallée suisse. Plus tard  encore, notre impression de patrie peut s'élargir au territoire de tout un ensemble de peuples. On s'identifie à ce territoire. Ce fait est particulièrement vrai en Europe de l'ouest. Les frontières géographiques et historiques de la France font  intimement partie du sentiment du Français. De même le statut d'insularité, la "splendid isolation", fait partie du sentiment de l'Anglais. À l'opposé, les peuples d'Europe de l'est se sentent beaucoup plus profondément liés à de vastes territoires aux limites mobiles qui évoluent. Il ne faut pas se laisser tromper par les frontières politiques de l'est de l'Europe. Il ne s'agit pas de frontières historiques, mais le plus souvent de divisions abstraites entre les peuples qui, de par leur nature, nécessiteraient des limites fluides. Ces tendances opposées s'interpénètrent en Europe centrale. Si l'on essaie de pénétrer en profondeur le rapport entre le peuple et le caractère du paysage, on constatera rapidement qu'il s'agit d'un double rapport de détermination réciproque. En naissant dans un pays, par exemple la Suède, notre corps physique, qui se développe progressivement à partir des substances et des forces de l'alimentation, devient une partie de la nature de ce pays. Il est un instrument de l'âme, en tant que porteur de nos sens physiques, de sorte que, dès notre plus tendre enfance, la configuration fondamentale de notre âme et notre vécu psychique se forment sur l'arrière-plan du paysage. On peut ainsi retrouver le paysage suédois dans le caractère lumineux, et la sensibilité fine proche de la nature, qui constituent le fond du tempérament et du psychisme des Suédois. On retrouvera ce "style" général dans toutes les expressions culturelles de la Suède. Il suffit de penser aux écrits de Selma Lagerlof. Nous avons affaire au reflet de la nature terrestre dans la configuration physico-psychique des hommes. Et chacun pourra trouver en lui-même une qualité dont il dira: je porte en moi ici un tempérament, un psychisme spécifique à l'ensemble de mon peuple ou de ma tribu. Cette identité émerge avec une force élémentaire (c'est ce que beaucoup appellent le mal du pays), lorsque l'homme abandonne, ou doit abandonner son environnement, comme ont dû le subir, et en souffrir, des millions de réfugiés en ce siècle. Chez les Slaves, et tout particulièrement chez les Russes, ce déracinement de la terre, considérée comme sacrée, peut conduire jusqu'à une disparition totale de la faculté de création. On peut considérer la pratique de l'exil sous ce point de vue. L'identité entre le paysage et le caractère de la population était encore observable, il y a quelques décennies, en Allemagne ; de village en village, avec le changement de paysage le dialecte changeait aussi, les costumes et les us et coutumes.

À la marque qu'imprime le paysage sur le corps et le psychisme de l'homme, s'oppose la marque qu'imprime la force psycho-spirituelle de l'homme sur la nature environnante. C'est justement par ce caractère individualisé que les paysages cultivés européens se distinguent de tous les autres paysages du monde, par le fait que les âmes des peuples marquées par la chrétienté se sont créé des images-reflets toutes différentes dans le paysage. La présentation qui suit vise à développer le rapport de l'homme à la terre, ce qui crée activement des paysages cultivés. Mais ce ne sont pas les temps présents qui apportent à nos paysages le charme que l'on peut encore ressentir. Par exemple, dans certaines régions d'Angleterre, ce voile qui, aujourd'hui encore, nous donne l'impression que derrière chaque buisson, derrière chaque arbre, nous guettent les esprits et l'esprit de Shakespeare. Ce n'est pas non plus notre époque présente qui apporte dans les paysages de la Hesse et du Thuringe, les ambiances qui nous laissent encore y pressentir l'esprit des contes, comme une spiritualité agissant dans les profondeurs de la nature, source à laquelle ont puisé les frères Grimm. Notre époque chasse les hommes de leurs peuples, les rend apatrides, en fait des étrangers au milieu des paysages dans lesquels ils vivent.

On ne trouvera pratiquement plus de véritable peuple en Europe Centrale. Mais, lorsque dans sa propre jeunesse, il y a trois ou quatre décennies, on a eu l'occasion de participer aux travaux dans un village d'Europe Centrale, dans lequel on ne faisait pas encore les travaux des champs avec les chevaux mais avec les vaches, on a alors pu vivre comment, quand il s'agissait de labourer, herser, semer ou moissonner tout le village labourait, hersait, semait ou moissonnait, avec la conscience du moment présent. Chacun commençait au rythme sévère du matin et terminait le soir, comme le voisin, et tout ceci se passait pratiquement sans dire un mot, avec mesure, sans nervosité, sans hâte. On pouvait véritablement sentir la force du peuple qui unissait et portait toutes les personnes. Cette force s'individualisait dans chaque village. Chaque village formait une sorte d'individualité pour soi. Sur le fondement du peuple, se développait dans le travail quotidien, une attitude d'âme particulière dans l'intérieur de la nature, par exemple par la manière de travailler le sol, de soigner les plantes et d'élever les animaux. Ainsi chaque peuple créait lui-même son reflet dans la nature cultivée. Ces reflets sont nos paysages que nous parcourons à toute vitesse aujourd'hui, sans aucune pensée, aucun sentiment. Ils contiennent quelque chose que l'on ne retrouve pas de la même manière hors d'Europe.

Qu'est-ce qui rend les paysages anglais si typiquement anglais, ou les paysages hollandais si typiquement hollandais ? Qu'est-ce ce qui nimbe les paysages alsaciens ? Ce charme lumineux, cette gaieté et tranquillité que l'on ressent en parcourant la route menant du mont Sainte-Odile à Strasbourg, tous les sens en éveil ? Qu'est-ce qui apporte ce caractère de détente au pays souabe ? Qu'est-ce qui étend cette mélancolie, parfois presque pesante, sur certaines régions de Haute-Souabe sur la région du Danube supérieur ? Ou, à l'inverse, qu'est-ce qui apporte cette fraîcheur, cette jeunesse dans la région proche du lac de Constance, ce "jardin de Dieu au centre de la Chrétienté" comme on l’appelait au Moyen Âge ? Ou qu'est-ce qui lui confère, surtout en automne, cet éclat teinté de gravité de  l'archange. Qu'est-ce qui fait que, dans chacun de ces paysages, on ait l'impression de toujours rencontrer un esprit nouveau, unique ? Qu'est-ce qui rend ces paysages si proches de nous, qu'est-ce qui fait que nous les ressentons comme si curatifs et si revigorants pour nous ?

Pour chercher une réponse à ces questions, promenons-nous sur une hauteur et laissons aller notre regard sur le paysage qui s'étend a nos pieds. Le regard suit une lisière de forêt sombre s'allongeant à l'horizon, puis l'oeil suit le début d'une vallée au premier-plan ou serpente le cours d'un ruisseau bordé d'une haie. Plus loin, le regard s'étend sur un champ parcouru d'ondes ou s'accroche à la puissante couronne d'un poirier qui marque certainement la croisée de chemins. Si on promène son regard sur un tel paysage et que l'on répète ces observations à plusieurs reprises, à différentes saisons, on s’aperçoit que chaque détail occupe une place intérieure, harmonieuse dans le tout. Chaque détail révèle un caractère unique. Et si l'on essaie de fixer par un concept l'unité vivante perçue par l'observation, elle s'échappe aussitôt. On ne voit plus alors que des détails, là un arbre, ici un champ. Et pourtant, on croyait voir de ses yeux l'unité du paysage. Qu'est-ce qui compose cette unité ? Est-ce le jeu réciproque des éléments terre, eau, air, lumière et chaleur ? Certainement, mais est-ce seulement cela ?

Pour y voir plus clair, comparons cette impression avec un paysage cultivé des grandes civilisations pré-chrétiennes par exemple la Grèce. Celui qui a déjà visité la Grèce pourra peut-être confirmer que, non seulement dans l'art grec, mais aussi par la simple observation du paysage grec, on peut encore avoir une impression générale de la culture grecque. La Grèce est également organisée en petits espaces paysagers caractéristiques. Si l'on monte au sommet d'une haute montagne, par exemple le Parnasse, et que l'on laisse son regard errer, l'impression se confirme que ce paysage grec est un paysage héroïque créé par les dieux. L'homme, les animaux et même la couverture végétale passent à l'arrière-plan en tant qu'élément. Ce paysage cultivé pré-chrétien est tissé par un jeu constant des éléments se mêlant et se séparant de nouveau. Le paysage grec exhibe de puissantes formations rocheuses, héroïques même, dont la présence n'est jamais accablante. L'eau sort en tant que source pure du rocher ou joue sur les nuages pénétrés de lumières. Les vapeurs d'eau, l'air, la lumière se mêlent en jouant, formant des compositions colorées dans les tons pastel les plus indescriptibles. Puis, ils se séparent tout aussi vite pour rester quelques instants à l'état élémentaire et se mêler de nouveau dans un jeu sans fin. Pour achever de façonner le paysage grec, il ne fallait pas tant la main de l'homme et la culture et l'élevage, que de le compléter par la construction des temples en des emplacements privilégiés. Le théâtre grec a aussi achevé le paysage. Profondément intégrée dans la nature ouverte, la parole des mystères se mêlait avec les forces élémentaires régnant dans et sur le paysage. Le paysage grec ne porte pas la marque de l'âme humaine, au contraire, c'est l'homme qui subit son destin dans le paysage. Le voile de tragédie répandu sur ce paysage est d'origine héroïque.

Qu'est-ce qui distingue le paysage traditionnel grec de notre paysage post­-chrétien ? Montons de nouveau sur notre butte et observons : notre regard ne rencontre aucun élément héroïque, rien qui ne pousse l'homme vers un destin inéluctable, au contraire, nos paysages laissent l'homme libre. Il peut les observer en prenant de la distance. Et qu'est-ce qui fascine tant le regard ? En premier lieu, c'est la composition créée par l'homme, l'organisation du paysage et sa répartition en forêts, champs, prairies, pâturages, vergers, jardins, buissons, prairies humides, pierriers, haies, etc. C'est la manière dont chaque chose est reliée aux autres éléments, jusqu'au plus petit détail, la façon dont les choses s'interpénètrent. On peut répondre que les paysages non touchés par la main de l'homme, comme la savane ou la forêt tropicale, constituent des écosystèmes dans lesquels rien n'existe isolement du reste. Certainement, mais il s'agit d'une relation naturelle, alors que dans nos paysages cultivés, cet ensemble d'interrelations est élevé au niveau d'une oeuvre d'art par la main de l'homme. Nos paysages cultivés révèlent un principe architectonique que l'on pourrait qualifier d'interpénétration réciproque. On peut encore découvrir les traces de cet élément ici et là, où les zones de transition du paysage ont été conservées. Les zones de frontière entre le pré et le champ, entre le champ et le chemin sont des emplacements avec des transitions entre le pré et la forêt, le champ et la forêt avec des plantes, des arbustes et des arbres ; ce sont des milieux de vie concentrés, peuplés de nombreuses espèces d'insectes, d'oiseaux et de petits mammifères. Ce principe d'interpénétration s'accomplit également dans la vie des animaux. Que ce soit le chevreuil sortant à la tombée de la nuit sur les champs ouverts, ou la buse s'élevant en spirales au-dessus du champ, ou encore un oiseau volant d'arbre en arbre, le bourdonnement des insectes au-dessus d'un champ de colza en fleurs, le troupeau de vaches se déplaçant majestueusement sur le pré, le troupeau de moutons broutant les champs en chaumes, c'est toujours l'organisme du mouvement et des sens des animaux domestiques et sauvages qui réunit ce qui est séparé dans l’espace: le champ, le pré, la forêt, etc. pour en faire des organismes vivants.

Mais ce principe de l'interpénétration agit aussi dans le jeu réciproque des éléments terre, eau, air, lumière et chaleur. Ces éléments sont prédominants dans le paysage grec, alors que dans nos paysages, on a plutôt l'impression qu'ils sont au service d'une "force" (esprit) supérieure qui les pénètre d’intériorité en les individualisant. Ainsi, l'air prend une nuance différente au-dessus de chaque champ, de chaque pré, de chaque emplacement de la terre et il en est de même de la formation de rosée et de brouillard. Que se passe-t-il là au crépuscule entre la forêt et la prairie dans la brume ? On a l'impression que l'essence de la forêt, du pré, du champ s'interpénètrent par l'intermédiaire des éléments. N'est-ce pas cela qui nous fait parler à bon droit de l'âme d'un paysage qui a tant fasciné Goethe et que les peintres ont tenté de saisir dans leurs tableaux. Kaspar David Friedrich a peint cette âme des paysages allemands en représentant un être humain au premier plan, dans la contemplation de ce chef d'oeuvre qu'est le paysage. La composition de nos paysages créée de mains d'hommes révèle des formes qui peuvent servir de support pour une approche vivante de la nature à notre époque scientifique.

Les paysages cultivés européens sont l'oeuvre de l'ancienne culture paysanne provenant des peuples christianisés d'Europe. Mais ces populations traditionnelles sont en disparition et ceci a conduit l'agriculture dans une crise sans précédent. Chacun connaît des aspects de cette crise mais on en reste à la surface. On en cherche l'origine dans la nocivité de telle ou telle mesure, comme l'utilisation d'engrais minéraux, de biocides, etc. Et on oublie de prêter attention à une cause plus profonde : Le fait que la constitution psychique de l'âme – penser, sentir et vouloir – s'est séparée de l'évolution qui a été arrangée dans la terre européenne. Dans l'agriculture actuelle on exerce un penser et un vouloir, mais les pensées et les actes voulus ne sont pas pénétrés de sentiment. Par exemple, on invente une méthode permettant d'augmenter fortement les rendements en blé en utilisant une hormone raccourcissant les tiges, ce qui permet de retarder le plus possible la fertilisation azotée. Cette méthode parmi d'autres est une pratique courante aujourd'hui. Si l'on se rend un matin d’été dans les champs à la recherche de ce qu'exprime le paysage, on observera partout une croissance exubérante, mais le regard ne parviendra plus à saisir l'unité du paysage. On ne voit plus que des détails juxtaposés, là un champ de maïs, ici un champ de blé. En nous approchant d'un champ de blé, nous observons une croissance exubérante, gonflée, tout est vert foncé mais chaque tige de blé semble être seule, isolée à côté des autres. Nos paysages menacent de se disloquer en une multitude d'éléments sans lien. Lorsque aujourd'hui on se trouve dans une région agricole un matin de début d'été, on ne peut parler d'un concept de  paysage cultivé uniquement parce qu'il subsiste dans ce paysage quelques traces du passé. Dans les pays de l'est de l'Europe Centrale, le processus de destruction du paysage est si avancé, par la disparition des villages et des communes, que l'homme ne rencontre presque plus aucun élément qui lui parle dans le paysage.

La tragédie de l'agriculture actuelle s'exprime surtout par le fait que l'agriculteur agit en employant des méthodes qu'il n'a pas pensées lui-même. Il est devenu en grande partie un exécuteur déterminé par une intelligence provenant de la science et de l'industrie. La pensée et la volonté se sont séparées dans différents groupes sociaux. Récemment, un agriculteur dit: "je suis un virtuose dans la culture du blé, de l'orge, des betteraves sucrières et du colza, je ne connais rien d'autre. Le matin, je vais dans mon "usine", c'est la ferme, et le soir, après le travail, je rentre à la maison, dans mon jardin, je fais du compost et je suis un homme. L'agriculteur a aussi quitté la tradition et s'est déraciné pour ainsi suivre le chemin de la liberté individuelle. Mais ce chemin a eu pour conséquence une disparition complète de l'ancienne paysannerie traditionnelle. Mais que serait, et quelle signification aurait pour l'évolution de nos paysages, une agriculture créée par des hommes libres ? Peut-il s'agir de restaurer ce qui s'était formé sous des formes sociales et des états de consciences tout différents, comme le souhaiterait l'écologiste en nous ? Cela ne sera pas possible. Comment pouvons-nous alors renouer de manière nouvelle avec l'identité du paysage et de la population ? Où sont les racines de cette identité ? Peut-on parler d'une biographie de nos paysages cultivés? En remontant à travers les grandes civilisations pré-chrétiennes, en passant par la Grèce, l'Égypte, la Chaldée et Babylone, jusqu'à la Perse antique, nous rencontrons une agriculture fondamentalement différente de la nôtre. Des formes d'agriculture encore pratiquées de nos jours en Afrique et en Asie, nous révèlent qu'il existait une opposition originelle entre les peuples pratiquant l'élevage et ceux pratiquant la culture des végétaux. Nous pouvons, encore aujourd'hui, observer cette opposition dans l'est de l'Afrique. Le cultivateur bantou à l'esprit ouvert, pacifique et sédentaire, côtoie directement les bergers massais nomades, fier peuple de guerriers fermés, étrangers à la civilisation, qui se nourrissent presque exclusivement du sang et du lait de leurs troupeaux. Dans ces régions, s'est conservé un élément qui était le fondement de la civilisation à l'époque pré-chrétienne. La culture des végétaux et l'élevage étaient pratiqués par des peuplades différentes. La configuration psycho-spirituelle (intérieure) du cultivateur lui permettait de façonner la terre arable et de sélectionner des plantes cultivées à partir des espèces sauvages. Il en allait tout autrement du courant des bergers qui avait une configuration d'âme toute différente et qui lui permettait de domestiquer les animaux sauvages. Nous considérons les grandes civilisations pré-chrétiennes en admirant leurs chefs d'oeuvre, les pyramides, les temples sans remarquer qu'ils nous ont laissés d'autres grands chefs d'oeuvre: Nos animaux domestiques et nos plantes cultivées. Ce sont les créations de ces cultures, un leg de l'époque pré-chrétienne. Nous avons fortement modifié ces créations. Aujourd'hui, nous exploitons ce capital et nous sommes en train de l'épuiser.

Aux deux courants originels de l'humanité, se sont joints deux autres courants dans l'époque pré-chrétienne: L'horticulture, la culture maraîchère et l'arboriculture. Le jardinier cultivait et sélectionnait les plantes herbacées alors que l'arboriculteur se liait aux plantes vivaces. Ses créations sont nos arbres fruitiers, la vigne et l'olivier.

Dans l'évolution de la période post-chrétienne, une profonde modification intérieure apparaît, à partir des sept, huit et neuvième siècles, chez les Celtes et les Germains qui se pénètrent du christianisme. La témérité, dont on trouve encore les échos dans la chanson de Hildebrand ou le chant des Nibelungen, s'adoucit et se métamorphose en la faculté d'âme de l'humilité, dans cette fantastique faculté de s'adonner à l'autre qui a justement rempli si fortement l'homme du Moyen-Âge. En reflet de cette transformation intérieure, s'accomplit une transformation extérieure, la transformation du paysage européen. La sauvagerie des forêts originelles et des marécages germaniques, qui terrorisait encore les Romains, est transformée par une nouvelle impulsion culturelle, la réunion de la culture à l'élevage, la culture maraîchère et l'arboriculture. Les quatre courants de l'agriculture de l'époque pré-chrétienne sont pour ainsi dire fécondés par la chrétienté et apparaissent maintenant dans une interpénétration réciproque achevée. Le principe de l'interpénétration, en tant que principe chrétien, constitue le fondement de la culture agricole occidentale.

Où s'exprime cette réunion dans l'agriculture ? Essayons de nous représenter cette union des différents courants en prenant l'exemple d'un village au coeur d'un paysage forestier d'Europe centrale. Au centre du paysage et du village se trouve l'église avec son clocher. Les bâtiments des fermes se regroupent autour de l’église. Ces bâtiments sont eux-mêmes entourés d'une ceinture de jardins entourés de haies derrière lesquelles s'étendent les prés-vergers. Ensuite s'ouvrent les terres agricoles avec les prés et les champs de la commune. Tout l'ensemble est entouré par la forêt paysanne. Un chemin mène à travers la forêt et ensuite le paysage s'ouvre sur une nouvelle commune dont on aperçoit de loin le clocher qui nous salue. C'est ainsi que les communes sont l'une à côté de l'autre, et les fermes isolées, de même.

L'animal domestique, qui mérite maintenant véritablement ce nom, vit sous le même toit que l'être humain. Il faut prendre conscience de la signification qu'a eu dans l'histoire de l'humanité le fait que le même homme pratique à la fois la culture des plantes et l’élevage des animaux. C'est le Je qui s'éveille dans l'âme de sentiment (âme de coeur) christianisée, de l'homme qui surmonte en elle cette opposition originelle entre la culture et l'élevage et les interpénètre. C'est le berger en l'homme qui maîtrise les forces du sang et l'agriculteur en lui qui saisit le monde par l'action. Cet état d'âme modifié a créé son image-reflet dans l'interpénétration des éléments de nos paysages cultivés. Quels étaient les éléments de cette interpénétration ? Sur le plan physico-géographique, c'était l'organisation du paysage en forêts, prés, champs et communes. À un deuxième niveau, cette organisation spatiale était rendue vivante par le travail quotidien du paysan qui formait un organisme vivant, productif dans la croissance naturelle. Un des principes d'organisation de cette "vivification" était l'assolement triennal, qui constitue la forme originelle de la rotation des cultures. Le territoire de la commune était divisé en trois parties. Sur un tiers des terres, tout le village cultivait la culture d'hiver, par exemple du blé d'hiver ou du seigle d'hiver ; sur le deuxième tiers, la culture d'été, comme de l'avoine, des lentilles ou des haricots. Le troisième tiers restait en jachère et se couvrait en été d'adventices, de graminées et de légumineuses qui étaient pâturées par les animaux durant l'été et l'automne. L'année suivante, tout se décalait d'un tiers. La culture d'hiver venait sur la jachère; la culture d'été, sur la culture d'hiver et la jachère sur la culture d'été de l'année précédente. Tous les droits et devoirs des habitants du village étaient orientés vers le soin de cet ordre naturel.

À un troisième niveau, cet organisme vivant du village était animé par l'animal, domestique surtout. Représentons-nous ce fait en étudiant son représentant, la vache. Le bovin, la vache qui, dans de nombreuses régions vivait avec le paysan dans la cuisine des anciennes fermes, est un animal unique. La vache est un ruminant, un animal métabolique, en fait, un puissant ventre. Elle n'observe pas le monde extérieur de manière très éveillée, mais développe une grande activité intérieure. Elle consomme d'importantes quantités de plantes provenant des champs et des prés du village. Puis cette masse végétale se dirige dans la grande chambre de fermentation de la panse, elle est ruminée puis passe à travers les trois estomacs suivants et l'intestin grêle interminable. La vache développe une perception en décomposant les substances de ce courant d'alimentation végétale. Il s'agit d'une perception, d'une attention que l'on perçoit particulièrement bien pendant la rumination. La vache développe sa conscience de bovin dans l'activité du processus digestif. C'est là qu'elle perçoit la nature de la substance végétale, qu'elle perçoit pour ainsi dire les conditions dans lesquelles les plantes ont poussé, les conditions de sol, de lumière, d’humidité, etc. En effet, ces conditions du milieu sont devenues matière dans la plante. La vache accomplit une analyse qualitative en décomposant la substance de ces plantes. Le résultat de cette analyse, pénétré, par la nature de l'animal est retenu dans l'organisme en tant que force organisatrice et marque le courant digestif que la vache rejette ensuite en tant que bouse. La fumure contient du point de vue substantiel et virtuel le résultat de l'analyse cosmique qualitative réalisée par l'organisme animée qu'est la vache. Lorsque cette fumure parvient sur le champ, ou la prairie où ont poussé les plantes fourragères, elle agit comme un remède en harmonisant les déséquilibres. Nous comprenons ainsi mieux ce que signifie pour la terre l’interpénétration de la culture et de l'élevage. L'organisme du paysage se forme progressivement de l'intérieur, car dans le cadre de la rotation triennale, cette fumure était répandue tous les trois ans sur les champs. Tous les trois ans s'accomplissait un nouveau cycle de l'intériorisation d'une force agissant jusque dans la substantialité minérale. C'est particulièrement cette force qui posait le germe pour la formation d'un organisme agricole clos sur lui-même. L'union de la culture et de l'élevage a introduit un nouveau devenir dans le paysage européen. Cette union a été accomplie par l'âme de sentiment christianisée de la paysannerie du Moyen-Âge. Il nous est impossible aujourd'hui de nous faire une représentation de la faculté de s'adonner à son travail de ces hommes. Les plus nobles de l'époque cherchaient dans l'état monastique la possibilité d'intégrer dans la nature leur propre attitude d'âme transformée. De nos jours, nous considérons avec la plus grande admiration les chefs d'oeuvres du Moyen-Âge, les églises romanes se protégeant dans le paysage encore sauvage, à l'époque où les monuments gothiques s'élevant librement dans le paysage ennobli. Ce sont les mêmes hommes qui ont construit ces monuments et créé le paysage cultivé par leur travail quotidien à l'étable et dans les champs. Dans les monuments gothiques, on peut percevoir cela physiquement. Il suffit de s'approcher des cathédrales de Chartres, Reims, Strasbourg, Ulm, à partir du paysage environnant. On a véritablement l'impression que ces monuments s'élèvent de l'organisme du paysage environnant, en le transcendant. L'art gothique n'a-t-il pas créé un espace intérieur sculpté dans la pierre dont la peau extérieure est formée par les ornements avec des motifs végétaux ? N'a-t-on pas l'impression que les forces de croissance du paysage environnant, autrefois sauvages,  ennoblies à présent par l'agriculture, se rassemblent dans ces monuments ? Mais l'art gothique constitue déjà l'achèvement du façonnement des anciens paysages cultivés. Avec la fin de l'époque gothique, les chefs d'oeuvre de nos paysages cultivés arrivaient aussi à leur apogée. Albert Dürer a peint de tels paysages. En passant le seuil des temps modernes, au tournant du XVème siècle, nous voyons comment les impulsions porteuses d'évolution provenant de l'âme des peuples christianisés s'épuisent peu à peu. Nos paysages traditionnels européens sont les monuments d'un passé, tout comme les cathédrales: ils demandent aujourd'hui beaucoup de soins pour être conservés en l'état. Quelle nouvelle étape de l’évolution de l'agriculture devons-nous aujourd'hui développer face aux forces de destruction croissant de façon démesurée ? Avec cette question tournons-nous vers l'agriculture résultant de la démarche anthroposophique. En 1924, Rudolf Steiner, en réponse à la demande pressante d'agriculteurs et de jardiniers, a indiqué une nouvelle voie pour l'agriculture dans un cycle de conférences. Cette nouvelle voie prend son départ là où s'est achevée la culture paysanne traditionnelle. Le leitmotiv en est : il faut considérer un domaine agricole (cela peut être une ferme isolée, un village ou même, peut-être tout un ensemble paysager) comme une sorte d'individualité en évolution. Et chaque "domaine agricole" doit être façonné comme un organisme clos en lui-même. Dans l'image de l'individualité agricole apparaît le motif de l'identité de l'être humain avec l'environnement terrestre. Ce motif ne fait désormais plus référence aux forces de l'ancienne tradition mais à la connaissance individuelle et à la faculté d'agir de l'homme moderne.

Tout ce qui provenait autrefois d'une sagesse instinctive du peuple christianisé est de nouveau saisi par l’agriculture bio-dynamique et constitue le principe formateur de chaque ferme. La première étape consiste à relier consciemment la culture, l'élevage, la culture maraîchère et l'arboriculture et viticulture. On crée de nouveau, de manière différente et consciente, ce qui avait déjà atteint un apogée autrefois, l'organisme agricole. Au cours de l'industrialisation et de la spécialisation de l'agriculture, les entreprises agricoles se sont toujours plus éloignées de cet idéal. C'est la raison pour laquelle il n'existe aujourd'hui en Europe pratiquement plus aucune ferme qui, pour se convertir à l'agriculture bio-dynamique, ne doive pas commencer par la première étape consistant à relier les quatre directions de travail de l'agriculture et tout particulièrement la culture et l'élevage. Cette répétition n'est pas originale; elle ne fait que répéter consciemment ce qui existait déjà de par le passé.

La deuxième étape nous amène à prendre connaissance du contexte spirituel de la culture paysanne. Ce pas conduit l'homme vers sa faculté créatrice. Dans le langage de l'ancienne tradition, on disait autrefois : le pas du paysan fertilise la terre. On voulait dire par cela que ce que le paysan perçoit de tout ce vit autour de lui, lors de sa tournée dans les champs, tout cela est intégré dans son labeur quotidien et cela fertilise la terre. Les pensées des hommes qui pénètrent le travail agricole, ce sont elles qui fertilisent. Et quelles sont les pensées à la source de notre travail aujourd'hui ? Une des pensées les plus vastes que nous pouvons tirer de la connaissance de la nature est le concept d'organisme. Il nous apprend à connaître ce qui agit dans l'ordre de la nature. Si l'homme se relie maintenant librement avec l'intimité de la nature de la région qu'il connaît, il pourra approcher les possibilités cachées qui résident en ce lieu et qui ne peuvent s'exprimer de manière saine que s'il les découvre et agit en fonction d'elles. Ce qui est créé ainsi devient individuel et le travail humain lui donne une nouvelle biographie.

En étudiant l'individualité agricole dans son devenir, nous parviendrons par le travail à découvrir des pensées toujours nouvelles et toujours plus vastes. La science spirituelle anthroposophique attire notre attention sur le côté invisible de la réalité. Elle nous apprend à connaître ce que la simple connaissance de la nature ne transmet pas. Ainsi, le principe de l'interpénétration d'éléments séparés, qui atteignent un apogée dans la nature, mais se sont développes isolément du reste, reçoit une signification spirituelle supérieure. Ce principe est appliqué dans la fumure bio-dynamique. Ci-dessous, nous présentons rapidement sous cet aspect la fertilisation élargie par l'agriculture bio-dynamique.

À coté de son travail quotidien dans l'étable et aux champs l'agriculteur bio-dynamiste se livre à une autre activité dont le caractère est unique. Début mai, il récolte des fleurs de pissenlit, début juillet, des fleurs de camomille vraie et celles de l'achillée millefeuille, et ainsi de suite avec d'autres plantes. Lorsque s'approche l'automne, et qu'une vache du troupeau doit être abattue, il en conserve différents organes tels que l'intestin grêle ou le mésentère. Il remplit ces organes formant une enveloppe, un espace intérieur, de ces plantes médicinales. Par exemple, il bourre l'intestin de camomille, ou le mésentère de fleurs de pissenlit. En automne, il dépose dans la terre minérale ces organes d'origines végétale et animale réunies. Ces préparations resteront en terre jusqu'au printemps, subissant ainsi l'action des forces hivernales. Au printemps, l'agriculteur sort des substances humiques fines appelées préparations bio-dynamiques qu'il ajoutera à dose infinitésimale au fumier, au compost végétal, etc. Ces préparations développent une action vivifiante capable de surmonter la minéralité de la terre.

Durant toute l'année, l'agriculteur est occupé à élaborer et à utiliser ces préparations pour la fumure. Que se passe-t-il en fait au cours de leur élaboration ? Nous trouvons dans la nature extérieure du millefeuille, de la camomille, de l'ortie, du pissenlit, etc. Chacune de ces plantes est à sa manière une création achevée dans le devenir évolutif du monde végétal. Dans la nature extérieure, nous trouvons également l'intestin grêle et le mésentère des bovins et d'autres organes qui, eux-aussi, représentent des organes absolument parfaits résultant des étapes les plus élevées de l'évolution du règne animal. Dans la nature extérieure, nous trouvons également la terre elle-même. Chacun de ces éléments naturels fait partie de directions évolutives différentes, chaque élément est isolé des autres en raison de son évolution propre et en raison de sa situation dans l'espace. L'homme, quant à lui, relie, met en interrelation ces éléments séparés, résultant chacun d'une évolution spécifique. Cette interpénétration effectuée par l'homme ne peut­ être comprise avec les simples lois de la nature et de l'évolution. Bien évidemment, les matériaux utilisés pour élaborer les préparations bio-dynamiques sont un résultat achevé de l'évolution naturelle. Les idées provenant de l'investigation spirituelle, qui sont à l'origine des préparations stimulent la volonté de l'homme pour qu'il réalise cette interpénétration. Parce qu'il en est ainsi, l'agriculteur bio-dynamiste apporte dans le contexte naturel quelque chose de nouveau qui ne serait pas là sans ce type de fertilisation. L'activité, qui consiste à élaborer et à utiliser ces préparations est tout à fait particulière puisque, en raison de son origine, elle peut être réalisée en pleine liberté. Bien qu'avec cette fertilisation nous agissions en élaborant, vivifiant la nature, il n'y a rien qui nous oblige à le faire. (Alors que la plupart des autres travaux agricoles sont déterminés par le cours des choses ; il est absolument nécessaire, par exemple, de semer pour récolter. N.D.T). Nous déterminons nous-mêmes notre travail.

Dans la première phase de l'agriculture occidentale, l'homme servait la terre. Il élevait ce qui était en germe dans la nature pour en faire un chef d'oeuvre. La deuxième phase future tire son orientation de la science spirituelle (de Rudolf Steiner). Avec les préparations, elle indique à l'agriculteur une voie lui permettant de travailler en étant toujours plus libre et toujours plus créateur. Les matériaux pour ce travail résultent de l'évolution des règnes de la nature. L'agriculteur bio-dynamiste compte sur la réalité de l’individualité humaine libre qui apparaît à la place de l'ancienne tradition populaire et il compte avec la réalité de l'agriculture comprise comme une sorte d'individualité à partir de laquelle l'image des paysages cultivés se forme de manière toujours renouvelée.

La signature de l'agriculture dans l'évolution de cette époque montre que, d'une part, l'oeuvre de destruction de nos paysages se poursuit inexorablement par égoïsme et arbitraire et que, d'autre part, l'homme, s'appuyant sur les impulsions de la connaissance spirituelle et sur sa liberté individuelle, poursuit le développement de la biographie de l’individualité agricole en agissant jusque dans les processus substantiels de la terre.

En Europe de l'ouest, du nord, du sud et du centre, les bonnes grâces de la nature terrestre et du peuple christianisé ont posé le germe pour cette future mission culturelle. En Europe de l'est, dans les pays slaves, la disposition psycho-spirituelle de l'homme est, en raison de son origine, encore beaucoup plus intimement liée avec la terre et ses forces. L'envahissement par des idées étrangères, provoqué par le bolchevisme, n'a fait que masquer cela. À l'inverse du vécu psychique fortement déterminé de l'Européen de l'ouest, le vécu intérieur du slave de l'est de l'Europe est beaucoup plus ouvert, vaste, modelable. Le paysage russe avec son immensité et son uniformité correspond à cette attitude d'âme. Mais, il repose au-dessus de tout cela, lorsque l'on observe attentivement les derniers événements, comme le souffle d'une attente en l'avenir. Si le souffle provenant du passé baigne l'ouest de l'Europe, les paysages de l'est, eux, sont parcourus d'un souffle d'avenir. La terre russe avec son immensité presque infinie n'est-elle pas une matrice qui attend le moment où, dans un avenir lointain, elle sera façonnée par l'homme de manière à ce que la composition des paysages forme avec l'organisation sociale une unité supérieure.

Il peut y avoir un développement d'avenir si les puissantes forces de l'âme de l'Europe de l'est se relient à une culture agricole qui tire ses impulsions d'une approche spirituelle de l'homme et de l'organisme terrestre.

 

Seconde partie du chapitre "Responsabilités futures – utilisation, gestion et développement du paysage" du cahier Éveil au paysage de Jochen Bockemühl, (traduite en français par les soins du mouvement bio-dynamique; disponible auprès du mouvement d’agriculture bio-dynamique de Colmar. sous forme de cahier) responsable de la section des Sciences Naturelles de l'Université Libre des Sciences de l'Esprit au Goetheanum de Dornach (Suisse).

Publiée avec l'aimable autorisation de l'auteur dans la revue Sainte-Catherine Infos, n°15 - 1994

 

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