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Yes, you can do the impossible
What else is worth doing?
Daniel N. Dunlop.

 

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Remarques préalables de l’auteur :

- Rudolf Steiner agit en tout magistralement. Tout ce qu’il entreprend réussit en surabondance. Si quelqu‘une de ses initiatives échoue, c’est à nous, ses élèves, qu’en échoit la responsabilité.

- Au lieu de la spiritualisation souhaitée de l’intellectualisme c’est le phénomène inverse qui se produit depuis la mort de Rudolf Steiner. Aussi parmi nous anthroposophes sévit un manque notoire de sens ésotérique.

- Tout en se reliant à l’impulsion ésotérique du congrès de Noël, des élèves spirituels s’unissent entre eux et à Rudolf Steiner dans l’aspiration de former une communauté, qui à maturité devrait se fondre avec le mouvement anthroposophique et former avec lui une seule et unique entité.

 

Quelle société ?

Qui d’autre que Rudolf Steiner vécut en 1923 la refondation de la société anthroposophique comme seul salut possible de toute vie anthroposophique sur la Terre? Qui à part lui était à même de mesurer la progression de l’opposition de ses élèves, de l’ahrimanisation de la société, du manque de sérieux envers le véritable ésotérisme anthroposophique et de l’atomisation de la communauté des membres ?

On ne peut aucunement faire état d’une "Société Anthroposophique" à proprement parler avant le congrès de Noël. Rudolf Steiner, 11. Juin 1923, dans GA 258: «Précisément dans ce domaine, la Société Anthroposophique laisse largement à désirer en ce sens qu’à l’égard de la formation d’un corps communautaire, d’un Je propre à la société, elle n’en est pas même à ses débuts. La Société Anthroposophique est une réunion d’Hommes qui individuellement peuvent être très actifs, mais la société n’est en fait pas encore là, parce que ce sentiment d’appartenance manque, parce que trop peu de membres se ressentent comme représentants de cette société. Chacun se ressent comme un  individu et oublie totalement qu’il doit exister une Société Anthroposophique.»  Cette question du Je de la Société Anthroposophique est de première importance et cependant tragiquement négligée. C’est pourquoi on ne peut que vivement conseiller d’étudier attentivement cette conférence.

Une Société Anthroposophique réellement anthroposophique apparut pour la première fois lors du Congrès de Noël et pour une seule durée de neuf mois, jusqu’au 28 Septembre 1924, date à laquelle se révéla avec la "maladie" de Rudolf Steiner l’insuffisante volonté des membres - y compris parmi les membres du directoire - de saisir la nouvelle impulsion.  J. Emanuel Zeylmans van Emmichoven note dans son premier tome de «Qui était Ita Wegman?»: «Grande fut sa déception relative au fait que ses considérations sur le karma de ses plus proches collaborateurs au sein de la Société Anthroposophique, ainsi que ses recommandations à pratiquer les exercices karmiques ne furent nullement saisies par les intéressés; il confia à Ita Wegman que cela pourrait avoir pour conséquence qu’il ne puisse plus  agir dans la Société car en cela se révèlerait l’absence de conscience de l’action de Mickaël pour notre temps.»  Une autre anomalie participa de façon significative à cette même conséquence (ne plus pouvoir agir dans la Société): certes, la plupart des élèves vénéraient, aimaient le maître, avaient confiance en lui, mais leurs relations mutuelles souffraient d’une carence de vénération, d’amour et de confiance. Cette anomalie dans la relation entre les membres a été largement documentée.1) Il convient ici de souligner que tout élément anti-anthroposophique au sein du directoire - qui aurait dû devenir un directoire ésotérique! - agit de manière désastreuse, contribue à la destruction de l’anthroposophie.

La première citation relative «à la formation d’un corps communautaire, d’un Je propre à la société» et à l’oubli «qu’il doit exister une Société Anthroposophique» est particulièrement valable pour la période entre 1925 et aujourd’hui. Nous pouvons ici demander avec Sergej Prokofieff : «…ou bien les efforts de connaissance que Rudolf Steiner rattachait aussi à la prophétie de Mickaël (concernant la culmination de l‘Anthroposophie) font-ils  largement défaut et nous trouvons-nous aujourd’hui à nouveau dans la situation de  1923, comme si le Congrès de Noël n’avait jamais eu lieu, ou même, dans un sens ésotérique, comme si il avait été annulé? » 2)

Dans une courte rétrospective sur son activité dans le directoire, Sergej Prokofieff décrit peu de temps avant son décès en 2014 quelques unes de ses déceptions vécues au Goethéanum. Une seule suffit pour éclairer la situation: «… pendant mes dix années passées au sein du collège de l’Ecole libre de science spirituelle, pas un seul entretien n’a eu lieu sur les thèmes concernant l’anthroposophie ou l’Ecole contenus dans mes livres.» 3)

 

La question de la succession dans le contexte des années 1924-1925:

Rudolf Steiner n’a pas nommé de successeur. Pourquoi? Parce qu’il n’a trouvé aucun élève capable de diriger une Société Anthroposophique, une Ecole et un Directoire ésotériques? Certes pas: il nous suffit de penser à Ita Wegman. Mais plutôt parce que rien de tout cela ne s’est ainsi développé durant ces neufs mois de sacrifice qui aurait pu perdurer après son départ. Ainsi la question de la succession devint obsolète: il n’y avait rien à quoi succéder. Les remarques suivantes de Emil Leinhas à ce sujet sont sans équivoque:

«Si on se replace dans le temps juste après le décès de Rudolf Steiner…, on se sent alors inévitablement emplit d’amertume face à un échec de la société toute entière, flagrant après la mort de Rudolf Steiner. Ce que Rudolf Steiner voulait avec le Congrès de Noël, c’était, comme il le disait lui-même, un renouvellement des mystères en accord avec le degré de conscience de l'homme moderne. Il ne lui a pas été possible d'accomplir cette tâche. Et elle ne fut évidemment plus du tout à prendre en considération pour ses élèves seuls. A cet égard débuta sur la Terre, avec la mort de Rudolf Steiner, cette pause pour le mouvement anthroposophique dont il avait lui-même mentionné l’éventualité. Là réside la tragédie de la Société Anthroposophique. À cela s’ajoute aussi sa  faute dans le fait que ce qu’elle aurait encore pu réaliser malgré le départ de Rudolf Steiner,  grâce à une réelle introspection de la part des personnalités dirigeantes, n’a pas été accompli.»4)

Dans le même ouvrage Leinhas cite Rudolf Steiner, dans sa conférence du 17 Juin 1923, dans GA 258:

«Est-ce qu’en chaque endroit chacun a partout vraiment réalisé ce qui peut être ressenti comme venant du centre de ce qui est purement anthroposophique? Si vous deviez constater que l’un ou l’autre n’a jusqu’à aujourd’hui pas ressenti cela ainsi, alors je vous en prie, commencez demain ou bien ce soir, car cela ne serait aucunement bon si la Société Anthroposophique venait à dépérir. Mais elle dépérirait certainement si… n’émerge cette conscience dont j’ai parlé dans ces conférences; si cette introspection venait à manquer. Mais alors, si elle vient à dépérit, elle dépérira très rapidement! Mais cela dépend entièrement de la volonté de ceux qui sont au sein de la Société Anthroposophique. Anthroposophie ne disparaîtra certainement pas de l’Univers. Mais elle pourrait pour des décennies et encore davantage retomber dans un état latent pour être ultérieurement à nouveau appréhendée. Cela serait néanmoins une perte incommensurable pour le développement de l’Humanité.»5)

 

La question de la succession dans le contexte contemporain:

Seul celui qui est en mesure de différencier avec acuité la Société Anthroposophique et l’ensemble de ses membres, peut comprendre le sens du Congrès de Noël comme de ce qui est tenté ici. De multiples entretiens m’ont permis de constater que cette différenciation est pour beaucoup d’une difficulté extrême. Méditer sérieusement sur ce point est une aide précieuse. Ici deux remarques éloquentes de Rudolf Steiner:

«La Société Anthroposophique est une réunion d’Hommes qui individuellement peuvent être très actifs, mais la société n’est en fait pas encore là…»  (Voir 1ère citation). Et dans sa conférence du 14 Juin 1923 - GA 258 :

«Car aujourd’hui on peut dire que, même si elle a encore de nombreux membres enregistrés, comme société porteuse d’un mouvement spirituel, elle  s’est détruite elle-même. N’est ce pas, les choses vivent comme cadavres encore longtemps après s’être détruites. Mais ce qui fut la Société Théosophique n’existe plus aujourd’hui.»

Si Rudolf Steiner devait en 1923 - malgré son aide ininterrompue - percevoir et caractériser la Société ainsi:     « La Société Anthroposophique devrait devenir une réalité. Elle est devenue une ombre, mais cette ombre est vraiment un produit fortement ahrimanien. La Société Anthroposophique est ahrimaniquement percée de toutes parts» 7), il convient aujourd’hui de la caractériser de scorie ahrimanienne de laquelle toute anthroposophie a été extirpée. Mais cette scorie est enveloppée de l’ensemble des membres, parmi lesquels beaucoup sont sincèrement unis au mouvement anthroposophique et apportent individuellement des impulsions très salutaires dans de nombreux domaines d’activité. Cela contribue précisément à la tragique confusion entre Société et ensemble des membres « parce que trop peu de membres se ressentent comme représentants de cette société. Chacun se ressent comme individu et oublie totalement qu’il doit exister une Société Anthroposophique. » Les innombrables manifestations proposées jour après jour en tous lieux au nom de l’anthroposophie entretiennent avec une puissante force de persuasion la vie illusoire de la Société. Une Fata Morgana de dimension incommensurable domine ici en toute puissance. Cela paraîtra étrange à certains, mais il m’apparaît en toute évidence qu’un grand nombre d’élèves perçoivent ce qui est décrit ici mais se refusent à accepter leur propre perception. Parmi les élèves partageant cette aspiration („former une communauté qui à sa maturité devrait agir en unité avec le mouvement anthroposophique“) se trouvent des membres (y compris des membres de l’Ecole de Mickaël) comme des non-membres de la Société.

La ‘pause’ est elle terminée? Pouvons-nous reprendre le flambeau de l’impulsion ésotérique du Congrès de Noël, après avoir des décennies durant négligé notre tâche majeure: porter à l’anthroposophie le soin qui lui est dû? Des réponses fiables émaneront de nos actes, pas de nos souhaits ni de nos seules représentations.

Ce que l’initié a fondé ne pourra, ne devra et ne sera développé que par ‘une véritable union d’Hommes pour Anthroposophia’.8) Et c’est cette union d’Hommes qui prendra la succession de Rudolf Steiner. Quand? Rien sur cette voie ne pourra se dérouler selon un programme. Nous pouvons ainsi répondre avec les derniers mots de

 ‘La Chrétienté ou l’Europe’ de Novalis : « Quand et quand au plus tôt ? Ce n’est pas ce qu’il convient de demander. Patience, il viendra, il doit venir le temps sacré de la paix éternelle… »

 

La mission : se relier individuellement et communautairement à l’impulsion ésotérique du congrès de Noël et poursuivre cette impulsion en adéquation avec les exigences de notre temps.

Cela implique un renouveau complet du travail de l’Ecole libre de science spirituelle et des branches, car le déclin de la Société Anthroposophique à la mort de Rudolf Steiner a anéanti l’efficience spirituelle visée dans ce travail - Ecole et branche étant des organes de la société. Sans aucun doute le travail réalisé dans certaines branches est de grande valeur et dans ce cas alors doté d’efficience spirituelle. Mais l’efficience spirituelle visée dont il s’agit ici est soumise à une condition préalable: « La Société Anthroposophique devrait devenir une réalité. » Ceci dit, on trouve malheureusement dans un grand nombre de branches toutes sortes d’activités singulièrement étrangères à l’anthroposophie. Cette anomalie a des incidences désastreuses mais demeure bénigne comparée à nos négligences au sein de l’Ecole libre. Quelques symptômes d’anomalies graves dans la direction de la Société Anthroposophique, de la mort de Rudolf Steiner à nos jours: le laxisme dans les procédures d’admission et d’exclusion de l’Ecole de Mickaël, dans le soin à porter aux textes de la première classe, dans la tenue même des heures de la classe – la dispute des membres du directoire autour de l’urne contenant les cendres de la dépouille de Rudolf Steiner (le jour même de l’incinération, le 3 Avril 1925 !) – la haine et les complots envers Ita Wegman – l’assemblée générale de la Société en 1935 lors de laquelle Ita Wegman fut exclue de la Société – la lutte contre Marie Steiner et sa mise à l’écart. Puis des symptômes plus récents révélés par Sergej Prokofieff dans son ouvrage ‘Comment se tenir aujourd’hui devant Rudolf Steiner?’: «Car on ne peut tenir autrement que pour un effroyable symptôme du processus de dépérissement croissant au sein du Goetheanum le fait qu’au cours des dernières années les photos de Rudolf Steiner furent écartés des espaces publics de l’édifice par lui-même bâti.» - «Et ici on ne peut que malheureusement constater avec immense douleur qu’à cet égard le Goetheanum se tient depuis longtemps déjà loin derrière ce qui prévaut généralement dans le monde comme expression d’appréciation et de respect.» - «De plus, on se doit aujourd’hui de constater avec effroi que cette opposition contre Rudolf Steiner s’est considérablement accrue dans nos cercles.» J’ai moi-même été témoin de l’insidieuse opposition envers Sergej Prokofieff au sein même du Goetheanum.

 

Il convient aussi ici de distinguer l’Ecole libre comme institution et ses membres, car beaucoup parmi eux souffrent terriblement du mépris permanent et croissant des règles spirituelles de l’Ecole que Rudolf Steiner a . Ce mépris ne peut passer inaperçu: on le perçoit ou on veut ne pas le percevoir !

Le renouveau du travail anthroposophique passe par la création de branches d’un type nouveau, dans lesquelles chacun peut œuvrer qui aspire sérieusement à accomplir la mission considérée ici. Et personne ne doit se sentir tenu de tourner le dos à la branche dans laquelle il travaille. Bien au contraire : si un élève saisit de nouvelles impulsions salutaires pour une réanimation de la vie anthroposophique, alors il ressentira aussi le souhait – sans missionner pour autant ! – de partager ces impulsions avec le plus grand nombre.

Afin d’éviter toute confusion entre les «nouvelles» et les «anciennes» branches, nous appelons les nouvelles des  cellules 9). Cette nouvelle impulsion étant naissante elle ne peut être ici que succinctement caractérisée.

Les conditions pour travailler dans les cellules proprement dites sont identiques à celles que Rudolf Steiner a décrites pour la participation à l’Ecole de Mickaël, car ici aussi l’élève aspire à un réel travail commun avec Mickaël comme avec les entités hiérarchiques venant se joindre aux communautés anthroposophiques réalisant le culte inversé. L’impulsion brièvement décrite ici est présentée et approfondie de façon plus complète au travers de conférences et séminaires.

Jean-Sébastien Catalan
MI KA EL - Bund zur Förderung der Anthroposophie e.V.
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Des séminaires sont organisés régulièrement sur ce thème, actuellement en Allemagne, Hollande, Ukraine... Voir notamment : "Die Neugründung der Anthroposophischen Gesellschaft durch eine wahre Anthroposophische Gemeinschaft". Ces séminaires peuvent être organisés en langue française aussi (contacter l'auteur).


Notes :

1) Pour exemple: le discours de Ludwig Polzer-Hoditz du 14 April 1935 lors de l‘AG de la Société Anthroposophique. Dans Zeylmans van Emmichovens „Qui était Ita Wegman - tome 3“: «Lorsqu’en 1925 je priais encore Monsieur Steffen de bien vouloir prendre la présidence du directoire, celui-ci me dit: je ne  pourrais travailler qu’avec Mme Steiner, mais jamais avec Mme Wegman. Je vis ainsi dès le commencement que ne régnait aucune véritable volonté de compréhension, mais plutôt une volonté de séparation et cela se montrait aussi particulièrement dans l’attitude et le comportement de nombreuses personnalités à Dornach.»

2) Dans Sergej O. Prokofieffs „Wie stehen wir heute vor Rudolf Steiner?“ S. 65.

3) Dans la brochure: „Die Bücher von  Sergej O. Prokofieff. 2014“

4) Dans Emil Leinhas „Einige Gesichtspunkte zum Verständnis der Vorgänge in der Anthroposophischen Gesellschaft und Bewegung nach Rudolf Steiners Tod. 1964“

5) Dans Emil Leinhas‘ „Einige Gesichtspunkte zum Verständnis der Vorgänge in der Anthroposophischen Gesellschaft und Bewegung nach Rudolf Steiners Tod. 1964“

6) GA 259. S. 302.

7) GA 260. S.69.

9) Le concept de cellule fut choisi avant de découvrir la conférence de Rudolf Steiner sur la fraternité et le combat pour l’existence (23 11 1905, GA 54). Mais ce concept trouve précisément dans cette conférence son sens le plus noble:

« Mais la question se pose, si effectivement nous pouvons devenir forts sans cette fraternité. Cette question devrait, pour chacun qui s'efforce d'atteindre à une véritable connaissance de l’âme être répondue par un “non” catégorique. Nous voyons partout dans la nature des exemples de la collaboration d’êtres particuliers à l’intérieur d'un ensemble. Prenons simplement le corps humain. Il est composé d’êtres indépendants, de millions et de millions d’êtres vivants individuels indépendants ou cellules. Si l'on place une partie de ce corps humain sous le microscope, on voit qu'il est composé, justement, de tels êtres individuels. Mais comment travaillent-ils ensemble? Comment est devenu altruiste ce qui dans la nature doit former un tout? Aucune de nos cellules ne laisse valoir sa particularité de façon égoïste. Cet admirable outil pour la pensée qu'est le cerveau, est lui aussi également composé de millions de cellules minuscules, mais chacune travaille à sa place précise et en harmonie avec toutes les autres. Qu'est-ce qui provoque la collaboration de ces petites cellules, qu'est-ce qui rend possible qu'un être plus développé puisse s'exprimer au travers de ces petits êtres vivants? C'est l’âme humaine qui produit cette action collaboratrice. Mais sans ces millions d’êtres minuscules qui renoncent à leur égoïté, et ainsi se placent au service d'un être commun plus grand, jamais ce que nous appelons l’âme humaine ne pourrait agir ici sur terre. L’âme voit avec les cellules des yeux, pense avec les cellules du cerveau, vit avec les cellules du sang. Nous voyons ici ce que signifie réunion. Réunion signifie la possibilité qu'un être supérieur puisse s'exprimer au travers des membres unis. Ceci est un principe général pour toute vie. Cinq personnes qui sont ensemble, qui pensent et qui sentent harmonieusement ensemble, représentent plus que 1+1+1+1+1; ils ne sont pas juste la somme des cinq, aussi peu que nos corps sont la somme des cinq sens, mais cette vie commune, cette façon de vivre les uns au travers des autres signifie quelque chose de similaire, comme cette vie au travers de uns et des autres des cellules du corps humain. Un être nouveau, plus élevé est présent parmi les cinq, oui déjà parmi les deux ou les trois. “Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis parmi eux”. Il ne s'agit alors pas de l'un, et de l'autre, et d'un troisième, mais de quelque chose de tout à fait nouveau, qui émerge de la réunion. Mais cela n’émerge que lorsque l'un vit dans l'autre, lorsque l'un ne génère pas juste sa force à partir de lui-même, mais aussi à partir de l'autre. Ceci ne peut cependant advenir que s'il vit de façon altruiste dans l'autre. Ainsi, les unions humaines sont les lieux mystérieux dans lesquelles descendent des entités spirituelles supérieures afin d'agir au travers des personnes individuelles, comme l’âme agit au travers des membres du corps. ».

Et à Berlin, le 22 Octobre 1905 (GA 93):
« Seulement lorsque nous aurons formé une société dont les membres seront saisis d’une force spirituelle telle qu’elle vivait autrefois dans le Christianisme, qui vit encore comme une soif dans les meilleures âmes chrétiennes et qui peut être retrouvée, nous aurons alors de nouveau une culture spirituelle. Et dans une pareille culture apparaîtront de nouveau des artistes dans tous les domaines de la vie. Laissez la Théosophie vivre dans les âmes des Hommes, elle s’épandra alors à nouveau des âmes comme un style, comme un art, elle sera là aussi pour notre œil et notre ouïe. Le Monde pourrait redevenir une expression extérieure du spirituel si cela pouvait être vécu dès aujourd’hui dans une telle société. En ce sens la Société Théosophique pourrait contribuer à la formation de la culture à venir. Sommes-nous réunis, il doit alors nous être clair que nous sommes comme des cellules qui doivent se regrouper afin de modeler une culture future. Dans nos âmes se prépareront les forces qui à l’avenir remodèleront ainsi le Monde, que celui-ci deviendra l’empreinte physique de notre sensibilité et de nos conceptions de la vie actuelles. Tout ce qui se manifeste aujourd’hui a été autrefois occulte. De même que l’électricité est aujourd’hui une force manifeste, elle fut dans le passé une force occulte et ce qui aujourd’hui demeure encore occulte est destiné à devenir une force agissante dans le futur. De la même façon que notre corps humain actuel a été préparé il y a des millions d’années par des forces qui se trouvent dans notre environnement, se prépare aujourd’hui en nous un corps plus élevé, un corps futur; ce corps futur cependant ne deviendra notre que dans des temps lointains. »