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Extrait daté du 27/02/1917 de la 4ème conférence du cycle « Les trois rencontres de l'âme humaine » - Rudolf Steiner – GA 175

 

L'homme doit, bien entendu, vivre avec son temps. Il a le devoir de le faire. Il ne faut pas, lorsqu'une chose est caractérisée, prendre cela comme si l'on voulait dire par là que tout doit être rejeté. Mais le contrepoids doit être créé. Il est tout à fait naturel qu'aujourd'hui le monde se trouve face à des impulsions qui conduisent tout à fait dans le matérialisme. Cela ne peut pas être empêché, car cette pénétration dans le matérialisme est en rapport avec une profonde nécessité de notre temps. Je dirais que toutes les puissances font en sorte d'introduire l'homme de façon tout à fait ferme dans le matérialisme. Cela ne peut pas être empêché. Cela fait partie de l'essence de la cinquième époque post-atlantéenne. Mais le contrepoids doit être créé.

 

Un moyen particulièrement important de pousser l'homme dans le matérialisme, c'est quelque chose que l'on ne remarque guère de ce point de vue : le cinéma. Il n'y a pas de meilleur moyen d'éducation au matérialisme que le cinéma. Car ce que l'on regarde au cinéma, ce n'est pas de la réalité comme celle que l'homme voit. Seule une époque qui a aussi peu de notion de la réalité, et qui adore la réalité sous une forme d'idoles dans le sens du matérialisme, peut croire que le cinéma offre une réalité. Une autre époque réfléchirait pour savoir si, dans la rue, l’homme marche comme au cinéma. Demandez-vous donc sincèrement, mais de façon profondément sincère : ce que vous avez vu dans la rue, est-ce plus proche du tableau fait par un peintre - lequel ne bouge pas - ou bien de l'image horriblement scintillante du cinéma? (*) Si vous vous posez la question sincèrement, vous vous direz que ce que le peintre donne dans une image immobile est beaucoup plus semblable à ce que vous voyez vous-mêmes dans la rue.

(*) Note de la rédaction : cette conférence est donnée en 1917, alors que les images projetées dans les cinémas sont en effet horriblement scintillantes !

En plus, pendant que l'individu est assis au cinéma, ce que le cinéma lui procure ne va pas se nicher dans la capacité habituelle de perception, mais dans une couche plus profondément matérielle que ce que nous avons d'ordinaire dans la perception. L'homme devient éthériquement exophtalmique (les yeux lui sortent de la tête). J'entends cela: dans l'éthérique. De cette façon on n'agit pas uniquement sur ce que l'homme a dans sa conscience mais on agit de façon matérialisante sur son inconscient le plus profond.

 

Ne prenez pas cela comme un discours incendiaire contre le cinéma. Il faut dire encore une fois de façon explicite qu'il est tout à fait normal qu'il y ait le cinéma. L'art cinématographique sera développé de plus en plus. Ce sera la voie dans le matérialisme. Un contrepoids doit être créé. Cela ne peut se faire que si l'homme rattache quelque chose à cette soif de réalité qui est déployée dans le cinéma.

 

De même que de cette façon avec cette soif, il entreprend une descente au-dessous de la perception sensible, il doit entreprendre une montée au-dessus de la perception sensible, c'est-à-dire dans la réalité spirituelle. Alors le cinéma ne l'endommagera pas du tout; il pourra voir les images cinématographiques s'il le veut.

 

Mais si aucun contrepoids n'est créé, c'est précisément par de telles choses que l'homme est amené à devenir apparenté à la terre, non pas à la façon dont cela est nécessaire, mais à le devenir de plus en plus, jusqu'à être finalement complètement coupé du monde spirituel.

 

Il faut toujours et encore indiquer ce qui est si particulièrement nécessaire à notre époque, ce qui lui est réellement nécessaire. Ainsi, même le domaine historique ne se trouve-t-il à notre époque que trop souvent dans des ombres de concepts. On voudrait tellement que des mots comme ceux de «représentations et idées imprégnées de réalité» ne soient pas seulement écoutés aujourd'hui de façon superficielle, mais qu'ils soient saisis intérieurement en profondeur, qu'ils le soient réellement. Ce n'est qu'ainsi que l'on acquiert un regard libre, ouvert, j'entends un regard de l'âme, ce qui est nécessaire à notre époque.

 

Celui qui ne se fait pas particulièrement un. devoir de réfléchir aux faits ainsi abordés ne prête que beaucoup trop peu d'attention à ce qui est organisé de nos jours avec des ombres de concepts, avec des gousses de mots, et à la façon dont tout est disposé afin de conduire l'homme, soit dans les concepts qui grisent, soit dans ceux qui rendent aveugle.

Rudolf Steiner

 

Ndlr : Un extrait isolé issu d'une conférence de Rudolf Steiner ne peut que donner un aperçu très incomplet des apports de la science de l'esprit d'orientation anthroposophique sur une question donnée. De nombreux liens et points de vue requièrent encore des éclairages, soit par l'étude de toute la conférence, voire par celle de tout un cycle de conférence et souvent même par l'étude de plusieurs ouvrages pour se faire une image suffisamment complète ! Le présent extrait n'est dès lors communiqué qu'à titre indicatif et constitue une invitation à approfondir le sujet.